Pendant quelques heures, je me suis creusée la tête pour trouver comment rédiger deux billets synthétiques sur cette troisième édition de Startup.gp, événement du numérique qui a eu lieu vendredi dernier. Je m’explique.
Startup.gp 1, en 2014, j’étais une néophyte assumée.
Startup.gp 2,  l’an dernier, j’avais le sentiment de l’être un peu moins. Entre temps, je m’étais vraiment intéressée au numérique, j’avais discuté avec des entrepreneurs, des passionnés de ce sujet, je suis même devenue membre de GuadeloupeTech, le cluster de l’économie du numérique en Guadeloupe organisateur de l’événement.
Et patatras, avec Startup.gp 3, j’ai eu le sentiment de presque retourner à la case départ. Face à l’afflux d’informations, de termes inconnus pour moi, d’enjeux, comment saisir et partager l’essentiel, même en deux billets ?

Trêve d’atermoiement. Pour simplifier les choses, j’ai décidé de vous livrer 20 questions que je me suis posée pendant et après l’événement. Voici les 10 premières. Les 10 autres suivront, bien sûr, dans un second billet.

1. Comment s’est déroulé le workshop sur le pitch de la matinée ?

Je n’ai malheureusement pas pu assister au workshop sur le pitch animé par Betty Fausta, vice-présidente de GuadeloupeTech, CEO d’Ipeos, et Florence Glouche, membre du CA de GuadeloupeTech, directrice de CoVision Partenaires. Impondérable oblige, comme on dit, d’autant plus malheureux que l’atelier était instructif, selon les échos que j’en ai eus de participants. Ces derniers étaient une quarantaine.

Six ont « pitché », c’est-à-dire ont présenté en quelques minutes leur projet. Et beaucoup sont repartis avec quelques clés qu’ils pourront mettre à profit dans le cadre du pitchtech, concours de pitchs, qui aura lieu dans quelques mois.

2. Pourquoi autant de sièges vides cette après-midi ?

Autant l’an dernier, le rendez-vous (qui se déroulait à l’époque à la bibliothèque Mado à Baie-Mahault) avait fait salle comble, autant cette année, il restait pas mal de places dans l’amphithéâtre du WTC. L’évolution du format en un événement devenu plus dense, avec trois temps forts (workshop, conférence, soirée networking), mais payant, n’a pas rencontré le succès escompté. Et je n’avais qu’un mot à la bouche : dommage !
Les rendez-vous du numérique de cette ampleur, avec des intervenants pointus, certains étant venus en Guadeloupe spécialement, sont rares. Alors, oui, dommage que les étudiants, les professionnels et tous les passionnés du numérique n’aient pas été plus nombreux.

3. Y’a pas de wifi dans la salle ?

Comment ? Dans un tel rendez-vous du numérique, il n’y a pas de wifi ?! Yeux ronds, battements de paupières et bouche ouverte. Certains me voyant poster régulièrement des tweets ont cru que j’avais le fameux code wifi. Il n’en était rien.
Une explication sur cette lacune ? Francis, alias Ciscoshow, qui faisait partie de l’organisation de l’événement, en a fourni une dans ce billet de blog que je vous invite à lire.
Cependant, il y a une réalité en Guadeloupe. Quand tu vas dans une conférence quelle qu’elle soit et où qu’elle se déroule, assure-toi qu’il te reste suffisamment de forfait mobile internet avant. Sinon, frustration assurée, parce que le wifi accessible et/ou gratuit est quelque chose de vraiment exceptionnel.

4. Comment bien réussir sa levée de fonds ?

Pour une startup qui, par définition, ne sait pas comment et si elle va gagner de l’argent, la levée de fonds est difficile, périlleuse, mais aussi pertinente, voire salvatrice.

> Etienne Portais, le directeur général de Maddyness,  le magazine des startups françaises, a souligné :
– l’importance de la « love money », cet argent venu du 1er cercle de personnes que le startuper va séduire (généralement l’entourage proche) et qui se transformeront ensuite en ambassadeurs de la startup ;
– l’aspect crucial du choix du timing pour lancer sa levée de fonds, car son bon moment n’est pas forcément celui des investisseurs ;
– l’obligation de mesurer tous les risques avant de se lancer dans l’aventure entreprenariale.

> Yohann Saint-Louis, startuper de Carfully,  a convaincu 35 personnes et levé 120 000 euros pour développer son projet. Ca s’applaudit d’autant plus qu’il a aussi dit que lever des fonds dans des îles telles que les nôtres est un challenge (mais pas impossible ! Voir la question 6), parce que les gros investisseurs ne possèdent pas encore forcément la culture web/numérique indispensable pour mesurer la pertinence de tel ou tel projet et avoir envie de le financer.
Comment lui a-t-il fait ? Voici la réponse :

Et aussi, il a livré quelques pistes.

> Ingrid Maisonneuve-Chaine, fondatrice de Shopîles, a elle précisé d’emblée que ce sont les investisseurs (hormis deux exceptions) qui l’ont trouvé. « Une chance », selon ses propres termes, qui prouve bien le vif intérêt que son concept a suscité.

Pour Ingrid Maisonneuve-Chaine, la priorité n’était pas tant de rencontrer les potentiels investisseurs que de satisfaire au quotidien ses nombreux clients, car des mauvaises critiques auraient terni la réputation de son entreprise et donc annulé le pouvoir d’attraction auprès des investisseurs. Logique !

