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Walter Bajazet : de simple vendeur à créateur du Salon de l’innovation en Guadeloupe


Pourquoi lui ?

Même pas startuper !

Même pas en vue dans le petit monde numérique/tech/entreprenarial guadeloupéen…

Lui ? A l’initiative du premier Salon de l’innovation ?

A cela, sa réponse est simple, évidente. « Il faut bien que quelqu’un le fasse. »

Oui, mais encore… Je lui ai demandé de m’en dire un peu plus. Il a bien voulu, malgré son agenda ultra chargé, si je me fie au nombre d’interruptions qui ont rythmé notre échange d’une heure environ.

Vous l’aurez compris au titre de ce billet. Je m’en vais vous raconter la petite grande histoire de Walter Bajazet, un Guadeloupéen âgé de 36 ans qui, avec son associé Benjamin Tordjman, a décidé de créer le premier Salon de l’innovation de la Guadeloupe, qui se tiendra du 13 au 15 décembre prochain au WTC à Jarry, Baie-Mahault.

Le parcours de Walter Bajazet ? Il pourrait être résumé en trois expressions : âme de vendeur, travail acharné, réussite flamboyante. Une histoire valant vraiment la peine d’être racontée, parce que dès le plus jeune âge, le jeune homme a compris la nécessité d’activer le mode « je ne compte pas mes heures, je saisis les opportunités et j’y arriverai coûte que coûte ».

Walter Bajazet est né et a vécu une partie de son enfance dans l’Hexagone. Ses parents antillais, travaillaient comme ouvriers à la chaîne, avant qu’ils ne reviennent dans leurs îles natales. Cependant, le couple se sépare : le père en Guadeloupe, la mère en Martinique. C’est cette dernière qui lui transmettra son goût de la vente, de l’entreprenariat.

« Durant mes années de collège, ma mère a essayé de monter une structure. Elle avait un projet que je trouve jusqu’à présent intéressant : elle voulait proposer à des restaurants de la Martinique des décorations florales artificielles qu’elle changerait toutes les semaines, tous les mois. Cependant, elle a rencontré beaucoup de difficultés pour la création de sa société. J’ai vu ma mère passer des nuits blanches à réfléchir pour essayer de trouver des solutions, dessiner des concepts et fabriquer ses maquettes, commander des fleurs de métropole… Quand vous poursuivez des rêves comme celui-là et que vous n’êtes pas aidé, vous pouvez vite baisser les bras. »

« Ma mère avait l’âme d’une entrepreneure, elle avait un rêve. Je l’admire pour cela ! »

L’adolescent qu’il est à l’époque fait aussi de durs constats qui ont sans doute forgé son caractère, sa détermination. « Lorsque vous avez vécu, grandi en métropole et que vous arrivez aux Antilles, vous vous rendez compte qu’il existe un décalage entre notre réalité et celle qu’il y a ailleurs. Je me suis tout de suite insurgé, surtout que je voyais ma mère se débattre. Je me disais : ‘c’est quand même dingue que cette femme ait l’envie, un potentiel et que cela ne suive pas, parce que l’idée est bonne !’. »

« L’idée est d’apporter une pierre à l’édifice, de se dire que nous sommes tous acteurs du pays dans lequel nous vivons. Je me refuse d’être dans la critique de ce qui se fait, de constater que cela ne va pas, sans apporter une solution, un début d’idée… C’est trop facile ! »

 

Vendre, vendre, vendre et… vendre

« Je suis né avec une habilité à la diction, une facilité à m’exprimer. J’avais cette passion pour le commerce, cette envie de vendre innée en moi. Mes classes m’ont permis de comprendre ce qu’était le commerce pour savoir au mieux l’exploiter.»

« Vendre, oui, mais de manière saine, parce que l’idée de base est tout de même d’améliorer le quotidien des personnes. Il faut savoir proposer aux gens ce qui leur convient. »

Vous aurez compris que Walter Bajazet est passionné par son domaine d’activité. Pour compléter les bases qu’il possédait depuis tout petit, il a fait de longues études : BEP vente action marchande et bac pro commerce au Lycée professionnel Ducharmoy à Saint-Claude, puis DUT Techniques de commercialisation à I2M Sup de Co Caraïbes, et finalement un master en marketing à l’IUT de Lille.

