Faisons un focus sur l’actualité caribéenne marquée par les visites de puissants dans la région à l’époque.

Visite n°1 : Fin mai, le vice-président américain Joe Biden 

Qui aurait cru que les Etats-Unis de Barack Obama se verraient aujourd’hui dans l’obligation de mener une opération de séduction à destination des territoires caribéens, via une visite officielle de Joe Biden ? 

Souvenons-nous. En 2008, Il n’y avait guère de gouvernants caribéens à ne pas se réjouir de l’éventuelle élection d’un Barack Obama qui avait promis de pacifier les relations avec nombre de pays de la zone, en mettant en place des partenariats moins déséquilibrés, sur l’énergie par exemple. Bien sûr, tous les Caribéens ne percevaient pas Obama comme l’homme providentiel, mais beaucoup avaient placé quelques espoirs en lui.

Mais voilà, le président américain a beaucoup déçu. Sa visite (un peu, beaucoup) attendue en terre caribéenne n’a jamais eu lieu. Ses promesses, non tenues pour la plupart. Pas de fermeture de Guantanamo. Partenariats a minima. Bref. Désintérêt côté américain source de désamour côté caribéen.  

Cela en serait peut-être rester là… sans les grandes, multiples, répétées « manifestations d’amour » de la Chine, mais aussi du Venezuela, envers certains territoires caribéens, déjà enclins à se tourner vers le plus offrant.

Voilà donc comment et pourquoi Joe Biden, le vice-président américain, à défaut du président himself, s’est retrouvé fin mai à effectuer une visite dans la région pour tenter de « reconquérir » le terrain perdu. Il est d’abord passé en Colombie, pour assurer au président Juan Manuel Santos que les Etats-Unis veulent être un partenaire de l’Amérique du Sud. Ensuite, direction Trinidad-et-Tobago pour rencontrer les gouvernants de la Communauté caribéenne (Caricom)  et leur dire que les Etats-Unis veulent être un partenaire des Caribéens (cela ne vous rappelle rien ?). Enfin, dernière étape au Brésil, pour dire à la présidente Dilma Rousseff  que les Etats-Unis veulent être un partenaire fort (tiens, une variante) du Brésil.

Grands sourires, beaux discours, bien sûr complètement intéressés de la part des Etats-Unis, dont l’une des grandes préoccupations est de se procurer de l’énergie, éternel nerf de la « guerre ».

 Visite n°2 : Début juin, le président chinois Xi Jinping

Qui aurait cru que le président de la Chine, future première puissance mondiale, ferait un jour le déplacement dans la Grande Caraïbe ? 

A y regarder de plus près, bien qu’historique, cette première visite d’Etat n’est pas tout à fait surprenante. Depuis quelques années maintenant, l’intérêt de la Chine pour la région n’a cessé de grandir et surtout de se manifester par le biais d’un flot d’argent en aides, investissements et autres, déversé sur certains territoires caribéens. Un million par ci, dix millions pas là… une manne, vous dis-je, quasi impossible à refuser pour des gouvernants dont les pays sont en proie à bien des difficultés.

La Caraïbe, chasse gardée ad vitam aeternam des Etats-Unis, il n’en est donc pas question pour la Chine bien décidée à venir conquérir l’arrière-cour américaine. Et pour bien marquer sa position, que de mieux qu’une visite « sur le terrain » du président chinois ? A Trinidad-and-Tobago, Xi Jinping a assuré au premier ministre Kamla Persad-Bissessar que la Chine veut être un partenaire de son territoire et lui a annoncé un prêt  de 250 millions de dollars pour la construction d’un hôpital pour enfants sur place.  Il a aussi rencontré les présidents de neuf pays caribéens pour leur dire que la Chine veut être leur partenaire et leur a promis trois milliards de dollars de prêts. Puis, au Costa-Rica, Xi Jinping a expliqué à la présidente Laura Chinchilla que la Chine veut être un partenaire de son pays, puis a signé pour deux millions de dollars de contrats. Enfin, au Mexique, il a affirmé au président Enrique Peña Nieto que la Chine veut être un partenaire, un allié fort du Mexique. On attendait une annonce d’un montant extraordinaire, mais bizarrement rien n’est venu…

Est-il besoin de préciser que Xi Jinping a profité de cette visite d’Etat pour parler de partenariat concernant l’énergie, les matières premières 

Visite n° 3 : Fin juin, le président vénézuélien Nicolas Maduro

Qui aurait cru que le Venezuela serait dans la course pour cette « conquête » des territoires caribéens, et ce, même après la disparition du charismatique Hugo Chavez ? 

Ah oui, mais tout s’explique (presque) en un mot : Petrocaribe, cette alliance permettant aux pays caribéens d’acheter du pétrole au Venezuela à des conditions très avantageuses.

Déjà, à la mort d’Hugo Chavez, les dirigeants caribéens n’avaient assez de mot pour remercier Chavez de son action, pour exprimer leur immense tristesse face à la disparition de ce précieux ami de la Caraïbe et surtout pour inciter son successeur à continuer les largesses dont ils bénéficiaient.

Les gouvernants caribéens avaient été rassurés par Nicolas Maduro, qui après son élection, avait dit qu’il poursuivrait l’« action » de Chavez dans la région et qu’il souhaitait même mettre en place une Zone économique de Petrocaribe (ZEP). Cependant, perdurait une sourde angoisse, les négociations étant en cours. C’est dans ce contexte que Maduro s’est rendu en Haïti pour une visite historique, à Port-au-Prince. Avec le président haïtien, Michel Martelly, il a parlé de Chavez, d’amitié, d’Histoire, mais aussi (et surtout) du fait qu’Haïti continuera de bénéficier de Petrocaribe et pourra intégrer la fameuse ZEP. Maduro s’étant montré rassurant, les deux présidents arboraient de larges sourires.

Au fait, il était question une fois encore d’énergie. De manière inversée, les Caribéens étant demandeurs cette fois. Pour changer.  

Billet publié le 15 juillet 2013 sur mon précédent blog (légèrement modifié), et portant sur