Mercredi dernier, j’ai assisté à la conférence de Pascal Saffache, géographe, qui portait sur « La Caraïbe face aux dégradations environnementales » et qui avait lieu à  l’université des Antilles.

En préambule, Pascal Saffache a déclaré :

« Ceux qui connaissent la Caraïbe ne sont pas si nombreux que cela. On parle beaucoup de la Caraïbe – de plus en plus d’ailleurs, on fantasme beaucoup dessus, mais on ne la connaît pas tant que ça. »

Selon lui, cela est lié au fait que « la notion de la Caraïbe est complexe ». On parle de la Caraïbe, des Caraïbes, et même de Méditerranée américaine.

Pascal Saffache a ensuite livré quelques statistiques sur la région, qu’il est bon de rappeler.

La Caraïbe, c’est : 36 Etats et territoires, 5,2 millions de km2, un peu plus de 250 millions d’habitants, soit 4 % de la population mondiale. La Caraïbe archipélagique, c’est 25 îles, 250 000 km2, 38 millions d’habitants.

Une fois le contexte général posé, Pascal Saffache a listé, multiples exemples à l’appui, les raisons pour lesquelles les espaces les plus dégradés de la Caraïbe sont les espaces côtiers.

  • les facteurs naturels : ce sont des milieux tout le temps en mouvement, affectés par l’érosion, l’hyper-sédimentation, les catastrophes naturelles ; 
  • les facteurs anthropiques : l’homme, par ses activités, dégrade durablement ces espaces. Le phénomène est d’autant plus important dans la région qu’il y a une « inversion du modèle de développement » dans la Caraïbe : « la marge géographique est un centre économique ». La population littorale est ainsi très nombreuse, et la tendance ne devrait pas s’inverser dans les années à venir. « Ces espaces seront de plus en plus convoités », a affirmé Pascal Saffache.

Un exemple donné par Pascal Saffache, particulièrement frappant, a retenu mon attention. En Haïti, certaines personnes délimitent des espaces avec des piquets dans la mer. Ensuite, elles font en sorte de faire déverser des ordures dans ces emplacements, afin de pouvoir construire dessus. Pour Pascal Saffache, il y a deux approches :

  • approche positive : reconnaître l’ingéniosité de ces personnes 
  • approche sanitaire : se demander quels sont les impacts sur la santé de la population. 

Autres exemples évoqués par Pascal Saffache : en Guadeloupe et en Martinique, le développement de la plaisance et ses conséquences. Les bateaux sont souvent accrochés aux coraux, ce qui entraine des dégradations environnementales supplémentaires, d’où la nécessité de « conscientiser la population ». Par ailleurs, le développement des ports, des marinas, implique des travaux qui vont détruire les espaces concernés.

« La Caraïbe est une zone avec une présence corallienne très forte. Cependant, ces coraux sont en mauvaise santé ». – Pascal Saffache

Or, ces derniers jouent plusieurs rôles majeurs :

  • ce sont des fixateurs de faune : moins de coraux = moins de poissons ; 
  • ils bloquent les houles ; 
  • ils ont un aspect paysager : beaucoup de touristes viennent dans la région pour plonger et les voir.

Autre atout de la Caraïbe : les mangroves. Toutefois, elles aussi sont en diminution partout, sauf au Vénézuela, en Colombie, au Panama. « Nous avons perdu ce rapport à la mangrove et cela conduit à ce que nous la dégradions », a souligné Pascal Saffache. 

Au fil de l’exposé, qui était appuyé par de multiples images et cartes, chacun pouvait mesurer l’importance des problématiques environnementales de la Caraïbe.

En carte, les nombreux points de pression sur les espaces côtiers de Guadeloupe

En carte, les nombreux points de pression sur les espaces côtiers de Guadeloupe.

Face à ce tableau désastreux, la même question revenait : que faire ?

Pascal Saffache a avancé quatre axes :

  • une meilleure intégration des activités anthropiques et de leurs impacts : « chaque infrastructure doit être pensée au préalable » ;
  • la sensibilisation de la population à l’action écologique et à la préservation de l’environnement : « l’idée est que le plus grand nombre soit au courant que l’espace côtier est en train de se dégrader » ;
  • en matière de politique et de réglementation, la mise en place de mesures coercitives ;
  • le développement d’une vraie culture citoyenne de l’environnement.