Il était bien temps que je vous raconte la conférence qui était au coeur du séminaire européen sur l’employabilité des jeunes en Martinique, organisé par l’association D’Antilles et D’Ailleurs la semaine dernière.  Elle s’est déroulée le jeudi 5, le temps d’une matinée, à l’Institut Martiniquais du Sport au Lamentin. Le public était composé d’une quarantaine de personnes – les participants du séminaire venus de différents pays européens et quelques locaux.

Au fait, qu’est-ce que l’employabilité ? Selon le dictionnaire Larousse, c’est la « capacité d’une personne à être affectée à un nouveau travail ». Le terme invite donc à s’interroger sur la problématique du chômage et sur les solutions pour que des personnes trouvent un emploi. Dans le cadre de notre conférence, les jeunes donc.

Mes notes sur la conférence sont si denses que j’ai décidé de livrer ce que j’en ai retenu en plusieurs billets.

Pour ce premier volet, retour sur les statistiques et constats marquants que j’ai relevés.

Isabelle Padra-Rebelo de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) Martinique a révélé des chiffres sur les jeunes Martiniquais désastreux, mais qui ne surprennent malheureusement plus.

Plus de 50% des jeunes âgés entre 20 et 29 ans et vivant en Martinique sont au chomâge. 3 jeunes Martiniquais sur 10 ne sont ni en emploi, ni en formation.

La non-possession d’un « diplôme est un facteur discriminant dans la recherche d’emploi ». Le diplôme n’est pas un garant d’accès à l’emploi, mais il reste un atout majeur, puisqu’il est généralement demandé par les employeur.

Autre problématique (sur laquelle je reviendrai un peu plus loin) : 44 % des jeunes ne disposent pas de véhicule, d’où des difficultés suppplémentaires pour chercher un emploi.

« Faute d’avoir accès à un emploi en Martinique, nombre de jeunes émigrent vers l’Hexagone ou ailleurs » avec l’espoir d’échapper au chômage.

La population martiniquaise est d’ailleurs en diminution. La Martinique est « la région qui perd le plus d’habitants devant la Guadeloupe, seule autre région où la population diminue (– 0,1 % par an) ». 

Pour les jeunes qui restent dans l’île, la situation ne cesse de se dégrader.  « Le nombre de jeunes sous le seuil de risque de pauvreté a augmenté entre 2001 et 2011. » Et à noter qu’ils « sont plus touchés par la pauvreté que leurs homologues guadeloupéens. »

Le sous-emploi est aussi très développé et « il touche davantage les jeunes femmes récemment diplômées ». 

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter l’étude « L’insertion sociale et professionnelle des jeunes en Martinique » de l’Insee, datant de décembre 2016.

Après cette intervention exposant la situation de manière statistique et donc obligatoirement distante, j’ai d’autant plus apprécié l’intervention de Jean-Baptiste DAVID.

Ce travailleur de jeunesse au Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (CEMEA) Martinique nous a livré un point de vue très intéressant, puisque basé sur son activité professionnelle sur le terrain, dans différents quartiers de la Martinqiue.

« Nous travaillons avec deux catégories de jeunes : les diplômés et les non-diplômés. Parmi les diplômés, à peine 10% pensent s’établir en Martinique. Leur idée est de partir, et non pas dans les îles à côté, ni en dans des pays européens, mais dans l’Hexagone. Sans doute à cause de la barrière de la langue. »

« Parmi les non-diplômés, beaucoup ont l’envie (ndlr : de trouver un travail). Il n’y a peut-être que 10 % qui ne sont pas motivés. Ils essayent, mais en face, il n’y a pas de réponse. S’est donc installé un climat de manque de confiance, de résignation et même un peu de haine de ce qui représente l’Etat, des structures associatives. »

Jean-Baptiste DAVID a mis en exergue une problématique majeure : le transport en Martinique qu’il a qualifié de « castastrophique ».

« Si j’habite au Prêcheur et que je vais travailler à Sainte-Anne, je ne vais pas tenir une semaine. Il me faudra me lever à 4h du matin pour commencer à 8h, et je ne suis pas sûr d’arriver à l’heure. C’est un des premiers problèmes auxquels les jeunes se heurtent. »

Un autre problème qui « arrive tout de suite derrière » : « le manque d’information ».

« Il y a plus de 1200 dispositifs en direction des jeunes. Or, les services de l’Etat nous disent qu’à peine 100 dispositifs sont sollicités par les travailleurs sociaux, les structures associatives et non par les jeunes directement ». 

« Malheureusement, même quand les jeunes vont se renseigner à Pôle Emploi, la personne en face d’eux ne possède pas toujours l’information non plus. » Le CEMEA doit donc faire un vrai travail d’accompagnement : « nous les aidons à savoir ce qu’ils doivent demander, ce à quoi ils ont droit, avant de faire leurs démarches au Pôle Emploi ».

« Le paradoxe que l’on constate depuis quelques années est le succès du RSMA qui apparait comme une porte de secours. Beaucoup de jeunes qui ont du bagage atterrissent au RSMA, ce qui était moins le cas avant ».

Pour rappel, le Régiment du Service Militaire Adapté (RSMA) est un « organisme militaire de formation professionnelle relevant du Ministère des outre-mer, (qui) a pour mission principale de faciliter l’insertion sociale et professionnelle des jeunes Martiniquais tout en participant à des chantiers d’application au développement du département » (explication tirée du site officiel du RSMA Martinique). 

« C’est la confiance que les jeunes n’ont plus, en eux, en les travailleurs sociaux, en l’Etat, en leurs aînés, ce qui crée des situations d’enfermement dans des quartiers. Certains qui font des démarches ont même l’impression que les barrières qui existent sont posées par l’Etat… »

Ces propos ont suscité nombre d’interventions intéressantes du public. Cependant, j’en ai relevé deux :

– un participant du séminaire, venu de l’Estonie, a affirmé que le gouvernement a développé un système de transport public gratuit pour les personnes qui devaient se rendre obligatoirement dans le centre pour travailler. Cependant, Jean-Baptiste DAVID lui a expliqué que le problème n’est pas tant la cherté que le fait qu’il n’y ait pas ou peu de transport, relevant un souci d’horaires fiables notamment.

– une autre participante du séminaire, venue d’Italie, a souligné que nombre de personnes confrontées au problème de manque de transport avait développé un système de covoiturage via Facebook, afin de pouvoir aller travailler. En Martinique, comme en Guadeloupe, ce type de système doit encore se développer, le règne de la voiture individuelle que l’on utilise seul ayant bien du mal à être bousculé.

La semaine prochaine, je partagerai d’autres extraits de cette conférence où des solutions, des dispositifs ont été évoqués.

Mon agenda étant très chargé, je prends plus de temps que d’habitude pour publier le récap’, mais il faut parfois prendre le temps pour bien retranscrire une conférence.