De la Guadeloupe au Congo : Nicolas Négoce, un journaliste au parcours exceptionnel

L’histoire de ce billet commence par une rencontre inattendue, mais non moins fort agréable, dans le cadre du RDV Caraibexpat, dont je vous ai déjà parlé. Lors de cette rencontre, je suis « tombée » sur Nicolas Négoce, un Guadeloupéen âgé de 34 ans, journaliste devenu communicant.

De fait, l’histoire de ce billet remonte à bien plus longtemps que cela, parce que je veux faire cette interview depuis des années.

J’ai connu Nicolas Négoce à France-Antilles Guadeloupe, alors que j’étais encore étudiante. J’y effectuais mon premier stage de journalisme. Lui était déjà journaliste professionnel. J’ai été touchée par sa gentillesse, son professionnalisme et son ambition. Il a toujours fait partie de ma liste de personnes à absolument interviewer. Alors, quand je l’ai vu, je lui ai demandé instamment un rendez-vous. Et j’ai apprécié qu’il accepte, avec enthousiasme.

L’histoire de ce billet, ensuite, c’est la rédaction difficile de cette interview que j’ai écrite une première fois et que j’ai perdue à cause d’une panne d’ordinateur.

Puis, j’ai eu toutes les peines à m’y remettre, regrettant toujours ce premier texte, essayant sans cesse d’en retrouver l’esprit.

Finalement, l’histoire de ce billet s’achève par une victoire. Interview-fleuve rédigée !

Sur ce, je laisse la parole à Nicolas Négoce.

« Je suis un ancien de France-Antilles Guadeloupe, où j’ai travaillé entre 2003 et 2008. Ce fut ma première expérience dans les médias. Ensuite, j’ai eu envie de me reconvertir dans l’audiovisuel, car c’était mon rêve de faire de la télé. J’ai donc intégré l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) (ndlr : école prestigieuse dans l’hexagone) qui a une antenne audiovisuelle à Montpellier, pour me former en journalisme de télévision et radio.

J’ai obtenu mon diplôme, puis j’ai commencé à travailler à BFM TV à Paris, puis Voxafrica à Londres. C’est grâce à ce dernier poste que j’ai pu partir comme envoyé spécial, puis correspondant permanent en Afrique de l’Ouest. Je suis allé à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire, au Maroc et au Sénégal, avant d’habiter en Côte d’Ivoire durant deux ans, puis au Togo pendant deux autres années.

Et depuis deux ans, je suis responsable de la communication de la compagnie aérienne nationale de la République du Congo, ECAir. Je suis donc basé à Brazzaville. »

Je vous ai livré quasi mot pour mot ce que m’a dit Nicolas Négoce pour raconter son parcours. Une synthèse très efficace, mais je voulais bien sûr en savoir plus.

Suite de l’entretien, avec sa réponse sur les motivations de son départ de BFM TV pour Voxafrica.

«  Ce fut un dilemne hyper compliqué. »

« Lorsque j’étais à l’école de journalisme, on me disait souvent que j’étais studieux, attentif, un bon élément, mais que mon accent antillais m’empêcherait de travailler dans un média national. Je suis allé chez l’orthophoniste pour apprendre à prononcer correctement les « r » et gommer cet accent qui risquerait de me pénaliser.

Et puis finalement, le président de jury de mon examen final, qui était l’un des grands patrons de BFM TV, m’a dit : ‘il faut que je vous aie absolument dans mon équipe’ et c’est comme ça que j’ai intégré BFM TV. Pour moi, j’avais presque réussi le tiers de ma vie.

Cependant, un jour, je suis parti en week-end à Londres, j’ai rencontré la patronne de Voxafrica, qui était à l’époque une jeune chaîne panafricaine. Elle m’a proposé de commencer la semaine d’après ! J’étais déjà allé à Londres deux ou trois fois, j’étais tombé amoureux de la ville. J’adore l’anglais, les langues. Je n’ai pas réfléchi longtemps, je ne pouvais pas laisser passer l’opportunité d’un poste international, basé à Londres. »

« J’écoute toujours mon coeur. J’ai fait deux ou trois gaffes dans ma vie, mais j’assume ! »

nicolas-negoce-2Nouveau poste, nouvelles ville et vie. On aurait pu croire que Nicolas Négoce aurait rencontré une montagne de difficultés. Pas du tout. « J’ai une énorme force d’adaptation, c’est ma principale qualité. »

Et finalement, il a souffert particulièrement… du temps maussade et de la vie chère, mais il a beaucoup appris et garde une affection particulière pour la Grande-Bretagne.

