Emploi et marché du travail en Guadeloupe : les signaux se dégradent au 3e trimestre 2025

Au troisième trimestre 2025, le marché du travail guadeloupéen envoie des signaux clairs, et ils ne sont pas bons, selon la Note trimestrielle de conjoncture emploi–marché du travail, 3e trimestre 2025, publiée en janvier 2026 par la  Direction de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) de Guadeloupe.

Après une relative stabilité au trimestre précédent, l’emploi salarié privé recule, les offres d’emploi se raréfient, le chômage repart à la hausse, en particulier chez les jeunes. Seule l’agriculture échappe à la tendance générale.

L’emploi salarié privé recule après une phase de stabilisation

Au 3e trimestre 2025, le secteur privé emploie 87 535 salariés en Guadeloupe. Sur un an, l’emploi salarié privé baisse de 1,2 %, alors qu’il était resté stable au deuxième trimestre.

Ce repli marque un tournant après plusieurs années de trajectoires heurtées :

  • forte dynamique jusqu’en 2019
  • choc brutal de la crise sanitaire
  • rebond net à partir de fin 2020
  • stabilisation progressive depuis 2023.

Le trimestre étudié confirme que cette stabilisation est fragile.

Tous les grands secteurs en baisse, sauf l’agriculture

La dégradation est quasi généralisée.

  • Construction : –5,5 % sur un an, un recul lourd et continu
  • Industrie : –2,2 %, tirée vers le bas par la fabrication d’autres produits industriels
  • Tertiaire hors intérim : –0,6 %, malgré quelques poches de résistance
  • Agriculture : +2,3 %, seule véritable exception

Dans les services, le transport-entreposage et l’hébergement-restauration progressent encore légèrement, mais ces hausses ne compensent pas les baisses observées dans les autres activités tertiaires.

Intérim : plus de contrats, moins d’effectifs

L’intérim envoie un message paradoxal.

  • 16 604 contrats signés sur le trimestre, soit +0,9 % sur un an
  • 2 467 équivalents emplois temps plein (EETP), en légère hausse (+0,2 %)
  • Effectif intérimaire en fin de trimestre : 2 392 personnes, –2,5 % sur un an

Autrement dit, l’activité intérimaire se maintient en volume, mais avec des missions plus courtes et une instabilité persistante. La durée moyenne des missions reste très faible, à 2,1 semaines.

Offres d’emploi : chute marquée des postes durables

Le recul des offres d’emploi est l’un des signaux les plus inquiétants.

Au 3e trimestre 2025, 2 360 offres d’emploi ont été collectées par France Travail, soit –9,6 % sur un an. Le détail est encore plus parlant :

  • Offres durables (6 mois et plus) : –24,2 %
  • Offres non durables : +9,8 %

Le marché se referme clairement sur l’emploi stable, au profit de contrats courts et précaires. Une tendance lourde, qui pèse directement sur les perspectives d’insertion.

Licenciements économiques en hausse, ruptures conventionnelles en léger recul

Les licenciements économiques repartent à la hausse : 250 licenciements comptabilisés sur le trimestre,  +19,0 % sur un an. Même si les niveaux restent contenus par rapport aux années les plus critiques, la tendance est à surveiller.

À l’inverse, les ruptures conventionnelles reculent légèrement : 871 ruptures homologuées, soit –3,1 % sur un an. Après des années de forte progression, cet outil semble atteindre un plateau.

Le chômage repart à la hausse, surtout chez les jeunes

Au 3e trimestre 2025, la Guadeloupe compte 41 960 demandeurs d’emploi de catégorie A, soit +2,2 % sur un an. La situation est particulièrement préoccupante pour les jeunes :

  • Moins de 25 ans : +16,9 % sur un an
  • 25–49 ans : quasi-stagnation
  • 50 ans et plus : +0,2 %

La hausse des inscriptions est accentuée par les évolutions en cours à France Travail et l’intégration progressive de nouveaux publics, notamment les bénéficiaires du RSA. Le signal reste néanmoins clair : l’accès à l’emploi se complique pour les plus jeunes.

Le troisième trimestre 2025 confirme une dégradation progressive mais réelle du marché du travail en Guadeloupe. Recul de l’emploi privé, raréfaction des offres durables, montée du chômage des jeunes : les indicateurs convergent. L’agriculture et certains services liés au tourisme limitent la casse, sans inverser la tendance.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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