La Guadeloupe expliquée à un douanier américain

« La Guadeloupe, la GUA-DE-LOU-PE, c’est quoi ça ? », me demande un agent des douanes en anglais, le regard méfiant, mon passeport à la main.

Nous sommes en décembre 2007. Je suis en transit à l’aéroport John F. Kennedy à New-York. Je suis partie de la Guadeloupe quelques heures auparavant pour me rendre à Montréal où je dois passer le test d’entrée de mon école de journalisme. Pour ne pas avoir à payer un billet d’avion à un prix astronomique, j’ai opté pour un trajet avec deux escales, la première à San Juan, Puerto Rico, qui s’est très bien passée, la seconde à New York.

Je glisse à l’agent américain un regard. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire, ce qui n’a que pour seul effet de faire un peu plus plisser le front de mon interlocuteur.

Carte de la Guadeloupe

Je lui réponds : « La Guadeloupe est une île située dans la Caraïbe ».

Ma phrase ne semble guère lui convenir. Il poursuit son interrogatoire si bien qu’un dialogue incongru s’engage entre lui et moi :

« – Et vous avez un passeport français ?
– Oui, car la Guadeloupe est une île française.
– Vous parlez donc français ?
– Hum, oui, bien sûr. La Guadeloupe est un département de la France, sauf qu’elle fait partie des îles des Antilles. Elle est près de Sainte-Lucie, Haïti, Saint-Domingue, Puerto Rico…
– Ah oui, Puerto Rico, bien sûr, s’exclame-t-il.
– Eh bien voilà. La Guadeloupe, c’est près de toutes ces régions-là, sauf que c’est un département français.

– Ok, opine-t-il avant de terminer mes formalités d’enregistrement. »

Rien à ajouter, me demande enfin l’agent, tout en me tendant mon passeport.

Nos regards se croisent et à cet instant précis, j’ai envie de lui raconter les premières civilisations de ce qui ne s’appelait pas encore la Guadeloupe, la « découverte » de l’archipel par Christophe Colomb, la colonisation française, l’abolition de l’esclavage, la départementalisation.

Cela l’aurait-il intéressé ? Pas le temps. Mon avion allait bientôt décoller.

Lorsque je me rends aux Etats-Unis, je dois régulièrement expliquer à mes interlocuteurs américains, qu’ils soient douaniers ou pas, ce qu’est la Guadeloupe, où cela se trouve et pourquoi cet archipel est français. Evidemment, je fais preuve de compréhension en me disant qu’ils ne peuvent pas tous connaître ce minuscule territoire de l’arc antillais, jamais indiqué  sur un globe terrestre.

Pour en revenir à mon voyage, il se termina malgré tout sur une bonne note. J’avais un peu d’appréhension en me retrouvant devant l’agent des douanes à Montréal. Mais lui avait le sourire, connaissait la Guadeloupe, de nom, et me laissa continuer ma route, sur ces mots que j’ai gardés en mémoire :

« Bienvenue. Bon courage par ce froid. Ca va vous changer du soleil, n’est-ce pas ? »

 

Billet publié en 2013 sur mon précédent blog.