Comme promis dans la première partie, je continue à vous livrer les questions que je me suis posée pendant et après Startup.gp 3. Voici donc les 10 autres.

11. Qu’est-ce que la disruption et la transformation digitale ?

Cette troisième conférence avait sans doute le thème le plus intriguant de l’événement, le nombre le plus élévé de termes inconnus pour moi. J’avoue que j’ai dû recourir à mes enregistrements audios.

Alors pour ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas le terme « disruption » auparavant, voici une petite définition. La disruption est synonyme d’« innovation de rupture », dixit le créateur de ce terme. Elle consiste à « identifier les conventions culturelles dominantes puis à les remettre en question, pour construire et mettre en oeuvre une communication originale ». 

Quant à la transformation digitale, pour une entreprise, une institution, c’est le fait de « numériser » toutes ses activités, c’est-à-dire mettre du numérique partout : communication, distribution, commercialisation, etc.

Ce que j’ai retenu de cette conférence ? L’humain reste au coeur de tout cela, et même revient en force, parce qu’au-delà des innovations, des techniques, ce sont les hommes, les clients qui comptent. Cela a l’air d’être évident, mais apparement pas tant que cela.

> Hervé Bourdon, président-fondateur de Shake your ecommerce, responsable développement commercial Web&Solutions, a expliqué que les nouveaux challengers de l’e-commerce sur le marché sont des gens pour qui la relation humaine est essentielle. Ils ont créé des communautés, ils « mettent l’humain au coeur du service-client ». C’est la raison pour laquelle « ils sont imbattables » : « ils sont psychologues », « ils sont dans l’esprit de leurs clients ».

Comment obtenir la confiance de l’acheteur pour le e-commerce, a demandé Fanny Marsot, la modératrice de cette conférence. Oui, comment réussir à amener un client à utiliser sa carte de crédit pour acheter un produit sur un site en ligne, alors qu’il n’est pas à 100% sûr que ce produit est vraiment ce qui convient, qu’il le recevra bien chez lui, que sa carte ne sera pas piratée, qu’il aura un interlocuteur au bout du fil ou par mail si ça se passe mal ?

> Philippe Roquelaure, délégué regional d’Orange Caraibe et co-fondateur de South Mobile Services a répondu : « Il faut humaniser la relation », c’est-à-dire « il faut essayer de faire oublier à nos clients que nous sommes dans une relation industrialisée ». Il s’agit ainsi de « faire en sorte que, lorsqu’ils nous appellent, ils soient reconnus, en ayant l’intégralité de leur historique, etc. » Ce qui va donc permettre la confiance, c’est la mise en oeuvre d’une « logique de reconnaissance ».

12. Data par ci, data par là, quel intérêt réel ?

A propos de confiance entre e-commerce et clients, Hervé Bourdon a lui souligné qu’elle peut être créée, entretenue, « par des leviers minuscules » comme le choix des mots, mais aussi l’utilisation de la « small data ».

La small data, elle permet de savoir quel mot va pousser les internautes à cliquer sur quelque chose, sans faire appel à des algorithmes très compliqués. « Et ça, c’est une très grande nouveauté », a affirmé Hervé Bourdon.

13. L’e-commerce, c’est vraiment payant ?

Hervé Bourdon est aussi président d’e-Com Provence, une association de e-commerçants. Il a donc livré quelques chiffres. En France, l’e-commerce, c’est :
– 175 000 sites ;
– 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires ;
– 200 de ces sites font 80 % de de chiffre d’affaires.
Voilà pourquoi, en réalité, « un e-commerçant est pauvre », selon Hervé Bourdon : « Une fois que vous avez retiré la tête du classement, il ne reste pas grand chose à manger aux autres ». A noter qu’« un site d’e-commerce fait moins de 150 000 euros en moyenne », et pourtant il faut payer les charges, les salaires…
Face à de tels chiffres, il faut que les e-commerçants se serrent les coudes, a mis en avant Hervé Bourdon : « il faut se mettre en réseau, se retrouver, se filer des tuyaux, négocier ensemble avec leurs meilleurs fournisseurs. Tout cela permet la survie, de multiplier le chiffre d’affaires ».

14. Comment ne pas consacrer tout son temps à son entreprise ?

J’ai reformulé la question initiale de la conférence, car la réponse « non » me paraissait évidente. D’ailleurs, ce n’est pas tant que l’on ne doit pas, mais que l’on ne peut pas. Physiquement, il est obligatoire de manger et de dormir. Mentalement, il faut prendre de la distance avec son activité entreprenariale pour garder la raison. Enfin, c’est ce que j’expérimente chaque jour, en tant que journaliste indépendante. Mais la vraie question est : comment ?

> Kévin Noël, fondateur de Nokev Création, a évoqué son Gwadaroadtrip qu’il a effectué en juillet, pendant un mois, sur les routes de Guadeloupe avec seulement un euro en poche. Avant cela, cela faisait 5 ans qu’il n’avait pas pris de vacances. De son « voyage local », il en est revenu avec « une fraîcheur », avec davantage d’inspiration. Cela l’a aidé personnellement et professionnellement.

> Florence Glouche, coach en efficacité individuelle et collective, directrice de CoVision Partenaires, a expliqué que, de manière générale, un entrepreneur, un patron qui ne prend pas du temps pour lui, cela entraîne des répercussions négatives sur la vie professionnelle (l’entreprise, les salariés) et la vie privée (la famille, l’entourage). « Et si par malheur, on fait un burn-out, qui va faire tourner l’entreprise ?»