En 2006, le voilà sur le marché du travail. Il décroche un poste de vendeur au sein du groupe Boulanger, dans le nord de la France. Rien d’extraordinaire : un contrat de 20 heures. il a ensuite dû surmonter bien des difficultés, mais pas question de se plaindre : « Je ne suis pas un pleureur ».

« J’ai dû travailler le double. Je ne me suis pas intégré, je me suis imposé. J’ai tendance à dire que le pouvoir ne se demande pas, cela se prend, et je pèse mes mots. Ce sont les faits, les chiffres qui parlent, mon envie, mon travail. »

« Ne pas s’arrêter aux on-dit, aux personnes qui pour des raisons x ou y n’ont pas envie que cela aboutisse. Il faut toujours garder son point de vue, se projeter dans une vision. Tous les matins, je me lève, je me regarde dans le miroir et je me dis que je vais remplir le WTC, que je vais faire un Salon de qualité pour la Guadeloupe et je me le martèle, chaque jour. Durant la journée, peu importe ce qui va m’être dit, apporté comme énergie négative, je passe court, parce que j’ai une discussion avec moi-même et je sais ce que je veux faire, pourquoi je veux le faire. Je ne me démobilise pas. »

Après cette digression, Walter Bajazet s’est excusé d’avoir interrompu le récit de son parcours. Point besoin d’excuse ! Sans que j’aie à le questionner mille fois, il me livrait là le fondement de sa vision, de sa détermination, pour le Salon de l’innovation. Nous y étions !

Marche arrière puis bonds en avant

Pendant une dizaine d’années, Walter Bajazet travaille comme un acharné chez Boulanger et fait ses preuves. « J’étais devenu un vendeur ++, à temps plein, non pas pour un rayon, mais pour tout le magasin. J’étais un responsable en off. J’ai même donné mes avis sur la marque qui était en train d’être créée. » Sa carrière est sur la bonne voie. Cependant, en 2014, grande décision : rentrer en Guadeloupe.

Voilà donc qu’il lui faut tout recommencer. En mode accéléré.

> Walter Bajazet devient d’abord vendeur chez Darty, alors que la grande enseigne vient d’ouvrir un magasin dans l’île.

> Puis, il rencontre les dirigeants de Groupe Digital – notamment Olivier Nonnon auprès duquel il a énormément appris – qui perçoivent son potentiel et le propulse chef des ventes. Il est désormais à la tête d’une équipe de six personnes et, pour vendre toujours plus, il s’essaye au téléshopping sur ETV et lance des soirées Black Friday où les gens s’amusent autant qu’ils achètent.

> Ensuite, il est mis en contact avec Guy Saada qui dirige un groupe de distribution, puis avec Benjamin Tordjman, à la tête de Sarl Tendences et Cuisineco qui comprend les cuisinistes Cuisinella et Schmidt. Ce dernier propose à Walter Bajazet un contrat d’animateur des ventes qu’il accepte. Deux ans plus tard, il obtient le poste de directeur des ventes.

Ce parcours pourrait en satisfaire plus d’un. Cependant, vous avez déjà saisi la facette ++ de Walter Bajazet. Pendant ce laps de temps, il est aussi devenu entrepreneur. En effet, durant son épisode téléshopping, il a fait la connaissance de Morgan Sanchez, « un passionné de la vidéo, un magicien de la création visuelle » qui lui a expliqué qu’« il y avait un marché à prendre en matière de communication ». Ni une, ni deux. L’an dernier, Walter Bajazet s’est associé à lui et a créé Coaching Plus Caraïbes qu’il préside.

« J’ai constaté une lacune managériale dans l’île. J’ai donc décidé de proposer aux sociétés de former leurs cadres, leur apprendre des techniques de vente, mais aussi la manière d’organiser des réunions, effectuer des débriefings, tenir leurs agendas, etc. Et à côté de cela, j’ai complété mon offre avec des prestations concernant la gestion publicitaire, la création de maquettes, la gestion des réseaux sociaux. ».

La société fonctionne bien, avec des clients réguliers.

C’est bien beau tout cela, mais que vient faire le Salon de l’innovation dans cette histoire ? J’y viens, n’ayez crainte !

Oui, venons-en au Salon de l’innovation !

