Voyey.com, ou l’aventure de 3 frères déjà entrepreneurs devenus startupers

J’ai de la chance.

Quasi chaque jour, arrivent dans ma messagerie des mails sur de nouveaux événements, livres, formations ou entreprises. J’essaye de tout lire et généralement, je classe tout cela dans un dossier nommé « à traiter plus tard ». Cependant, lorsque le message m’est directement adressé, j’y prête bien sûr une attention particulière.

Je vous raconte cela, car c’est ainsi qu’un jour, j’ai reçu un mail de Maël Disa-Vingataramin, m’informant du prochain lancement d’une startup nommée Voyey.com (envoie !, en créole), qu’il créait avec ses deux frères. Le nom m’a tout de suite interpellé. Le but de cette startup aussi : « faciliter les échanges entre les Antilles et les autres territoires en commençant par l’hexagone et les autres îles de la Caraïbe », précisait-il.

Une nouvelle startup en Guadeloupe, nommée Voyey.com, créée par trois frères qui veulent concurrencer les services postaux et qui s’intéressent à la Caraïbe, vous comprendrez que j’ai voulu en savoir plus. Rendez-vous fut pris, l’interview réalisée. Et voici donc leur histoire.

D’abord, parlons de Maël Disa-Vingataramin, puisque c’est lui que j’ai rencontré. Il est ingénieur chimiste et procédé industriel de formation et « en gros, (s)on métier est de construire des usines et de les exploiter », comme par exemple dans le Nord Basse-Terre où il construit une usine de production d’électricité à partir de déchets.

Ses deux frères, eux, sont tous les deux chefs d’entreprise, à Paris. L’aîné, dans l’informatique. Le benjamin, dans la logistique et le transport.

Ils sont déjà entrepreneurs, quelle idée de devenir startupers ?

Réponse de Maël Disa-Vingataramin : « Il y a un peu plus d’un an, on s’est dit : tiens, ça serait bien de travailler ensemble. Mais que faire ? Quelque chose de marrant, d’intéressant… On voulait monter un projet, ensemble, qui apporterait quelque chose d’utile à la Guadeloupe ».

Ils cherchent une idée pendant des mois. Et en août 2015, ils la trouvent, grâce à l’amour du frère aîné pour le café Edouard. En effet, impossible de trouver le produit en magasin dans l’hexagone, Maël Disa-Vingataramin a donc pour mission d’acheter quelques paquets en Guadeloupe et de les lui amener. Voilà comment est né leur concept de plateforme web collaborative pour permettre aux gens de se mettre en relation et de transporter des produits les uns pour les autres, d’un pays à l’autre.

« On pensait avoir inventé quelque chose de génial, être les premiers au monde. Mais pas du tout ! 80 entreprises faisaient déjà cela à l’époque », raconte Maël Disa-Vingataramin. Grosse déception donc pour les trois frères, qui mettent de côté leur projet.

Cependant, rebondissement il y a six mois.

Par hasard, ils tombent sur un article annonçant qu’une entreprise qui s’était lancée dans le « crowdshipping » (transport par les particuliers) venait de réussir une levée de fonds de 3,5 millions d’euros aux Etats-Unis.

Nous nous y sommes intéressés à nouveau. Sur toutes les entreprises existantes, seul trois avaient survécu et ce qu’elles proposaient n’était pas optimal : manque de sécurité, rémunérations peu avantageuses, offre de transport limitée. On s’est dit : ça décolle du côté des Etats-Unis, donc il faut y aller maintenant. A partir de juillet dernier, nous avons travaillé à nouveau sur Voyey.com.

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Vous avez bien lu, la startup Voyey.com a été développée en quelques mois, puisqu’elle a été lancée en novembre dernier.

Je n’ai pas encore utilisé le site, mais je trouve le design très joli et clair. Mais là n’est pas le sujet. Revenons plutôt au service proposé par Voyey.com. La parole à Maël Disa-Vingataramin :

C’est une plateforme collaborative qui met en relation les particuliers : d’un côté, ceux qui souhaiteraient des produits, vendus dans un autre pays, de l’autre des voyageurs qui n’utilisent pas toute leur franchise bagage et qui donc peuvent transporter des objets.

Bien sûr, Maël Disa-Vingataramin  a réussi à récupérer quelques chiffres : « en moyenne, chaque jour,sur l’année, 2500 personnes voyagent entre la Guadeloupe et Paris et 8 kilos sont non consommés par passager. Il y a donc beaucoup de flux ». Le marché est donc important d’autant que nombre de produits vendus dans l’hexagone sont introuvables ou extrêmement chers en Guadeloupe ou arrivent très tard. Tous ces gens frustrés de ne pas pouvoir acheter telle marque ou tel produit déjà disponible ailleurs sont autant de clients potentiels de Voyey.com.

A ce stade, vous vous posez sans doute la même question que moi : et la sécurité dans tout ça ?

Nous avons tous cette consigne en tête : n’acceptez pas de transporter le bagage d’un autre, soyez prudent ! Nous avons tous lu ces histoires de « mules » de la drogue, arrêtées aux aéroports et mises en prison.

Or, Voyey.com veut que l’on transporte des choses pour les autres… C’est risqué, non ? Réponse de Maël Disa-Vingataramin : « Pas du tout, parce que c’est vous-même qui achetez l’objet suivant les indications du demandeur et c’est aussi vous-même qui le mettez dans votre bagage ». Et Voyey.com a mis en place des garanties/assurances pour que tout se passe bien.

Mais alors, quel est mon intérêt de prendre mon temps pour aller dans un magasin acheter un produit pour quelqu’un d’autre ? Maël Disa-Vingataramin, qui décidément a réponse à tout, explique : « Nous avons mis en place des tarifs attractifs pour les voyageurs. Un algorithme définira la rémunération en fonction du temps passé, des transports utilisés, etc. Le minimum est 20 euros et le voyageur peut gagner jusqu’à 400 euros sur un aller-retour. »

Alors séduits ? Difficile de ne pas l’être avec l’argumentaire de Maël Disa-Vingataramin !

J’ai d’ailleurs retenu cette phrase, qui est un bon « pitch » à mon avis :

Voyey.com contribue à l’égalité réelle, puisque le Guadeloupéen peut avoir ce qu’il veut, quand il le veut, à des prix raisonnables. – Maël Disa-Vingataramin