A Cuba, les Forces armées révolutionnaires, armée indissociable du pouvoir

Donald Trump, le président américain, a à nouveau récemment menacé Cuba,  en l’incitant à négocier un accord avec les Etats-Unis. En réponse, le président de l’île, Miguel Diaz-Canel a affirmé sur le réseau social X :  « Cuba est une nation libre, indépendante et souveraine. Personne ne nous dicte quoi faire. Cuba n’agresse pas, elle est agressée par les États-Unis depuis 66 ans, et ne menace pas, elle se prépare, prête à défendre la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang.». L’agression est le terrible embargo américain.

Dans ce contexte géopolitique plus qu’inquiétant, il m’est apparu intéressant d’évoquer les Forces armées révolutionnaires (FAR) de Cuba. Sa force ne réside pas dans la modernité de son arsenal, mais dans son rôle politique, sa doctrine défensive et son enracinement profond dans la société cubaine.

Une armée issue de la révolution

Les FAR naissent en 1959 dans le sillage direct de la Révolution cubaine menée par Fidel Castro. Dès l’origine, l’armée n’est pas conçue comme une institution neutre, mais comme le bras armé d’un projet politique. Elle devient rapidement l’un des piliers du nouvel État, chargée de défendre la souveraineté nationale face aux États-Unis, mais aussi de garantir la stabilité interne du régime.

Cette singularité explique pourquoi Cuba n’a jamais connu de coup d’État militaire depuis 1959. L’armée ne menace pas le pouvoir civil, elle en est l’un des fondements.

De la projection internationale à la défense territoriale

Pendant la guerre froide, Cuba surprend le monde en projetant ses forces bien au-delà de la Caraïbe. Les interventions en Afrique, notamment en Angola dans les années 1970 et 1980, installent durablement l’image d’une armée disciplinée, idéologiquement structurée et capable d’opérations extérieures complexes.

La fin de l’Union soviétique marque un tournant brutal. Privées de soutien logistique et financier, les FAR recentrent leur stratégie sur la défense du territoire national. Cette transition donne naissance à la doctrine de la « guerre de tout le peuple », toujours en vigueur aujourd’hui.

Une organisation pensée pour la résilience

Les FAR s’articulent autour de trois branches principales : l’armée de terre, la marine et la force aérienne et de défense antiaérienne. À ces forces régulières s’ajoutent des milices territoriales et des unités paramilitaires capables d’être mobilisées rapidement.

Cette architecture permet à Cuba de compenser la faiblesse de ses moyens matériels par une capacité de mobilisation massive. En cas de conflit, le territoire serait défendu non seulement par des soldats professionnels, mais aussi par des civils formés, intégrés à une logique de résistance prolongée.

Des effectifs limités, mais structurés

Avec environ 50 000 à 70 000 militaires actifs, l’armée cubaine reste modeste en comparaison internationale. Ce chiffre masque cependant une réalité plus large : des dizaines de milliers de réservistes et de membres de milices peuvent être mobilisés en peu de temps.

Le service militaire obligatoire contribue à maintenir une culture de défense largement partagée, renforçant le lien entre l’armée et la population.

Un équipement vieillissant, assumé

L’arsenal des FAR repose majoritairement sur des équipements hérités de l’époque soviétique. Chars, avions et systèmes de défense antiaérienne sont anciens et souvent obsolètes face aux standards actuels. Les sanctions internationales et les difficultés économiques limitent fortement toute modernisation d’envergure.

Cette contrainte n’est pas ignorée par les stratèges cubains. Elle est intégrée à une doctrine qui privilégie l’usure, la dissuasion et le coût politique d’une intervention extérieure plutôt que l’affrontement frontal.

Un rôle économique et social majeur

À Cuba, l’armée ne se cantonne pas aux questions de défense. Les FAR contrôlent ou supervisent des secteurs clés de l’économie, notamment dans le tourisme, la logistique et certaines infrastructures stratégiques. Elles interviennent aussi régulièrement lors des catastrophes naturelles, en particulier après les ouragans, où leur capacité d’organisation reste déterminante. Cette présence économique et sociale renforce leur légitimité interne, tout en consolidant leur poids politique.

Une armée toujours observée par les Etats-Unis

Pour les États-Unis, l’armée cubaine ne représente pas une menace militaire directe. Elle demeure cependant un symbole politique fort : celui d’un État caribéen ayant résisté durablement à l’influence américaine. Cette dimension explique pourquoi les FAR restent au cœur des sanctions et des analyses stratégiques américaines.

À Cuba, l’armée ne se contente pas de défendre l’État. Elle en est l’un des piliers structurels, au cœur de l’identité politique et stratégique du pays.

Photo de couverture : Gilbert Dréan, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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