Au Salvador, le régime d’exception est-il vraiment efficace ?

Le Salvador a enregistré en 2025 le plus faible taux d’homicides depuis le début des relevés statistiques, selon le gouvernement qui présente ce résultat comme la preuve tangible de l’efficacité du régime d’exception instauré pour lutter contre les gangs, notamment les maras qui ont longtemps fait régner la terreur dans le pays.

Cette politique sécuritaire radicale est devenue l’un des marqueurs forts de la présidence de Nayib Bukele, souvent citée en exemple par ses partisans, beaucoup plus critiquée par les organisations de défense des droits humains.

Le régime d’exception, en pratique

Mis en place en mars 2022 et régulièrement reconduit, le régime d’exception suspend plusieurs garanties constitutionnelles : droit à la défense renforcée, délais de détention allongés, arrestations facilitées. Objectif affiché : reprendre le contrôle de territoires entiers gangrenés par les gangs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de 91 000 personnes présentées comme membres présumés de gangs ont été arrêtées depuis le début du dispositif. Dans le même temps, environ 8 000 détenus ont été libérés après avoir été reconnus innocents, selon les données officielles.

Des résultats sécuritaires indéniables

Sur le terrain, le changement est réel. Des quartiers autrefois impraticables sont redevenus accessibles. Les extorsions ont reculé, la circulation s’est normalisée, le sentiment de sécurité s’est renforcé pour une grande partie de la population.

Pour beaucoup de Salvadoriens, le raisonnement est simple : moins d’homicides, moins de peur au quotidien. Le régime d’exception bénéficie d’un soutien populaire massif, souvent supérieur à 80 % dans les sondages locaux.

Le revers de la médaille : droits humains et dérives

Ce succès sécuritaire a un coût. Arrestations arbitraires, détentions prolongées sans jugement, conditions carcérales dénoncées, morts en détention. Les ONG locales et internationales alertent sur un système judiciaire sous tension, incapable d’absorber un tel volume de dossiers.

Le chiffre des 8 000 innocents libérés pose une question centrale : combien d’erreurs restent invisibles ? Et surtout, combien de vies durablement affectées par une incarcération injustifiée ?

Un modèle exportable ?

Le cas salvadorien fascine autant qu’il inquiète. Peut-on sacrifier une partie des libertés pour retrouver la sécurité ? Et pour combien de temps ? Le Salvador a fait un choix clair, assumé, revendiqué. Les chiffres de 2025 semblent lui donner raison sur le plan sécuritaire. La vraie question reste ouverte : cette efficacité est-elle durable sans État de droit solide à long terme ?

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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