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Des Etats-Unis à la Caraibe, Shelley Worrell, she IS Caribbeing

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J’ai découvert Caribbeing il y a quelques années, via un tweet sur une maison mobile, sous la forme d’un container, qui proposait une foule d’activités – expositions, projections de films, lectures, etc.

Le but : mettre en lumière la culture caribéenne. Une ‘Caribbeing House’ à New-York ! J’ai trouvé le concept vraiment original. Je me suis abonnée de suite au compte sur Twitter.

Au fil des ans, Caribbeing est devenue une plateforme internationale avec ses multiples événements et ses propres hashtags, utilisés aux quatre coins du monde : #iamcaribbeing, #jesuiscaribbeing, #yosoycaribbeing, #ikbencaribbeing, #mwencaribbeing.

 

J’admirais de loin. Je me disais que, lors d’un voyage à New-York, j’essaierais peut-être d’entrer en contact avec les créateurs. Cependant, jamais je n’aurais cru les rencontrer un jour… En Guadeloupe !

Pourtant, en janvier dernier, après quelques messages privés échangés sur Instagram, je me suis retrouvée face à Shelley Worrell, une Américaine aux origines trinidadiennes, et Janluk Stanislas, un Guadeloupéen. Nous avons de suite sympathisé.

J’aurais pu rédiger un billet de blog sur le duo, mais cela aurait donné un texte d’une longueur redoutable. J’ai donc choisi la boss lady !

Totale immersion

Shelley Worrell a beau être née à New-York et habiter à Brooklyn, elle connaît la Caraïbe comme sa poche. Elle a effectué son premier voyage dans la région à l’âge de 6 mois. Vous avez bien lu ! Ses parents, des Trinidadiens qui ont immigré aux Etats-Unis dans les années 60-70, l’ont envoyé séjourner avec sa grand-mère et ses tantes restées dans l’île.

Par la suite, elle y a passé de nombreuses années, si bien qu’elle a été immergée dans la culture caribéenne. Son père l’emmenait avec lui lorsqu’il allait jouer du steel pan. Elle a participé à un nombre incalculable de carnavals à Trinidad, mais aussi ailleurs. C’est une bible à ce sujet, #sachezle !

Shelley Worrell s’est très vite intéressée au reste de la Caraïbe. Elle a fait des études d’anthrophologie et sur le tourisme culturel. Elle est aussi diplômée en « Caribbean studies ». Tout au long de sa scolarité, elle a accumulé une foule de connaissances sur la région qu’elle a accrues sur le terrain, en multipliant les voyages. Elle a déjà visité 30 territoires caribéens. Qui dit mieux ?

« Je vais en Guadeloupe, Martinique, à Sainte-Lucie, à la Dominique depuis plus de 15 ans. Mes voyages ont joué un rôle important dans mon développement personnel, car ils m’ont permis d’identifier très tôt nos connexions et de combler ainsi le fossé. J’ai pu comprendre comment nous pouvons dialoguer pour embrasser nos différences, et découvrir ce qu’est être caribéen, ce que cela signifie. »

« Notre résilience, notre esprit d’entreprise, d’innovation… Tout cela nous relie en tant que Caribéens. Et nous parvenons à nous connecter via la culture. »

Petit projet deviendra grandissime

Plus Shelley Worrell connaissait la Caraïbe, plus elle avait envie de la mettre en lumière. Je peux comprendre ! L’idée de créer Caribbeing, « hub culturel qui présente et promeut la culture caribéenne via de multiples initiatives », lui est venue alors qu’elle était encore étudiante.

« Je me suis rendue compte qu’il y avait un réel déficit en matière de programmes d’études sur la Caraïbe, qu’il n’y avait pas d’histoires de personnes reflétant qui j’étais. J’ai donc eu l’idée de ce concept. Cependant, je n’avais à l’époque ni le réseau, ni les ressources pour le lancer. J’ai décidé de travailler d’abord. »

Avant d’être à la tête de Caribbeing, Shelley Worrell a donc eu une autre vie, celle de salariée dans de grandes compagnies de médias et de technologies, notamment chez Google. Pas moins ! Néanmoins, quand une idée trotte dans la tête depuis longtemps, difficile de s’en débarrasser.

En 2010, Caribbeing organise au Brooklyn College une journée durant laquelle des centaines de personnes viennent regarder des films sur Haïti. L’île était alors dans l’actualité, puisqu’elle venait d’être détruite par un tremblement de terre.

