Alors que la politique migratoire américaine se durcit à nouveau depuis le retour de Donald Trumpà la Maison-Blanche, une information passée presque inaperçue mérite pourtant toute l’attention.
Les États-Unis ont récemment conclu un accord avec la Dominique pour y transférer des demandeurs d’asile arrivés sur le sol américain. Un accord présenté comme technique, mais qui s’inscrit en réalité dans une séquence politique beaucoup plus large, mêlant durcissement migratoire, rapports de force diplomatiques et vulnérabilité des petits États de la Grande Caraïbe.
Un accord qui s’inscrit dans une stratégie américaine assumée
Depuis le début de l’année, l’administration Trump multiplie les signaux : fermeture accrue des frontières, accélération des expulsions, pression sur les pays tiers. La logique est connue. Limiter l’accès au territoire américain en externalisant la gestion de l’asile.
Après des accords passés avec des pays d’Amérique centrale et des arrangements déjà testés ailleurs dans le monde, la Caraïbe devient à son tour un espace de délestage migratoire. La Dominique entre ainsi dans une stratégie globale, pensée à Washington, mais appliquée loin du regard de l’opinion publique américaine.
Une acceptation sous contrainte plus que par choix
La Dominique n’a pas accepté cet accord par conviction humanitaire soudaine. Elle l’a accepté dans un contexte de forte vulnérabilité diplomatique.
Ces derniers mois, Washington avait imposé des restrictions de visas à l’encontre de responsables et de ressortissants dominicais, dans un climat de relations bilatérales tendues. Pour un petit État insulaire très dépendant de l’extérieur, ce type de mesure est loin d’être symbolique. Elle touche directement :
- la mobilité des élites politiques et économiques
- les relations commerciales
- l’attractivité du pays
- l’accès à certains financements internationaux.
Dans ce contexte, accepter l’accueil de demandeurs d’asile devient un outil de désescalade diplomatique.
Une dépendance économique qui pèse lourd dans la décision
La Dominique reste un pays structurellement fragile sur le plan économique. Reconstruction post-ouragans, dette publique, dépendance à l’aide internationale, besoin d’investissements étrangers : la marge de manœuvre est réduite.
Face aux États-Unis, la relation est profondément déséquilibrée. Washington dispose de leviers puissants : aide directe ou indirecte, influence dans les institutions financières internationales, coopération sécuritaire, pression migratoire.
Dire non aurait signifié prendre le risque d’un isolement accru. Dire oui permet, au minimum, de préserver un canal de dialogue avec la première puissance mondiale.
Un calcul politique à court terme
Pour le gouvernement dominicain, l’accord peut aussi être lu comme un calcul pragmatique. En acceptant de coopérer, la Dominique se positionne comme un partenaire « fiable », espérant en retour :
- un allègement des pressions américaines
- une amélioration de son image diplomatique
- des contreparties financières ou techniques, même non publiques.
Le problème est que les contreparties exactes n’ont pas été rendues publiques. Ce flou alimente les inquiétudes locales et régionales.
Une capacité d’accueil très limitée, source de tensions internes
Avec environ 70 000 habitants, la Dominique ne dispose ni d’un système d’asile structuré, ni d’infrastructures adaptées à un accueil durable de demandeurs d’asile étrangers.
Cela pose des questions très concrètes :
- où seront hébergées les personnes transférées ?
- qui financera leur prise en charge ?
- quel statut juridique leur sera accordé ?
- combien de temps resteront-elles sur l’île ?
À ce stade, ces réponses manquent. Et c’est précisément ce silence qui inquiète la société civile dominicaise.
Cet épisode met en lumière une réalité souvent ignorée. Dans les nouvelles stratégies migratoires mondiales, les petits États ne sont plus seulement des spectateurs. Ils deviennent des variables d’ajustement, parfois malgré eux. La vraie question n’est pas de savoir pourquoi la Dominique a accepté.
La vraie question est : avait-elle réellement le choix ?




