Scientifique climatologue de formation, docteure en ingénierie énergétique, Claudia Sheinbaum a notamment contribué aux rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ancienne cheffe de gouvernement de Mexico City, elle a été élue présidente du Mexique en juin 2024, devenant la première femme à accéder à cette fonction dans l’histoire du pays. Issue du mouvement Morena de López Obrador (AMLO), elle incarne une gauche latinoaméricaine souverainiste.
Dans le contexte géopolitique actuel, elle est une figure intéressante et nuancée : ses convictions de gauche et sa rhétorique souverainiste sont réelles, mais la puissance économique et géopolitique des États-Unis pèse lourd sur les marges de manœuvre du Mexique.
Son défi est précisément de maintenir une ligne de principe tout en gérant une dépendance structurelle à son voisin du nord.
La question cubaine : entre solidarité et pression américaine
Le dossier pétrolier avec Cuba révèle toute la tension dans laquelle elle gouverne. Entre janvier et septembre 2025, le Mexique avait envoyé à Cuba environ 17 200 barils quotidiens de pétrole brut et 2 000 barils de produits raffinés, pour une valeur d’environ 400 millions de dollars.
Cependant, la donne a changé brutalement en janvier 2026. Donald Trump, président des Etats-Unis, a décrété le 29 janvier un « état d’urgence national », désignant Cuba comme cible de son offensive dans la région, avec des menaces de sanctions contre tout pays livrant du pétrole à l’île. Les envois de pétrole vénézuélien ayant déjà cessé depuis décembre 2025, le Mexique était devenu le principal fournisseur de Cuba, avant que le gouvernement Sheinbaum ne suspende ses livraisons à la mi-janvier sous la pression de Washington.
Un discours souverainiste confronté aux réalités
Claudia Sheinbaum a invoqué la doctrine Estrada qui indique que le Mexique ne doit pas juger, et donc ne doit ni reconnaître ni ne pas reconnaître les gouvernements issus de coup d’État au motif que cela serait une ingérence dans leur souveraineté. Elle a aussi invoqué la défense de la souveraineté des peuples comme principes constitutionnels, affirmant que sa position s’inscrivait dans une ligne de politique étrangère que le Mexique a soutenue pendant des décennies.
Elle a également fait valoir que Cuba entretient des relations commerciales avec de nombreux pays, pas seulement avec le Mexique — l’Espagne notamment y investit.
Toutefois, les faits nuancent le discours : elle a confirmé que son gouvernement continuerait d’envoyer de l’aide humanitaire à l’île, mais a écarté pour le moment l’approvisionnement en combustibles. Ne pouvant approvisionner l’île en pétrole, Sheinbaum a annoncé un don à titre personnel de 20 000 pesos (environ 1 100 dollars) pour l’aide humanitaire. Un geste dérisoire.
Des solutions alternatives en cours d’exploration
En mars, Claudia Sheinbaum a déclaré que son pays étudiait différentes options pour reprendre les livraisons de pétrole à Cuba, sans encore les préciser publiquement. Elle a aussi évoqué la possibilité pour des entreprises privées cubaines de s’approvisionner auprès de Pemex, en dehors des accords intergouvernementaux.
La présidente du Mexique fait ainsi partie des voix les plus tonitruantes de la Grande Caraïbe et des gouvernants à absolument suivre.
Photo Eneas De Troya from Mexico City, México, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