J’ai bien retenu que toute levée de fonds implique d’abord et avant tout d’avoir un concept séduisant, attractif, capable de susciter le désir.

5. A quand ces startups à grand succès qui serviront de modèles pour d’autres dans nos territoires ?

Yohann Saint-Louis a mis en avant le manque d’exemples actuels de réussites permettant à la culture web et à l’écosystème local de se développer plus rapidement. Tout est encore « embryonnaire », ce qui entraîne des difficultés pour les startupers. Ces derniers doivent ainsi redoubler d’efforts pour avoir les moyens matériels, financiers, humains d’entreprendre.

6. Doit-on partir à tout prix pour réussir ?

Dans les conférences auxquelles j’assiste en Guadeloupe depuis des années, il y a toujours les mêmes sempiternelles questions/réflexions. Dans le top de celles-ci, cette idée qu’il faut à tout prix partir ailleurs pour réussir. Oui, toujours, ce «que fais-tu encore ici, l’herbe est tellement plus verte ailleurs ». Le fantasme de l’ailleurs, de cette route pavée d’or qui n’attend que nous à l’extérieur, et que nous refusons d’emprunter par naïveté ou bêtise éhontées. J’espère que vous percevez toute l’ironie dans mon propos.

Lors de cette Startup.gp, cela est à nouveau revenu sur le tapis. J’ai vraiment apprécié que plusieurs intervenants, caribéens ou de l’hexagone, expliquent que partir n’est pas cette solution, si facile, si « obligatoire ». L’ailleurs, c’est aussi des difficultés, des problématiques, qu’il faut affronter. Et donc rester, comme le fait Yohann Saint-Louis à qui cette réflexion était adressée, n’est plus un acte de bravoure, mais une volonté, réfléchie, allant au-delà du sentimentalisme teinté de patriotisme.

7. Google est vraiment mon ami, n’est-ce pas ?

Dans l’assistance, un participant a demandé comment on faisait pour obtenir des informations pour créer et développer son entreprise, sa startup. Réponse des intervenants : Google est ton ami.
J’espère ne pas raviver la question du « danger » que représente l’univers Google qui collecte des masses d’informations sur nous pour les vendre à d’autres. Comme beaucoup, j’ai ce « réflexe Google » pour en savoir plus sur une personne, un événement, rechercher une vidéo, traduire, etc.
Derrière cette phrase, l’idée importante est qu’au-delà des institutions locales, des événements informatifs, il y a des ressources extraordinaires en ligne pour monter son entreprise, acquérir les connaissances incontournables, trouver des informations clés. Il suffit de cliquer. Peu importe le moteur de recherche.

8. Relèvera t-on le challenge de l’innovation énergétique ?

Je me rends compte que ce billet est déjà fort long, alors que je n’aborde que maintenant la seconde conférence. C’est vous dire la densité du programme ! 

Gaël Musquet, chargé de mission à La Fonderie,  connu pour le projet Caribewave, a expliqué tout le bénéfice qu’il y a à utiliser des matériels connectés simples, peu chers, pour faire face à des difficultés extraordinaires comme les catastrophes naturelles, ou malheureusement plus ordinaires tel que les accidents de voiture.
Avec Raphaël Cipolin, adjoint au chef de service clientèle d’EDF Guadeloupe, ils sont tombés d’accord sur le fait que des collaborations entre EDF et startups afin de créer des outils numériques pour relever le challenge énergétique sont pertinentes, car les besoins sont là, la demande en énergie étant en forte croissante (+22% entre 2000 et 2016 en Guadeloupe).

La réactivité, l’audace et l’inventivité des startupers peuvent permettre de trouver des solutions intéressantes, même si les mettre en place implique un long processus chez EDF qui reste un énorme « dinosaure » alourdi par des processus administratifs et de sécurité complexes.

9. Gaël Musquet, le Dr Henry Joseph du numérique ?

Gaël Musquet a rappelé qu’il n’y a toujours pas de 4G en Guadeloupe, alors que les îles de la Caraïbe environnantes l’ont toutes.
Il a évoqué le manque sur le territoire de certains équipements pourtant peu chers à acquérir, à installer, grâce auxquels alerter et secourir plus rapidement des accidentés seraient facilités.
Il a aussi souligné la faible mobilisation dans l’archipel pour Caribewave, l’exercice de simulation d’alerte tsunami, alors que, dans d’autres territoires de la Caraïbe, on se prépare grandement, activement.
Il a parlé d’Open énergie monitor, un projet qui permet de mesurer, de surveiller la consommation d’énergie dans sa maison.
Il a aussi dit :

Plus j’écoutais Gaël Musquet, plus je pensais au Dr Henry Joseph. Il a cette même passion qui donne le sentiment qu’il pourrait parler, montrer des objets, pendant des heures. Surtout, s’il met en avant des problématiques, il propose aussi des solutions.

10. Qui veut participer au Prix EDF Pulse 2016 ?

Raphaël Cipolin a évoqué ce Prix mis en place par EDF depuis quelques années et dont je n’avais jamais entendu parler malgré ma veille active. Il a dit regretter que des Guadeloupéens n’y aient pas encore pris part. Appel lancé. A bon entendeur !

Publication à venir des 10 autres questions via une partie 2.