L’idée du Salon est venue à Walter Bajazet grâce à un autre Salon… Celui de l’Habitat. « J’ai fait deux éditions avec Schmidt. Je ne connaissais pas du tout l’univers des Salons. J’ai trouvé fabuleux que différents cœurs de métier soient réunis dans un même lieu et que les clients puissent trouver au même endroit de quoi améliorer leur habitat. Je me suis dit qu’on pourrait créer un salon pluridisciplinaire où les exposants n’auraient pas forcément quelque chose à vendre, mais une histoire à raconter. J’en ai discuté avec Benjamin Tordjman, en lui expliquant que, pour le développement de la Guadeloupe, j’aimerais concrétiser cette idée d’un salon où on pourrait discuter, rencontrer des personnes, mais aussi vendre et acheter.  Pour cela, il fallait une ligne directrice. Quoi d’autre que l’innovation ? Je n’en ai pas trouvé. »

Ils s’associent et décident de se lancer. Trois jours de Salon, afin que le grand public ait le temps d’aller à la rencontre des acteurs de l’innovation qui auront pris un stand pour montrer leurs produits, expliquer leurs concepts, vendre également, bien sûr. Walter Bajazet rencontre tous ceux qui lui envoient des demandes et fait une sélection drastique, de sorte que son Salon rime bien avec innovation.

Walter Bajazet « fait le job ». Il parvient à convaincre certains, il essuye des refus d’autres. Rappelez-vous de mon introduction : Pourquoi lui ? Même pas startuper ! Même pas en vue dans le petit monde numérique/tech/entreprenarial guadeloupéen… Lui ? A l’initiative du premier Salon de l’innovation ?

Lui, oui, déterminé en plus ! Il commande des pubs sur des panneaux 4×3 dans toute la Guadeloupe, effectue de la communication traditionnelle et sur le web. Le Salon est prévu pour octobre…  Malheureusement, assurer l’événement en saison cyclonique, les assureurs s’y refusent. Salon reporté, à décembre prochain.

3 jours de Salon + 2 jours pour avoir le temps de monter et démonter les stands = 35 000 euros de location du WTC à Jarry, Baie-Mahault. A cela ajoutez tout le reste… Le budget est conséquent. Pour pouvoir entrer dans leurs frais, rien d’inhabituel : une centaine de stands en location et un ticket d’entrée à 4 euros, réutilisable pour les trois jours. L’accès sera gratuit pour les moins de 12 ans. 

Quand certains manquent à l’appel…

Pour l’instant, la majorité de ceux qui ont pris des stands sont des grandes entreprises. Elles ont les moyens de payer, elles ont le personnel pour tenir les stands et elles ont perçu tout l’intérêt d’un tel Salon.

Manquent encore à l’appel les associations et les startups qui n’ont pas les mêmes possibilités que les mastodontes bien connus, et de manière bien plus surprenante, à mon avis, les institutions locales. L’innovation, comme je l’ai rappelé dans un billet publié il y a quelques jours, est sur toutes les lèvres. Des programmes, des stratégies, des soutiens multiformes… Innover ou mourir, ou presque ?! En Guadeloupe, comme dans nombre de territoires dans le monde, l’innovation semble l’un des axes majeurs affichés de développement. Et désormais, cette « innovation » aura bientôt son Salon.

Je n’ai rien à gagner à mettre en lumière cette initiative, s’il me le faut le préciser afin que tout soit bien clair, mais je la trouve intéressante, pertinente.

Ceci dit, il ne me reste plus qu’à vous livrer les coordonnées pour contacter l’équipe du Salon de l’innovation : page Facebook, jbm.direction@gmail.com et le numéro dédié à l’événement 0690 631823. Le site internet sera bientôt en ligne.

 

MAJ du 4 novembre 2019

Mail reçu ce jour de l’équipe du Salon de l’innovation : “Nous sommes navrés de vous annoncer le report du Salon de l’Innovation qui devait avoir lieu du 13 au 15 décembre 2019 au WTC de Jarry. Ce salon étant notre tout premier, nos remises en question internes sont très prévenantes et nous reviendrons plus innovants que notre thème. Nous vous promettons un suivi de haute qualité suite à nos différents échanges et un rendez-vous en début d’année prochaine pour mettre à l’honneur notre relation de confiance. Ce rendez-vous nous permettra à l’évidence de choisir, d’un commun accord, une date qualitative pour ce salonqui a tout le mérite de voir le jour, sur le territoire caribéen. Bien entendu, nous continuerons à travailler en aval afin de reconnaître les plus exceptionnelles innovations. “Nous vous remercions de votre compréhension.”

 

 


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