Energie : Sherritt International, un acteur clé mais discret dans la Caraïbe

Peu connue du grand public caribéen, le groupe canadien Sherritt International est pourtant l’un des principaux acteurs miniers étrangers présents à Cuba depuis plus de 30 ans.
Le groupe exploite, en coentreprise avec l’État cubain, la mine de Moa, située dans l’est du pays, près de la baie du même nom.

Cette coentreprise, Moa Joint Venture, est spécialisée dans l’extraction et la transformation de nickel et de cobalt, deux métaux devenus critiques à l’échelle mondiale, notamment pour : les batteries électriques, l’industrie automobile, les alliages industriels et l’aéronautique.

Une production en baisse qui confirme les tensions

Selon EnergyNews, Sherritt International reconnaît faire face à de sérieux défis opérationnels sur sa mine de nickel à Cuba. Une annonce qui éclaire, une fois de plus, les fragilités structurelles d’un modèle industriel pourtant central pour l’économie cubaine et, plus largement, pour la chaîne mondiale des métaux stratégiques dans la Grande Caraïbe.

Sherritt a admis que la production a reculé en 2025. En cause, une accumulation de facteurs bien identifiés :

  • difficultés d’approvisionnement en carburant
  • pannes et instabilité du réseau électrique national
  • pénurie de pièces et de consommables industriels
  • contraintes logistiques liées à la crise économique cubaine
  • impact d’événements climatiques extrêmes.

Résultat : des volumes de nickel et de cobalt inférieurs aux objectifs, malgré une demande mondiale toujours soutenue.

Cuba, talon d’Achille énergétique du modèle

Le paradoxe est là : Sherritt est aussi le principal producteur indépendant d’électricité à Cuba, via sa filiale Energas. Ses centrales, alimentées par du gaz associé, fournissent une part significative de l’électricité nationale.

Pourtant, même cette intégration énergie-industrie ne suffit plus à sécuriser totalement les opérations minières. La dépendance du pays aux importations de carburant, la fragilité des infrastructures et la rareté des devises exposent directement la mine de Moa aux à-coups du système cubain.

Nickel et cobalt : des métaux caribéens sous pression géopolitique

Le cas de Sherritt illustre un enjeu plus large dans la Grande Caraïbe : des ressources stratégiques, situées dans des territoires politiquement et économiquement contraints, insérées dans des chaînes de valeur mondialisées.

À Cuba, le nickel reste l’un des rares produits miniers d’exportation capables de générer des devises. Toute baisse de production fragilise :

  • les recettes de l’État
  • l’emploi local à Moa et dans la province d’Holguín
  • la crédibilité du pays auprès de ses partenaires industriels.

Un avenir suspendu au contexte cubain

Sherritt affirme travailler avec son partenaire cubain sur des plans d’amélioration opérationnelle. Cependant, l’entreprise ne cache plus que ses performances dépendent désormais moins de la technologie que :

  • de la stabilité énergétique du pays
  • de sa capacité à sécuriser carburants et intrants
  • et du contexte géopolitique régional.

Dans la Grande Caraïbe, le sous-sol peut être riche, l’environnement reste décisif.

L’exemple de Sherritt à Cuba rappelle une réalité brutale : sans infrastructures solides, sans énergie fiable et sans marges économiques, même les métaux stratégiques ne suffisent plus à garantir la stabilité industrielle.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

Articles: 1276