Quant à son travail à Voxafrica, Nicolas Négoce a commencé au desk pour finir sur le continent africain. « Au début, j’avais le même poste qu’à BMTV, je faisais du desk (ndlr : rester au bureau pour récupérer des images et les commenter), alors que je suis un aventurier, j’aime bouger.

J’ai proposé des projets, je suis parti à Manchester pour couvrir une grande compétition sportive et j’ai interviewé Usain Bolt pendant une heure. Pour moi, ancien sprinter, c’était fantastique ! J’ai aussi interviewé Haile Gebreselassie, une légende que je regardais quand j’étais petit. Ce qui est intéressant, c’est que quand on bosse bien, le travail est reconnu et finalement, on fait plein de choses. »

Nicolas Négoce est ensuite parti à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il a notamment couvert pour Voxafrica la campagne présidentielle de 2010, l’élection, la crise…

Par la suite, il est devenu correspondant permanent de l’Afrique de l’Ouest, toujours en étant basé dans la ville ivoirienne. Pourquoi ce choix de rester sur ce continent ?

« L’Afrique est un continent de contrastes, riche en relations humaines, en potentialités, en dynamisme. »

« C’est incroyable tous les jeunes entrepreneurs qui se battent malgré les difficultés. Je retrouve un peu cela ici, en Guadeloupe, où il y a cette même force, cette même créativité.

L’Afrique, c’est 54 pays qui sont très variés, avec des cultures très différentes. C’est une chance inouie, exceptionnelle, de pouvoir être témoin du développement de ce continent, qui est souvent mal jugé, mal qualifié. Evoluer en Afrique, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie. »

Cette Afrique, Nicolas Négoce ne veut donc pas la quitter, si bien qu’il refuse de retourner à Londres, lorsque VoxAfrica le lui demande. Il devient alors rédacteur en chef d’un nouveau site panafricain bilingue sur le sport, Africa Top Sports, et pour ce faire, il déménage à Lomé (République du Togo), « une ville remplie de charme ».

Le journalisme web en mode startup constitue alors un challenge tout nouveau, qui va le pousser à apprendre énormément en matière d’écriture, de stratégie digitale, mais aussi lui permettre de se forger un grand réseau de contacts sportifs. Un an plus tard, il décide de se lancer en tant qu’indépendant.

« J’ai commencé à travailler pour TV5, ce qui constitue le plus gros succès de ma vie. »

« J’ai fait des reportages pour cette chaîne depuis le Ghana. J’ai aussi collaboré avec CCTV, une chaîne chinoise, en anglais et en français, pendant un an et demi. J’ai beaucoup travaillé, appris, j’ai interviewé des politiques, des artistes, j’ai couvert des événements dans plusieurs pays. Je m’en suis bien sorti, car j’avais une bonne équipe. »

Quel parcours, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas fini.

Vous vous rappelez, je vous ai dit au début de ce billet que Nicolas Négoce était maintenant responsable de la communication de la compagnie aérienne nationale du Congo. Il n’est donc plus journaliste. Dommage ! Il fallait qu’il s’explique.

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« Je suis parti au Congo pour couvrir un forum sur l’environnement et j’ai été mis en contact avec la directrice générale d’ECAir, une jeune compagnie aérienne qui n’avait alors que trois ans. Et on m’a proposé ce poste.

Lorsque j’accepte, je le fais parce que j’adore les challenges, mais surtout parce que j’ai en face de moi, Fatima Beyina-Moussa, une femme brillante, économiste de formation, qui m’a convaincu de rejoindre sa startup. Je n’ai pas pris cela comme une séparation avec le journalisme. Je me suis dit que j’étais encore jeune et que cela serait une formation supplémentaire.

Je me sens très bien chez ECAir, qui ambitionne de devenir la compagnie aérienne leader en Afrique centrale. C’est un beau projet lancé par Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo, avec déjà plus d’un million et demi de passagers transportés en moins de cinq ans vers une douzaine de destinations. »

« J’ai commencé à travaillé à 23 ans et quand je reviens sur ma vie, je me dis qu’il reste encore beaucoup de choses à faire, notamment en Afrique. »

« Je pense depuis peu à reprendre mes études, par correspondance, car j’ai soif d’apprendre tout en travaillant. Je vais continuer à voyager, à partager mes expériences avec mes proches, à faire la promotion de mon archipel, la Guadeloupe, partout où je passe, mais aussi la promotion de l’Afrique. »

« Je suis très lié à ma Caraïbe natale et je suis toujours l’actualité de la Guadeloupe et des autres territoires. Je vois des évolutions, notamment dans le domaine aérien. Il y a une proximité qui se crée, une coopération qui grandit et je trouve tout cela excellent. »