Marc Lesdema, un serial entrepreneur caribéen peu ordinaire

Cette fois, c’est la bonne. Ah, là, ça y est !

Combien de fois me suis-je dit que j’avais trouvé LA solution au casse-tête qu’a constitué l’écriture de ce billet sur Marc Lesdema ?

Combien de fois ai-je pesté contre cet entrepreneur martiniquais âgé de 40 ans, qui en une interview, m’a donné envie d’innover, en commençant par le portrait que j’allais rédiger de lui ?

Devant ma page blanche, au bout de l’énième brouillon, j’ai failli abandonner. Je me suis dit : « Mylène, laisse tomber, tu as atteint tes limites ». J’avais déjà fermé Word, quitté mon clavier, quand soudain, je me suis rappelée que justement j’écrivais sur un homme qui, dans son domaine, ne semble pas connaître de limite.

Limite. Mot inconnu dans le vocabulaire de Marc Lesdema.

Et c’est sans doute la raison pour laquelle il est devenu un serial entrepreneur.

Mais au fait, j’ai utilisé cette expression pour le titre de ce billet, j’en reparle, et je n’en ai toujours pas donné la définition. Autant laisser Marc Lesdema la livrer lui-même :

« C’est un peu comme le serial killer. Le serial entrepreneur est atteint d’une frénésie entreprenariale. Il crée parce qu’il a cette nécessité de créer, de donner vie à ses idées. » 

 

Cette nécessité, il l’a découverte et l’a satisfaite très jeune : 18 ans.

En entrant au capital d’une entreprise en difficulté : une auto-école.

 

« J’ai toujours envisagé ma carrière dans le secteur privé. Mes parents étaient fonctionnaires et je leur disais tout le temps : ‘je ne comprends pas comment cela fonctionne dans votre monde ; il est déconnecté de la réalité du travailleur et en retard de quatre à six ans (au mieux) de la réalité économique’. Avec moi, cela ne pouvait pas coller. J’ai toujours été quelqu’un dans l’action ».

 Au sein de sa première entreprise, Marc Lesdema est investisseur, mais aussi acteur, puisqu’il s’occupe de la communication auprès des médias et des jeunes. Sa tâche lui est facilitée par une autre de ses activités : « A l’époque, j’organisais déjà de gros événements festifs en Martinique et nous disposions d’une grosse communauté de jeunes. »

 Et en parallèle, il poursuit ses études. Il obtient un baccalauréat en électronique, puis un diplôme préparatoire d’études comptables et financières (DPECF). Toujours suivant le même objectif : pouvoir satisfaire ses « velléités de créer des entreprises ».

« Il était pour moi essentiel que je puisse maîtriser les rouages de la finance de l’entreprise. »


Ensuite ?

Un BTS domotique à Toulon, puis un Master à Skema Bachelor.

« Skema est une école de commerce née de la fusion entre l’ESC Lille et de CERAM Sophia Antipolis, qui a pour vocation de préparer des étudiants français à rejoindre les universités américaines ». Oui, vous l’aurez compris, Marc Lesdema a aussi étudié aux États-Unis, à la Florida International University (FIU).

« J’ai toujours été américain dans mon approche, je n’ai jamais été franco-européen. J’étais en opposition avec le système scolaire français qui n’était pas adapté à mon profil. Je savais ce que je voulais, et donc toutes les matières hors de cela me paraissaient inutiles ». 

De retour à Sophia Antipolis, en 1999, Marc Lesdema lance une startup… dans la location immobilière.

« Je n’avais pas de fil conducteur à l’époque. L’idée était d’entreprendre ».

Et deux ans plus tard, il crée la société ODBEE, « qui va devenir le premier fournisseur français d’accès wifi » : « La norme venait d’être finalisée aux États-Unis. C’était un truc d’ultra geek, car ils construisaient le matériel eux-mêmes, en mode fablab, tous les jours. J’ai commencé à m’y intéresser. J’habitais dans une résidence étudiante qui n’avait pas internet. Or, les étudiants en avaient besoin. J’ai regardé ce qui se passait aux États-Unis et j’ai commencé à échanger avec l’association Wifi France qui venait de se monter.

J’ai pris contact avec tous les fabricants d’équipements et nous sommes devenus un important laboratoire de test pour eux, car nous étions les seuls à avoir, à l’époque, un parc contrôlé d’utilisateurs wifi. Tout le monde vendait du matériel wifi, mais personne n’avait de véritables retours dessus. A l’inverse, nous qui équipions des résidences étudiantes entières, nous pouvions les leur fournir ».

L’entreprise a continué à grossir, équipant de plus en plus de résidences, dans de multiples villes de l’Hexagone. Un beau succès !

Mais que croyez-vous que Marc Lesdema ait fait ?

Il a cédé la société, en 2005 !

« Je crée, je développe, j’innove et quand je pense que je suis arrivé au bout du processus, je passe à autre chose. Sans regret ».

En 2005, Marc Lesdema passe à cette fameuse étape, « extraterrestre », selon son propre terme, où il est salarié.