Cette première initiative réussie a découlé sur le Flatbush Film Festival, le premier festival de cinéma caribéen de New-York. A noter que Flatbush est le quartier de Brooklyn où vit Shelley Worrell. Il compte un nombre élevé d’habitants originaires de la Caraïbe. Ceci explique cela, n’est-ce pas ?

Année après année, le festival a pris de l’ampleur, grâce à des partenariats signés avec des musées notamment. Et d’autres événements ont vu le jour : Caribbean TakeOver dans le cadre du Tribeca film Festival, le Caribbeing in Brookyn… Toujours avec des partenaires prestigieux, parce que Shelley Worrell a « cette capacité à les trouver et à les convaincre », selon Janluk Stanislas.

« Au départ, nous pensions avoirle cinéma comme unique thématique. Toutefois, nous avons au fil du temps ajouté l’art, la culture et le lifestyle », dixit Shelley Worrell.

«  Nous avons travaillé avec beaucoup de grandes institutions comme le Brooklyn Museum, lancé des programmes qui ont obtenu une très large audience. Certains ont réuni 20 000 personnes. Nous avons également obtenu de très belles couvertures médiatiques. » A lire, cet article en anglais dans le New-York Times, pour exemple.

Caribbeing, tout un univers 

Naturellement, une plateforme web était incontournable pour communiquer. Cependant, plutôt qu’un simple site web, l’équipe de Caribbeing a créé un univers coloré, design et convivial. Et elle ne s’est pas arrêtée en si bon chemin.

« Nous avions ce nom qui intriguait nombre de personnes. Un jour, j’ai eu l’idée de dire : ‘I am Caribbeing’. Nous avons fait fabriquer un tee-shirt avec cette simple mention et je l’ai porté lors d’un de nos événéments. Beaucoup de gens ont voulu me l’acheter, parce qu’ils y voyaient une sorte de signe de reconnaissance. »

De la demande ? Autant la satisfaire. Ils commandent un petit nombre de produits qu’ils proposent à des boutiques new-yorkaises et qu’ils vendent également sur leur site internet. Le succès est au rendez-vous. Ils reçoivent des demandes de Montréal, Londres, Miami, la Jamaïque; etc. Ils étoffent alors la gamme : autocollants, pins, casquettes, sacs, robes…

« Plus les gens voyaient nos produits sur les réseaux sociaux, plus il les voulaient. Finalement, des personnes nous ont contactés pour en vendre dans la Caraïbe. Notre premier revendeur caribéen a été une boutique d’art à Porto Rico. Et grâce à mes connexions en Guadeloupe, depuis quelques mois, il est désormais possible d’en trouver dans un magasin à Saint-François. »

« Nous cherchons toujours à tester nos produits sur un nouveau marché, afin de voir comment ils sont reçus. Même si notre plateforme est en anglais, nous visons l’ensemble de la Caraïbe. »

Little by little…

Vous l’avez sans doute déjà compris. Shelley Worrell ne manque ni d’ambition, ni d’inventivité. Dernière preuve en date : Little Caribbean, lancé il y a quelques mois. Une première au monde.

Janluk Stanislas et elle ont d’abord créé une carte mentionnant les magasins autour du Flatbush Caton Market qui rassemble nombre de commerçants caribéens. Toutefois, pourquoi s’arrêter là ? Puisqu’il manquait un Little Caribbean à New-York, ils ont décidé de le mettre en place. Normal ! Trois ans plus tard, en septembre 2017, Little Caribbean était inauguré par le maire de Brooklyn.    

Pour faire découvrir cet espace, ils proposent un Tour des différents commerces caribéens, grâce auquel les participants ont une réelle immersion culturelle, via des dégustations culinaires notamment.

Je ne peux évidemment détailler tout ce que cette boss lady gère au quotidien, tout ce que comprend Caribbeing. Ce billet est déjà fort long. Toutefois, je me dois de l’achever en partageant l’ambition à long terme de Shelley Worrell :

« Nous voulons en faire plus dans la Caraïbe et nous souhaitons travailler avec des partenaires dans le monde. Nous l’avons déjà fait avec des personnes en France, aux Pays-Bas, à la Barbade. Nous avons une forte demande de Miami et de la Caraïbe. Notre objectif est de faire connaître notre marque à toute la diaspora. »

« Mon espoir est de pouvoir continuer à voyager pour découvrir combien, nous, Caribéens, avons en commun et ce que nous pouvons nous apporter mutuellement. »– Shelley Worrell, fondatrice et directrice de Caribbeing

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