La Grande Caraibe à l’heure des projets pharaoniques

Billet publié le 4 mars 2014 sur mon précédent blog et légèrement modifié. 

Quand les gouvernants caribéens, mais aussi les investisseurs privés voient grand…

Cela donne lieu à des chantiers gigantesques qui livrent une image de la Grande Caraïbe à mille lieues de celle habituellement véhiculée.

Passage en revue, pêle-mêle, de quelques-uns de ces immenses projets en cours de réalisation ou même déjà finalisés, dans la région.

1. L’élargissement du Canal du Panama

Cet immense chantier qui a donné lieu à un feuilleton mêlant polémiques et rebondissements. Je ne reviendrai pas dessus, sauf pour préciser que depuis, un accord a été trouvé. Si tout va bien (précision obligatoire, vu le contexte), le « nouveau » canal devrait inauguré d’ici fin 2015.

2. Le Canal du Nicaragua

En parlant de canal, il y a ce projet incroyable (dans les deux sens du terme) de construction d’un canal au Nicaragua, annoncé en janvier 2014 par Daniel Ortega, le président de ce pays, et Wang Jing, dirigeant du groupe chinois HKND. Le chantier devrait également comprendre les constructions d’« un oléoduc et une route, deux ports en eau profonde, deux aéroports et deux zones franches ». Pas moins !

Comme le souligne le journal Le Parisien, le futur chantier de ce canal interocéanique mérite bien le qualificatif de « pharaonique », ne serait-ce que compte tenu du budget annoncé : 30 milliards d’euros . Surcoût éventuel, non prévu, non compris…  Quant à l’inauguration, elle est programmée pour 2020.

Pour suivre l’avancée des études sur le terrain et du chantier qui devrait débuter d’ici fin 2014, direction le site officiel de HKND.

3. Le Mémorial ACTe en Guadeloupe

Situé à Pointe-à-Pitre, ce Mémorial ACTe sera « un espace régional dédié à la mémoire, l’information, la connaissance et à la recherche historique, à destination de la population, des touristes, des étudiants et des chercheurs », dixit le Conseil régional qui porte le projet.

En construction depuis 2008, l’édifice comptera « 4 350 m2 bâtis », avec un « bâtiment propos(ant) près de 2500 m2 d’espaces d’expositions ». Il a vocation à accueillir « 50 000 visiteurs par an, hors fréquentation quotidienne du site pour les loisirs et la promenade (150 000 visites) ». Il devrait être inauguré début 2015.

4. L’Ile-à-Vache en Haïti

Pour ceux qui suivent ne serait-ce qu’un peu l’actualité caribéenne, ils n’ont pas pu manquer l’opération de charme lancée il y a plusieurs mois par les autorités haïtiennes pour attirer des touristes dans l’île.

Suivant ce même objectif, le gouvernement haïtien a décidé de faire de l’Ile-à-Vache une destination touristique phare, via un projet d’envergure. D’importants travaux doivent ainsi être réalisés.

Le site HaitiLibre énumére : « projet d’équipements sociaux et de rénovation des infrastructures culturelles et touristiques, dont une place publique, un musée subaquatique, l’inauguration prochaine, d’un centre culturel doté d’une salle de conférence et d’une médiathèque. Elle a également confirmé la réalisation de nombreux travaux d’infrastructures, dont un aéroport international, la construction d’une route de 17 kilomètres traversant l’Île d’Est en Ouest, un centre de stockage de déchets solides, la construction d’un quai… ».

Coût des investissements entre 2014 et 2016 selon le quotidien France-Antilles : 91 milliards de dollars US, soit environ un peu plus de 66 millions d’euros.

Le souci est qu’une partie de la population ne partage pas du tout l’enthousiasme des gouvernants, d’où de fortes tensions.

A noter, un autre grand projet en cours également : « Jacmel destination touristique », l’accent étant davantage mis sur le « tourisme créatif ».

5. Le méga-port de Mariel, à Cuba

Les signes d’ouverture de Cuba vers l’extérieur se sont multipliés ces derniers temps… Parmi ceux-ci, un d’ampleur internationale, et d’importance économique considérable : la construction du port de Mariel à Cuba, inauguré le 26 janvier dernier par Dilma Rousseff, la présidente du Brésil. Il le fallait bien vu que c’est la Banque brésilienne de développement économique et social (BNDES) qui a financé la quasi totalité du projet : 682 millions d’euros sur les 702 nécessaires, comme le précise le journal Le Monde.