« J’ai été salarié. Une fois dans ma vie, oui, ce genre de chose m’est arrivé. Nul n’est parfait, on a tous droit à des erreurs ! »

« Tout s’est fait par hasard. J’étais devenu indépendant. Je suis allé vendre mes prestations dans une entreprise qui venait de se monter et le patron a été séduit par mon profil. Il m’a dit : ‘J’aime ce que vous faites. Je ne vous veux pas comme prestataire, je vous veux dans la boite. Es-ce que vous acceptez que l’on se se revoit la semaine prochaine ? Réfléchissez au poste que vous souhaitez occuper dans la société’. »

En somme, Marc Lesdema venait se voir proposer un poste sur-mesure. Et c’est ainsi qu’il a pris la direction du pôle recherches et développement de cette entreprise qui faisait de la Publicité sur Lieu de Vente (PLV) dynamique. Il avait pour charge de « construire un système de production et de distribution de publicités numériques sur écrans digitaux, en offre totalement dématérialisée. »

« Cela a duré six mois. Le patron est parti en sucette !»

Il précise : « Le patron a pris des décisions incompréhensibles. Il refusait des opportunités. En six mois, la société était passée de un à 28 salariés, sans avoir fait un centime de chiffre d’affaires. J’ai alors décidé de m’en aller. Le mois d’après, l’entreprise était liquidée. »

Cependant, là encore, point de regret pour lui. « Ce fut une expérience intéressante. Humainement, géniale, car on avait une super équipe, avec de beaux talents. »

Et justement, une partie du personnel décide de suivre Marc Lesdema, qui monte une nouvelle entreprise. Une web agency. « Nous nous occupions de toute la communication numérique du client : PAO, web, contenus vidéos, médias traditionnels ou web. »

Cependant, Marc Lesdema s’est-il arrêté là ? Bien sûr que non !

« A un moment donné, nous avons à la fois une opportunité et une demande concernant l’impression de certains projets nécessitant plusieurs prestataires en France et donnant donc lieu à des devis hallucinants. J’ai recherché une alternative économiquement viable pour mes clients. Et la solution me vient d’un ami qui me dit qu’il fait appel à une société située en Chine. »

 

« Je teste pendant un an. C’est concluant. Un jour, je demande à pouvoir voir le patron. Il accepte. Je pars à Hong Kong pour le rencontrer. Lors de ce voyage, on décide de devenir associés. C’est là qu’a débuté mon aventure chinoise. »

 

A l’inverse de sa précédente expérience française, tout se passe très bien. Ses associés chinois sont jeunes et ont fait leurs études dans de prestigieuses universités américaines, comme lui. « Nous parlions la même langue », précise-t-il.

Marc Lesdema va aussi en Inde, pour saisir à nouveau une opportunité. Je vous passe les détails, sinon ce billet sera d’une longueur redoutable.

Toutefois, alors que tout se passe au mieux, que fait-il ?

Il revend la société. L’aventure aura duré de 2007 à 2015.        

 

« Je décide de passer à autre chose. Je retourne en Martinique pour des questions familiales. Et vu que j’y étais, je décide d’accélérer ce que j’avais déjà commencé à mettre en œuvre : le développement et la structuration de la filière numérique ». 

 

Pour ce faire, il faut des tiers-lieux, c’est-à-dire des espaces collaboratifs. Marc Lesdema (qui est à la tête du réseau Mad(e) in TIC) et d’autres acteurs du numérique (MartiniqueTech, Open IT Martinique) s’emploient à les mettre en place.

Les projets ? Espace de coworking, fablab, école de code, mais aussi l’événement West Indies (WI) Startup qui a pour ambition d’aller bien plus loin que le Startup Weekend, « format » que Marc Lesdema connaît bien pour en être le facilitateur régional.

Outre cela, Marc Lesdema souhaite vivement la mise en place d’un incubateur et d’un accélarateur en Martinique, pour avoir les outils permettant de fournir un meilleur accompagnement aux entreprises du numérique. Là encore, c’est en phase négociation. Néanmoins, il souligne : « Accélérer c’est bien, mais il faut incuber avant. Or, à ce jour, nous avons peu de startups à accélerer ».

Je ne pouvais pas manquer de demander à Marc Lesdema ce qu’il pense de la Caraïbe numérique.

« On a de vraies leçons à prendre de nos voisins caribéens, à la Jamaïque, à Trinidad-and-Tobago… Par exemple, à la Dominique, ils ont déjà mis en place des programmes pour amener le code auprès des plus jeunes, ce que nous n’avons pas.

Il faut que l’on y aille, que l’on travaille ensemble.

A mon sens, le seul secteur d’activité qui nous permette véritablement de toucher le marché économique caribéen est le numérique. C’est une réalité pour les entrepreneurs du digital. »

 

Bien sûr, en une interview de 45 minutes, du fait de l’agenda serré de l’entrepreneur, je n’ai pas pu poser toutes mes questions. Qu’à cela ne tienne ! Par la suite, j’ai collecté quelques informations supplémentaires sur lui au fil de nos rencontres :

Et j’en oublie sans doute !

Je suis sure que vous comprenez désormais mieux le pourquoi du comment de mon casse-tête.

Merci à Marc Lesdema pour sa patience durant la rédaction de ce billet, d’autant plus louable qu’il navigue dans un monde numérique où tout est en accéléré.