Billet publié le 31 mai 2013 sur mon précédent blog et légèrement modifié. 

Cinq jours après l’avoir rencontré pour la première fois, à Dakar, dans le cadre de la formation Mondoblog (plateforme qui hébergeait mon ancien blog), que j’ai décidé de consacrer un billet à Cyriac Gbogou. Flashbacks.

Dakar, 7 avril. Visite de l’île de Gorée avec l’impressionnant groupe formé par les mondoblogueurs, l’équipe de l’Atelier des médias et leurs «accompagnateurs». Pendant l’aller en bateau, impossible de rater les Ivoiriens – dont Cyriac – qui, vêtus de ce maillot orange bien connu, mettent l’ambiance. Je leur jette un coup d’oeil à la fois amusé et las (fatigue du voyage et décalage horaire oblige) et je détourne mon regard. Dans les ruelles de Gorée, la file des mondoblogueurs s’allonge et soudain, le voilà, Cyriac, prenant la pose.

Durant le retour, le vent chargé de goutelettes d’eau se glisse sous ma veste. J’ai froid. Cyriac me prête son écharpe blanche. Je note ce simple geste de bonne camaraderie, puis j’oublie, car au début de la formation, tout est d’une telle intensité – les ateliers, les rencontres, les virées sur le terrain – que je le perds de vue. Je ne fais que l’entrapercevoir en train de blaguer avec les uns et les autres, de réaliser ce mini-reportage sur « les mondoblogueurs addicts d’internet ». J’ai entre temps (vaguement) appris qu’il n’est pas mondoblogueur et est une sorte de « mentor ».

Et puis, la nuit du 9 avril, nous (Cyriac, d’autres mondoblogueurs et moi-même) voilà en train de déambuler dans les rues de Dakar, à la recherche d’un lieu sympathique pour nous détendre. J’ai rejoint ce joyeux groupe, animée par une envie furieuse de découvrir Dakar la nuit et surtout d’oublier la frénésie de la journée. Je ne m’attendais pas à tous ces fous rires, ces discussions souvent drôles, parfois fort sérieuses. C’est lors de cette soirée-là que j’ai vraiment fait la connaissance de Cyriac et que je suis parvenue à voir au-delà du personnage amuseur-amusant, au sourire quasi permament et à la langue bien pendue.

Le lendemain, alors que nous nous rendons en taxi-navette à une conférence à Jokkolabs, Cyriac commence une phrase par « Quand je suis sorti de prison… », sur le ton de la plaisanterie. Je crois à une de ses blagues habituelles, mais pas du tout. Il explique qu’il a vraiment été en prison. Et là, les connexions se font dans ma tête. Cyriac Gbogou. L’un de ses deux blogueurs ivoiriens dont les photos circulaient sur internet, après leur arrestation totalement injustifiée, en janvier dernier. C’est lui ! Il doit tout nous dire. Il ne veut pas. Nous insistons. Il raconte son arrestation, son séjour en prison. Il en plaisante un peu, presque trop à mon goût.

Cyriac 2

Après cette conversation, j’ai vraiment « percuté » que l’ami Cyriac était un blogueur influent, reconnu.

J’ai compris le mot « mentor » employé par d’autres. Cependant, comme je ne le considérais pas ainsi, j’ai décidé à cet instant de lui donner un autre surnom : « patron », pour taille patron. Un patron multifacette, multicarte. Le séjour à Dakar n’a été qu’une suite de confirmations. Cyriac, en animateur d’un jour lors de l’enregistrement de l’émission spéciale Mondoblog de l’Atelier des médias de RFI, puis en conférencier pendant un peu plus d’une heure dans le cadre de la formation Mondoblog, le 12 avril.

Cyriac, encore lui, mentor à la Startup Week-end de Dakar. Cyriac en conseiller, amuseur, meneur d’hommes, négociateur de taxi, dénicheur de codes wifi, grand frère, ami. Et encore et toujours, tout au long de la journée, tous les jours. Tourbillon ininterrompu. L’homme paraît infatigable, au point d’en être agaçant.

Néanmoins, à la fin du séjour, il était fatigué. Très. Et, au moment des départs des mondoblogueurs qui se sont succédés tout au long de cette interminable journée du 14 avril, il était triste. Très. Son sourire disparaissait de temps en temps, laissant apparaître sa grande sensibilité. Au fil des heures, il a bien essayé de continuer à blaguer, comme à son habitude, mais ses yeux disaient tout autre chose.

Ne me demandez pas d’en dire plus. « Ce qui s’est dit (et donc vu) à Dakar, reste à Dakar » a dit le « patron ». Promesse tenue, ou presque.