> Bertrand Demarcq, entrepreneur du numérique et business angel, président de GuadeloupeTech, a notamment mis en avant l’importance de s’octroyer du temps pour soi (même si cela reste très difficile car nous sommes beaucoup à être des « drogués du boulot »), d’avoir des activités sportives, de loisirs.

15. Ah bon, je suis un « navinaute mutant et multicanal » ?

Dernière conférence et pas des moindres, avec un titre qui m’a laissé aussi perplexe que celui de la troisième. Je ne savais pas que j’étais un navinaute mutant et multicanal. Si vous êtes internaute, que vous utilisez de multiples sites d’e-commerce, services web et moyens de communication web (réseaux sociaux, mails), vous l’êtes aussi.

Et au final, « on est dans une période de mutation, de turbulences extrêmement fortes » en matière de e-commerce, a assuré Hervé Bourdon ; d’où ce terme de « mutant », si j’ai bien tout saisi.

> René Cotton, fondateur de Wizishop, a souligné que ce qui est difficile est qu’aujourd’hui, le client compare les prix en ligne, en consultant plusieurs sites, en allant dans des magasins physiques, sans que l’on ait pu le suivre et déterminer pourquoi il a acheté ici plutôt que là.

Et donc tout l’enjeu pour les marketeurs, les sites de e-commerce et autres concernés, est d’avoir le maximum d’informations (les datas, on y revient) sur nous, internautes, pour mieux nous connaître, et nous vendre des produits. Désolé de résumer « en gros » le mécanisme et les objectifs évoqués, mais difficile d’en dire plus sans faire un billet d’une longueur redoutable.

16. Quel bénéfice y a-t-il à accepter d’être traqué par Facebook & co ?

Facebook, Google et tous les autres collectent des données sur nous en permanence. Cela, quasi tout le monde le sait et l’accepte, même si c’est effrayant.
Pourquoi l’accepte-t-on au final ? Je ne sais pas. Personnellement, j’ai cédé à la fatalité. Même en refusant la géolocalisation, en limitant les informations personnelles communiquées sur les réseaux sociaux, je me suis rendue compte que ces sites en savaient beaucoup, sans que je sache vraiment comment ils avaient fait.
Leur intérêt ? Pouvoir faire de la « publicité hyperciblée en fonction des comportements », d’après Hervé Bourdon.

Notre intérêt, notre bénéfice ? « J’accepte d’être traqué au plus haut degré pour essayer de voir comment cela fonctionne, mais individuellement, par exemple pour mes enfants, cela m’embête qu’autant de données soient recueillies », a assuré Hervé Bourdon.

17. Comment vivra-t-on en 2020 ?

Une table-ronde en forme de conclusion, pourquoi pas ? Les intervenants étaient Etienne Portais, Ingrid Chaine-Maisonneuve et Bertrand Demarcq, que je vous ai déjà présenté. Ils ont bien essayé de peindre un avenir version optimiste, en évoquant ces évolutions qui seront radicales pour notre mode de vie, notre manière de consommer, ces innovations majeures dont nous bénéficierons.

Cependant, comme on venait de m’expliquer que j’étais un internaute multicanal et mutant, qui serait de plus en plus observé, « traqué » sur le web, dans un monde en constante disruption et transformation digitale, et donc que l’avenir était incertain, j’étais un peu perplexe.

En 2020, dans quatre ans (ce qui n’est pas si loin), comment réussira-t-on ? C’était la question posée. Je me demande surtout comment vivra-t-on ? Il ne reste plus qu’à nous adapter, plutôt que de nous lamenter, suivant les conseils d’Ingrid Chaine-Maisonneuve. Optimisme à tout prix !

18. Pourquoi le crazy networking est-il plus crazy que networking ?

Après les conférences, il y avait le crazy networking dans un espace non loin, à Jarry. Je ne suis pas restée très longtemps, je vous l’avoue, juste le temps de saluer quelques personnes. J’ai eu l’impression d’être transportée dans un afterwork étrange, avec de la musique (jouée par des DJ) bien trop forte pour que l’on puisse discuter, avec des animations pour le moins surprenantes (pole dance, puis une activité sportive dont je ne me rappelle pas le nom, puis un joueur de gwoka). Cela peut plaire, mais je n’étais pas venue pour ça.

19. Rendez-vous pour un Startup.gp 4 (plus) grand public ?

J’ai demandé à certains participants ce qu’ils en avaient pensé de ce Startup.gp nouvelle formule. Ils ont tous souligné la richesse des interventions, la générosité des intervenants très accessibles et sympathiques, la nécessité de l’initiative.
Et cependant, certains ont aussi mis en avant qu’il aurait mieux fallu peut-être avoir moins de conférences (car elles étaient condensées en une après-midi), vu que tout s’enchaînait très vite, d’où une certaine frustration. L’idée que plusieurs thèmes (disons, pointus) auraient dû être abordés dans le cadre d’ateliers plus restreints et payants, tandis que d’autres auraient pu donner lieu à des conférences gratuites et grand public m’a vraiment plu.
Pour Startup.gp 4, trouver une formule médiane, permettant au grand public d’être au rendez-vous, est essentiel. Pas si facile, mais les pistes sont là…
Qui aime bien, châtie bien. Je dis plutôt : qui aime bien, critique bien. C’est ce que j’ai tenté dans ce billet. Néanmoins, il reste un fait : voici un événement numérique d’envergure organisé par une équipe bénévole qui s’est donnée à 200 %.

20. Si je devais résumer Startup.gp 4 en un mot ?

Potentiel. Bon, je triche un peu : énorme potentiel.

Merci à tous ceux qui ont tweeté sur l’événement, car leurs citations m’ont été précieuses.
Bravo aux intervenants, aux organisateurs. Et vivement le Startup.gp 4 !

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