Forêt de Guyane : une richesse économique encore sous-exploitée

En Guyane, la forêt recense près de 1 800 essences d’arbres, alimente environ 180 entreprises et génère près de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, principalement orienté vers le marché local. Un poids économique réel, souvent sous-estimé à l’échelle nationale, alors même que la Guyane française est couverte à plus de 90 % par la forêt.

Une filière bois ancrée dans le local

La forêt guyanaise fait partie du plateau des Guyanes, l’un des ensembles forestiers tropicaux les plus riches au monde. Sa diversité n’a pas d’équivalent dans l’espace français. Chaque parcelle concentre des dizaines d’essences différentes, ce qui rend son exploitation complexe, mais aussi précieuse. Ici, pas de monoculture forestière. La gestion repose sur une sélection fine des arbres exploitables et sur des cycles longs de régénération.

Contrairement à d’autres territoires forestiers tropicaux, la filière bois guyanaise est massivement tournée vers les besoins locaux.

Construction, charpente, menuiserie, mobilier, aménagements publics, énergie bois : la production sert d’abord à bâtir et équiper le territoire. Les exportations restent marginales. Ce choix limite les volumes mais favorise la création de valeur sur place et l’emploi local.

La filière regroupe des profils variés : exploitants forestiers, scieries, transformateurs, artisans, entreprises du bâtiment. Ce tissu économique reste fragile. Beaucoup d’entreprises sont de petite taille, confrontées à des coûts logistiques élevés, à un accès difficile aux financements et à un manque de main-d’œuvre qualifiée. Pourtant, elles constituent un pilier discret de l’économie guyanaise.

Entre protection et valorisation, une ligne de crête

La forêt guyanaise est à la fois un patrimoine écologique mondial et une ressource économique stratégique. Toute la difficulté consiste à concilier exploitation raisonnée et préservation. Les règles sont strictes, les surfaces exploitées limitées, les contrôles renforcés.

Cette exigence environnementale est un atout à long terme, mais elle freine aussi la montée en puissance de la filière si elle n’est pas accompagnée par une véritable stratégie industrielle.

Transformation locale plus poussée, innovation dans les usages du bois tropical, montée en gamme des produits, structuration des circuits courts, meilleure intégration dans les politiques de logement et d’aménagement : les leviers existent. Sans impulsion forte, la forêt restera cantonnée à un rôle secondaire, alors qu’elle pourrait devenir un axe majeur de souveraineté économique pour la Guyane.

À l’heure où la France cherche à sécuriser ses ressources, à relocaliser certaines productions, la forêt guyanaise pose une question simple : comment transformer une richesse naturelle exceptionnelle en moteur économique durable, sans la dégrader ? La réponse conditionne une partie de l’avenir économique et environnemental du territoire.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

Articles: 1266