Les 3 E de Rachel Lollia : entrepreneure, étudiante, exceptionnelle

Cela fait près de huit ans que je suis journaliste, et quasi autant que je blogue. J’ai interviewé des dizaines de personnes en Guadeloupe, à Paris, à Montréal, à Dakar, etc. A chaque fois, une personnalité, un parcours, une histoire à découvrir, tous intéressants parce que différents, mais certains plus marquants que d’autres.

Parmi les interviews que je garderai longtemps en mémoire, figure celle de Rachel Lollia.

Non pas à cause du lieu : notre rendez-vous s’est déroulé il y a quelques jours, en Guadeloupe. Ni à cause d’un fait extraordinaire qui serait survenu durant notre entretien. Non. Rachel Lollia m’a tout simplement impressionné par son ambition et sa détermination.

Cette Guadeloupéenne, âgée de 28 ans, est biologiste alimentation et nutrition, mais aussi ingénieur en communication et médiation scientifique, santé. Elle est titulaire ni d’un, ni de deux, mais de trois masters !

« J’ai passé d’abord un master en biologie santé. Et comme je ne voulais pas devenir enseignant-chercheur ou technicien en laboratoire, j’ai fait une double compétence : un master très général en information et communication et une spécialisation en ingénierie de la communication et de la médiation scientifique, santé. »

Mais Rachel Lollia ne s’est pas arrêtée là. « Je me suis orientée vers la e-santé qui porte sur les technologies de l’information et de la communication appliquées à la santé. L’ingénierie de ce type, innovante, est mon cœur de métier. Je me suis aussi spécialisée dans la didactique contextuelle, qui concerne la méthodologie, la réflexion à mettre en place pour transmettre une information de manière efficace, dans un objectif pédagogique d’éducation, de prévention de promotion. En tenant compte de contextes multiples (historique, langagier, culturel, religieux, etc.), je peux définir la cible, la connaître réellement et lui apporter une information adaptée. »

Vous comprendrez que, dès le début de l’interview, j’aie été soufflée par cette jeune femme. Je l’ai été encore plus quand j’ai appris qu’elle était encore étudiante : « Pour la rentrée, je vais étudier de la gestion, parce que c’est nécessaire pour l’entreprenariat. »

Des études à l’entreprenariat à vitesse grand V

Oui, Rachel Lollia est donc étudiante et entrepreneure. Ce sont ses études qui l’ont amené à concevoir Pawoka, qui est à la fois :

  • un projet e-santé : « c’est du digital pour la santé »
  • un outil de vulgarisation : « je synthétise une information scientifique »
  • un projet didactique contextuel : « je pars d’une thématique qui nous est propre et à travers laquelle la cible se reconnaît ».

« Pawoka est un concept qui met en avant la biodiversité, la rend accessible, pour permettre à son public de la connaître, la maîtriser, la respecter et de se rendre compte surtout que c’est une véritable source d’opportunités, de valeur ajoutée et donc une économie potentielle. »

Et d’ajouter :

« Pawoka rend l’information accessible, démontre que l’on peut avoir un projet entrepreneurial basé sur la biodiversité locale. Et nous donnons un coup de pouce, sous forme de visibilité, à d’autres (agriculteurs, acteurs de l’agro-transformation) qui ont fait le pari de ce type d’entreprenariat. »

Pour ce faire, Pawoka s’appuie sur un site web et une application gratuite, dont le contenu fait la promotion des plantes médicinales. « L’avantage est que beaucoup de nos plantes sont aussi des alicaments, et donc font des produits comme des fruits et des légumes », précise Rachel Lollia.

Détermination et solidarité, deux cartes maîtresses

Créer Pawoka a demandé des mois de travail à Rachel Lollia : un an pour la mise en place du concept et une phase de développement débutée en avril dernier, toujours en cours. Comme elle disposait d’un budget très serré, elle a « fait beaucoup de choses (elle)-même : design, rédaction, travail de vulgarisation, etc. ».

Elle a aussi pu compter sur la solidarité d’une dizaine de personnes à qui le projet a tout de suite plu et qui l’ont aidé à différents niveaux. Par exemple, une amie développeuse a fait le squelette de son site et l’aide pour les mises à jour.

« De mes difficultés notamment financières, j’ai su tirer avantage. Mon idée a évolué progressivement. J’ai su fédérer des gens autour de moi, pour compléter mes compétences. Je me suis renforcée, surpassée. C’est déjà une très belle expérience. »

Et maintenant ? L’argent, c’est le nerf de la guerre, ne dit-on pas ?

Comment Rachel Lollia va-t-elle en gagner ? « Au-delà de l’expérience humaine, de l’intérêt public, cela reste une aventure entrepreneuriale et il faut que j’aie au moins un retour sur investissement. La visibilité, via la publicité, pour nos partenaires sera donc payante. L’application, qui est gratuite, aura une version payante qui comportera des fonctionnalités supplémentaires très intéressantes ».

Pour elle, « le travail ne fait que commencer ». Son objectif à moyen terme est de lancer cette version payante avec succès, de continuer à gagner de la visibilité.

Et à long terme ? « Etre une multinationale. Olivier Laouchez (le pdg de Trace), l’a bien fait ! »

« Nous marchons sur de l’or et nous n’en avons pas conscience. La biodiversité, c’est l’avenir ! »Click to Tweet

« J’encourage toutes les personnes qui possèdent des compétences – et il y en a beaucoup – à prendre ces créneaux : développement durable, biodiversité, écologie. Nous avons la chance d’être une réserve exceptionnelle de ressources, de richesses. Il y a des filières à développer ici. »

Petit plus 1 : pourquoi le nom Pawoka ?

Ce n’est pas du tout un choix dû au hasard : « Pawoka est le nom vernaculaire créole de la plante paroka. Cette plante m’a marqué quand j’étais jeune, car elle fait un petit fruit orange que l’on disait empoisonné. D’autres affirmaient qu’au contraire, il était bon à consommer. C’était un peu mystérieux. Beaucoup de monde la connait, car elle est utilisée pour faire du thé notamment. C’est aussi une plante rampante, sauvage, qui est en évolution permanente.

De plus, c’est une des seules plantes qui a la syllabe ka, qui renvoie à tout ce qui est traditionnel, culturel, chez nous. Enfin, dans la mythologie égyptienne, le ka est le double spirituel, qui fait référence aux soins du corps, à l’équilibre, la santé, le soin de l’esprit ».

Petit plus 2 : comment fait Rachel Lollia pour tout gérer ?

Elle s’appuie sur une équipe de choc et un agenda géré et exécuté de manière quasi militaire.

« C’est de l’organisation tout le temps. Mes parents m’aident beaucoup, mon compagnon (qui est lui aussi entrepreneur) également. Ma petite fille est très flexible, elle m’encourage même à travailler. Et puis, tout est une question de motivation : quand on veut, on peut. »

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