Pourquoi le Brésil est-il si impliqué ? Pour des raisons économiques bien sûr. Le port de Mariel, « le plus grand projet d’infrastructures jamais lancé à Cuba » pourra accueillir les super-cargos qui passeront bientôt par le nouveau canal du Panama.

6. L’amélioration des réseaux d’eau en Jamaïque

Face à la vétusté de certaines canalisations du pays, le gouvernement jamaïcain a bien dû se résoudre a investir massivement pour effectuer les travaux nécessaires. Il a donc lancé un appel à projets en 2012 et il se trouve que c’est un groupe français, Vinci Construction Grands Projets, qui l’a remporté. Au programme, deux gros chantiers détaillés sur le site Capital.fr :

–        « remplacer des canalisations de transfert de l’agglomération de Kingston » + 3 stations de traitement d’eau potable à réhabiliter

–         « pose de canalisations en zone urbaine à Port Antonio, au nord-est de la Jamaïque, ainsi que des travaux de dragage et d’aménagement d’un émissaire en mer ».

7. Le TCSP en Martinique

A l’image de la Guadeloupe, la Martinique rencontre d’importants soucis d’embouteillages. Voilà notamment pourquoi le conseil régional a décidé de mettre en place le Transport en Commun en Site Propre (TCSP). Il s’agit d’abord de procéder à de multiples aménagements routiers pour permettre la circulation de transports en commun. Coût total avancé : 237 millions d’euros.

Les travaux se poursuivent, et pour les suivre, je vous invite notamment à consulter GaethBlog.

8. Le Baha Mar Resort, aux Bahamas

Les Bahamas font partie des destinations touristiques caribéennes les plus prisées. L’archipel est notamment pour ses complexes fort impressionnants. Eh bien, fin 2014, il en comptera un de plus : le Baha Mar mega-resort, le plus grand complexe touristique de la Caraïbe. Le projet laisse rêveur tant il est extraordinaire : quatre nouveaux hôtels, 18 000 m2 d’espace de congrès, un golf de 18 trous et un casino, un lac avec un spectacle de style Vegas, etc.

Et bien sûr, pour réaliser tout cela, un budget pour le moins conséquent : 3,4 milliards de dollars US, soit près de 2,5 milliards d’euros. Et c’est la Chine qui finance !

9. Le complexe Hyatt à St Kitts & Nevis

Les Chinois d’un côté, les Dubaïotes de l’autre… Cette fois, il faut tourner notre regard vers l’archipel de St Kitts et Nevis, où est en cours la construction du complexe Hyatt, un hôtel 5 étoiles de 134 chambres par Range Hospitality, un groupe de Dubai donc. Coût estimé : 350 millions de dollars US, soit environ 255 millions d’euros, en 2 phases. Ouverture prévue en 2015. Et ce ne serait que le début…

Petit plus, accepté par le gouvernement de St Kitts & Nevis : le programme investissement/nationalité, c’est-à-dire que si vous investissez dans le projet, vous pouvez obtenir la nationalité… En voilà un argument supplémentaire.

J’aurais aussi pu vous parler d’un autre projet : celui des appartements-vacances à Saint-Martin, pour un coût d’environ 131 millions d’euros, porté par le groupe canadien Lépine. Mais bon…

10. Le Caribbean Regional Communications Infrastructure Programme (Carcip)

Ce n’est sans doute pas le projet le plus cher, ni le plus impressionnant, mais je tenais tout de même à le mentionner, car il va dans le sens d’une tendance actuelle dans la Caraïbe : le développement des infrastructures de télécommunication. Et en plus il repose sur de la coopération !

Le Carcip est un projet régional porté par trois territoires : Sainte-Lucie, Grenade et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. L’objectif est de « combler les lacunes dans leur développement régional » en la matière, via la mise en place de matériels de réseaux de communication. Budget avancé : 25 millions de dollars US, soit 18 millions d’euros.

« Mettre ensemble les territoires et institutions régionales autour d’une table est juste la première étape. Le but ultime est une approche globale, à l’échelle régionale pour le développement des réseaux de télécommunication dans les Caraïbes. Les leçons que nous apprenons ici seront d’une valeur réelle pour l’ensemble de la région » – Junior McIntyre, l’un des coordinateurs du projet. (traduction à partir des propos du communiqué de présentation officielle)

Pour suivre l’évolution de ce projet, vous pouvez vous abonner au profil @CARCIP_ sur Twitter.