Bruxelles, j’y étais en 2015.

La capitale belge n’est pas impressionnante comme Paris, ni bouillonnante comme Barcelone, ou ultradynamique comme Londres. Cependant, elle a un charme particulier, qui la rend conviviale.

Si j’ai bien apprécié Bruxelles, une autre Guadeloupéenne est, elle, complètement tombée sous son charme : Cyrielle Cuirassier

A 35 ans, elle est la représentante de la Région Guadeloupe auprès des institutions européennes à Bruxelles depuis quatre ans. Et elle travaille dans cette ville depuis 11 ans.

Après son baccalauréat, Cyrielle Cuirassier quitte la Guadeloupe pour… Montpellier. Elle y étudie les Langues Etrangères Appliquées (espagnol et allemand), puis oriente ses études au gré de ses envies : un peu de sociologie, un peu de communication…

Elle est diplômée en littérature et civilisations espagnoles, en science de l’éducation, en intermédiation et développement social. Elle se spécialise par un Master 2 en ressources humaines, gestion de projets, des compétences et économie sociale à Marseille.

« Bien souvent des innovations majeures naissent dans l’économie sociale pour répondre à une urgence non satisfaite par le marché. C’est un secteur passionnant. Je m’intéresse davantage au volet social innovation, social business, à tout business model qui vise au développement du capital humain sans faire appel aux subventions, mais en intégrant un mode de gouvernance particulier. »

« L’économie de partage ou collaborative et la numérisation sont en train de bouleverser les pratiques (Amazon et les satellites ou les services à la personne, etc.). C’est une époque intéressante pour notre génération. L’innovation ne relève plus seulement des experts d’un domaine. »

Qui dit master, dit rédaction d’un mémoire et stage de fin d’études. Pour ce faire, avec un peu d’audace, Cyrielle Cuirassier intègre le think tank européen Pour la solidarité, qui lui permet de faire ses premières armes à Bruxelles. Elle devient ensuite Manager de projets européens.

Pendant 6 ans, la jeune femme enchaîne les projets, les missions et voyage beaucoup (Hongrie, Bulgarie, Italie, Espagne, Grèce, etc.).

« Je travaillais dans un environnement multiculturel, avec beaucoup d’autonomie et sur des thématiques très variées : le dialogue social, les PME, le tourisme, les femmes, les jeunes en difficulté, la mobilité durable, la négociation BtoB, etc. Tous ces projets m’ont permis de travailler avec différents types d’acteurs de niveau européen, national ou régional: syndicats nationaux, autorité publique, etc. »

« J’apprécie la rigueur qui est indispensable dans l’ingénierie de projet, le management d’équipe, l’élaboration d’études et de recommandations à destination de la Commission. J’en garde de très bons souvenirs parce que j’ai beaucoup appris au contact de tous ces experts. »

Comme la société qui l’emploie est petite, Cyrielle Cuirassier « touche à tout ». Elle s’intéresse notamment à la comptabilité, tant et si bien qu’elle se lance dans un master de management à la Solvay Brussels School, une école de commerce réputée à Bruxelles. En cours du soir. Pendant deux ans. Elle est diplômée « Avec distinction ».

« J’avais une deuxième vie après le boulot. C’était intense et je n’ai jamais perdu ce rythme. »

Dans la foulée, elle crée, avec deux Guadeloupéens en poste à Bruxelles, l’association Lereca Bruxelles. Dynamique, leur équipe organise, avec succès, des apéros networking sur l’entreprenariat caribéen, puis obtient une collaboration avec la commission européenne.

Echange avec M. Karmenu Vella, Commissaire européen en charge de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche, Commission européenne, Bruxelles, 2015.

Une vie riche, bien remplie. Oui, mais…

« En travaillant sur les projets, j’avais toujours comme objectif que la Guadeloupe puisse y participer, car j’avais noté tout ce que les échanges au niveau européen peuvent apporter aux acteurs. Benchmarker, diffuser de la connaissance, informer, accéder à des sources de financement etc. Je me suis toujours dit que le poste idéal serait de travailler pour la Guadeloupe à Bruxelles dans la défense d’intérêt. »

Et un jour, elle tombe sur une offre d’emploi de la Région Guadeloupe qui correspond exactement à son souhait. Elle postule et est retenue.

« Mon poste touche à toutes les politiques d’intérêt : la pêche, le transport, l’emploi, la recherche et l’innovation, le numérique, l’énergie, etc. Je travaille avec l’ensemble des Régions Ultrapériphériques (RUP), j’assure un lien avec le parlement européen, la représentation permanente de la France, les réseaux, etc. Cela fait 20 ans que les RUP coopèrent pour faire du lobbying auprès de la Commission européenne. »

« Au-delà de ma mission,  je suis toujours disponible pour mettre en relation des Antillo-Guyanais, orienter dans la masse d’informations publiques sur le niveau européen ici, voire partager mon réseau personnel avec des acteurs locaux.  Je suis ravie de créer ces liens avec mes compatriotes. J’en tire une satisfaction personnelle. »

Bruxelles = ouverture maximale

« Ce qui est intéressant à Bruxelles, c’est la diversité des acteurs : cela va de Google à la Région Guadeloupe ! ONG, régions, syndicats… Tout le monde y est ! C’est, dit-on, la deuxième ville de lobbying au monde après Washington. »

« C’est une petite ville où tout est concentré, tout va très vite. Je ne crois pas que j’aurais eu la même opportunité à Paris, par exemple. »

« En quelques années, je dirais qu’un jeune des Antilles peut gagner une expérience professionnelle de haut niveau et développer rapidement ses ‘soft skills’, son réseau et sa pratique professionnelle. Il faut être curieux, faire preuve d’humilité, benchmarker, être compétitif et ne jamais céder sur la performance et l’amélioration de ses compétences. Je regrette que nous ne soyons pas plus nombreux, ici. »

Sur son temps libre, Cyrielle Cuirassier rencontre nombre de personnes intéressantes et est active dans plusieurs  réseaux. Elle entretient également des liens avec les professionnels en poste dans les Ambassades de la Caraïbe ou d’Afrique.

« Aux afterworks, les échanges sont toujours très dynamiques. J’apprécie le pragmatisme anglais, la confrontation des points de vue est, de ce fait, toujours enrichissante. Parmi ces jeunes diplomates, certains seront, très certainement, les leaders de la Caraïbe de demain. Ils font d’abord leurs armes à Bruxelles. »

A noter que Cyrielle Cuirassier a été récemment élue membre du Conseil d’administration du Cercle réunissant l’ensemble des lobbyistes français (représentants de cabinets d’avocat, grands groupes, chercheurs/universitaires, etc.) à Bruxelles.

L’enthousiasme de Cyrielle Cuirassier est communicatif, n’est-ce pas ?

Conférence au Comité des régions sur le plan Juncker, Bruxelles, 2016.

« C’est un milieu très compétitif. La Guadeloupe y a toute sa place, en particulier concernant l’accès au financement en gestion directe à Bruxelles. Cela suppose de travailler en synergie, en consortium pour tous les porteurs de projet, quelle que soit la région européenne. »