« Les conférences, les débats, c’est bien beau, mais à quoi ça sert ? »

« Les conférences, les débats, c’est bien beau, mais à quoi ça sert ? »

La question me fut posée par une de mes petites cousines il y a quelques années et, si mes souvenirs sont bons, je lui ai servi en guise de réponse un discours assez pompeux énumérant tous les bienfaits d’aller écouter des gens nous livrer des informations, leur point de vue sur des sujets fort intéressants. Ma cousine a hoché la tête, l’air vraiment convaincu, et pourtant elle n’a jamais accepté de m’accompagner par la suite.

Mon premier réflexe lorsque j’assiste à une conférence, c’est de compter le nombre de personnes dans l’assistance. Pas au début, pour ne pas rater les retardataires. Pas à la fin, car certains s’éclipsent toujours avant la conclusion. Au milieu, histoire d’avoir une estimation assez juste. Et quand je note que le nombre n’y est vraiment pas, ce qui arrive très souvent, je repense à ma petite cousine et son absence totale d’envie d’aller s’asseoir dans une salle pour écouter des gens débattre, discourir, parler en somme.

Si je vous raconte cela, c’est parce qu’il y a quelques jours, j’ai assisté à deux conférences au lycée Charles Coëffin, à Baie-Mahault, organisées dans le cadre du projet culturel et interdisciplinaire WABAP! et ô miracle, le public était vraiment au rendez-vous. Et pourtant, sur papier, ce n’était pas gagné !

29/11 – Rencontre « Regards croisés littérature/peinture »

Une soirée culturelle dans la salle polyvalente du lycée Coëffin, un vendredi soir, de 19 à 21h, cela ne devrait guère attirer foule, me disais-je en m’y rendant. J’avais tout faux. Même si la salle n’était pas comble, il y avait pas mal de monde pour écouter Didier Gillet expliquer quelques-unes de ses toiles exposées sur place et croiser son regard avec Alberte Colmar-Hamot, qui a elle présenté son roman Les Larmes des Pénitents (Editions Nestor).

Oui, vous aurez noté que ma présence n’était pas le fruit du hasard ou de mon seul intérêt pour le sujet, Alberte Colmar-Hamot étant ma tante. Mais peu importe la raison pour laquelle j’y étais, l’essentiel est ailleurs.

Environ une soixantaine de personnes avaient fait le déplacement pour s’asseoir dans une salle et écouter des gens parler de leur oeuvres Mais ce ne fut pas la seule réussite. La soirée a été très conviviale, notamment grâce aux lectures et représentations de scènes des Larmes des Pénitents faites par des élèves et personnes de l’équipe pédagogique du lycée. Une bonne idée, bien exécutée, et très appréciée par tous. C’était à la fois surprenant et agréable de voir des élèves aussi impliqués et ravis d’entendre nos réactions enchantées et nos applaudissements.

Alors qu’il leur était demandé leur avis sur le livre, cette rencontre, un jeune du public improvisa un slam, juste quelques phrases, « à la volée », comme j’aime à le dire. J’ai pensé à ma petite cousine, à sa fameuse question et j’aurais aimé qu’elle soit assise, là, à mes côtés.

A la fin de cette rencontre que je ne peux raconter en détail, j’en savais plus sur les oeuvres assez impressionnantes de M. Gillet que je découvrais, sur les impressions des gens à l’égard du livre de ma tante, mais surtout, j’étais contente d’être venue, tout simplement.

Quelques clichés de l’exposition Les Billets de Banque de la Caraïbe, au CDI du lycée Coëffin.

13/12 – Table ronde sur le thème « La Guadeloupe face à la citoyenneté »

Quelques jours plus tard, toujours au lycée Coëffin, il y avait cette conférence sur le thème « Histoire et Environnement : un parallélisme saisissant », avec pour intervenants les universitaires Jean-François Niort et Philippe Verdol parlant du chlordécone dans une perspective historique.

Hélas, impossible pour moi d’y aller. Cependant, je n’ai pas raté celle qui clôturait cette série de manifestations WABAP ! : la table ronde sur « La Guadeloupe face à la citoyenneté » qui avait lieu le 13 décembre, dans l’amphithéâtre ouvert. Elle était organisée pour marquer le 165e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1848 et en hommage à Nelson Mandela. 

Et là encore, le public était encore au rendez-vous – 80 personnes environ – pour écouter le débat entre les bien connus Jacky Dahomay, Fred Deshayes et Tony Albina, avec Georges Trésor comme modérateur, et la conclusion finale de Julien Mérion.

Quant à la table ronde en elle-même, difficile de la résumer en quelques mots. Le débat a été lancé sur l’idée que le Guadeloupéen a un rapport particulier à la loi, ce qu’approuvait et expliquait MM. Dahomay et Albina, mais que réfutait fermement Deshayes. Pour ce dernier, il fallait déjà démontrer par des exemples que cette idée était vraie :

« Ce que vous dites est théorique : comme la situation est coloniale, le Guadeloupéen AURAIT un rapport différent à la loi… Mais en quoi ? Moi, je ne constate pas cela. Est-ce qu’il y a un rapport différent à la loi ? Contrairement à Dahomay, je ne dis pas : moi j’ai raison, je n’ai pas raison. Comme je ne constate pas, montrez moi en quoi un Guadeloupéen comme moi aurait un rapport à la loi différent de celui qu’un Français ou un Belge aurait. Commencez par là !  », s’est exclamé Fred Deshayes.

Ainsi, dès le départ, le débat était quelque peu faussé et, par la suite, les interventions allèrent un peu dans tous les sens, chacun développant sa théorie. Pour les uns les Guadeloupéens ont un rapport différent à la loi du fait de l’Histoire et de leur perception de la loi. Pour l’autre (Deshayes, donc), non, pas de rapport différent et donc comment et pourquoi expliquer quelque chose qui n’existe pas.

Julien Mérion, qui avait la lourde tâche de venir faire une conclusion de ce débat, a tout de suite expliqué que cela lui serait difficile. Il a préféré mettre en avant la question de la responsabilité de nos compatriotes : « Comment construire une société responsable ? ». Et prenant l’exemple de Mandela, il a souligné que « Nelson Mandela aurait accepté la loi de l’apartheid, nous serions pas là à lui rendre hommage » et rappelé combien cet homme a su prendre ses responsabilités à des moments décisifs, tout au long de sa vie.

« Les conférences, les débats, c’est bien beau, mais à quoi ça sert ? » « Ca sert à grandir. »

Billet publié en 2013, sur mon précédent blog.