Avant-hier, une entrepreneure m’a appelé pour me demander de relire un texte, en m’expliquant que cela faisait un moment qu’elle en repoussait la rédaction, mais qu’elle allait me l’envoyer demain. Promis ! Hier matin, la même m’a écrit qu’elle n’avait pas terminé, parce qu’elle était en prise avec le syndrome de l’imposteur.
Il y a quelques jours, une autre entrepreneure m’a expliqué qu’elle avait du mal à confronter des personnes qui faisaient preuve d’ingratitude envers le travail fourni, qu’elle avait du mal à mettre en avant ses accomplissements, à cause du syndrome de l’imposteur.
L’an dernier, j’ai travaillé avec une autre entrepreneure pour optimiser sa ligne éditoriale, son personal branding, sa manière de mettre en avant ses compétences, son entreprise. Et au moment de présenter tout ce travail au grand public, via les réseaux sociaux notamment, elle a eu beaucoup de mal. Elle ne l’a pas dit, mais mon ressenti est qu’elle souffre du syndrome de l’imposteur.
Les trois femmes dont je parle sont des personnes expérimentées, compétentes, dont les entreprises existent depuis des années. Elles ont réussi à développer une clientèle, à mener à bien des projets, à faire perdurer leur business dans un contexte économico-social très challengeant. C’est le moins qu’on le puisse dire !
Je vous ai livré ces trois exemples, mais des femmes comme elles, j’en ai croisé des dizaines en Guadeloupe, année après année. De toutes les tranches d’âge. De toutes les catégories sociales. A la tête de petites, moyennes, très grandes entreprises.
Je n’ai rencontré que peu d’hommes me confiant cette problématique, mais sans doute qu’ils sont nombreux à en souffrir, sans peut-être oser le verbaliser.
Quel est ce mal qui ronge nombre d’entrepreneurs en Guadeloupe, notamment de sexe féminin ?
Le syndrome de l’imposteur n’est pas une maladie reconnue officiellement. Il désigne un phénomène psychologique identifié dans les années 1970 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes.
La personne doute profondément de sa légitimité, de ses compétences ou de sa réussite, malgré des preuves objectives de ses capacités.
Autrement dit, vous pouvez avoir des résultats, de l’expérience, des réussites reconnues… et malgré cela avoir l’impression de ne pas mériter votre place. La peur d’être « démasqué » ou de voir les autres découvrir que vous n’êtes « pas aussi compétent que vous en avez l’air » revient souvent. Plusieurs signes reviennent fréquemment.
- Vous attribuez vos succès à la chance, au contexte ou à l’aide des autres plutôt qu’à vos compétences.
- Vous minimisez vos réussites.
- Vous avez le sentiment d’avoir trompé votre entourage.
- Vous craignez qu’un jour quelqu’un découvre que vous ne méritez pas votre poste ou votre reconnaissance.
- Vous travaillez excessivement pour compenser ce sentiment d’illégitimité.
Point important : ce phénomène touche très souvent des personnes compétentes, exigeantes envers elles-mêmes et engagées dans leur travail.
Alors comment sortir de ce piège mental qui freine tant d’entrepreneurs ?
La première étape consiste à apprendre à nommer et à assumer ses réussites. Beaucoup d’entrepreneurs, en particulier les femmes, ont été socialisés dans l’idée qu’il ne faut pas trop se mettre en avant. Résultat : elles travaillent énormément, obtiennent des résultats, puis passent immédiatement à la suite sans prendre le temps de reconnaître ce qu’elles ont accompli. Dire ce que vous savez faire n’est pas de l’arrogance. C’est de la clarté.
Deuxième levier : sortir de l’isolement. L’entrepreneuriat peut être une aventure très solitaire. Échanger avec d’autres entrepreneurs permet souvent de réaliser que ces doutes sont largement partagés. C’est notamment pour cela que Jessica Brudey a souhaité développer le format des RDV pros de Foodîles, dédiés aux acteurs de la food. Le prochain aura lieu le 9 mars !
Troisième point particulièrement difficile : accepter l’imperfection. Aucun entrepreneur ne maîtrise tout. Aucun chef d’entreprise ne possède toutes les réponses. Le monde économique évolue en permanence. L’apprentissage continu fait partie du métier. La légitimité ne vient pas de la perfection. Elle vient de la capacité à agir, à apprendre, à corriger et à avancer.
Le syndrome de l’imposteur ne disparaît pas toujours complètement. Il peut revenir à certains moments clés : lancement d’un nouveau projet, prise de parole publique, changement d’échelle de l’entreprise. L’objectif consiste à ne plus le laisser décider à votre place.
La réalité est simple : si votre entreprise existe encore aujourd’hui, si des clients continuent de vous faire confiance, si votre travail produit des résultats, vous n’êtes pas un imposteur. Vous êtes un entrepreneur qui a su se faire une place et la garder. Et vu le contexte international, les difficultés de toutes sortes, c’est un vrai accomplissement.



