Bien sûr, il y a Donald Trump, le président américain, qui multiplie les menaces, sorties agressives… Cependant, à ses côtés, se trouve notamment Marco Rubio, qu’il convient de mettre en lumière. C’est un acteur central de la politique américaine dans la Grande Caraïbe. Sénateur républicain de Floride pendant plus d’une décennie, ancien président de la commission sénatoriale du renseignement, il est depuis 2025 Secrétaire d’État des États-Unis. Autrement dit, il pilote aujourd’hui la diplomatie américaine.
Son parcours compte. Fils d’exilés cubains, élu dans un État — la Floride — directement connecté à la Caraïbe par la géographie, les migrations, l’économie et les crises politiques, Marco Rubio a construit toute sa carrière sur les dossiers caribéens et latino-américains.
Regarder ce que Marco Rubio fait, dit et priorise sur la Grande Caraïbe est donc essentiel pour une raison simple : ses positions sont des orientations de politique étrangère. Quand il parle de la Caraïbe, ce n’est pas du commentaire, c’est un signal envoyé aux gouvernements de la région, aux partenaires internationaux et aux agences américaines.
Avec Marco Rubio, la Grande Caraïbe n’est plus perçue comme un espace périphérique. Elle devient une zone stratégique de sécurité nationale, un espace de rivalités géopolitiques et un front avancé des intérêts américains. Comprendre sa vision permet de lire autrement les pressions diplomatiques, les sanctions, les accords sécuritaires et les marges de manœuvre — de plus en plus étroites — laissées aux États et territoires caribéens.
Sa grille de lecture : la Caraïbe comme arrière-cour stratégique
Pour Marco Rubio, la Grande Caraïbe est le même espace géopolitique que l’Amérique centrale, la façade nord de l’Amérique du Sud, et l’arc insulaire. C’est l’approche Caribbean Basin de Washington, utilisée pour parler sécurité, trafics, migrations, rivalités de puissances.
Son idée directrice est simple : si cet espace bascule (instabilité, régimes hostiles, implantation chinoise, corridors criminels), les effets arrivent directement en Floride et sur le territoire américain.
Pourquoi Marco Rubio pèse vraiment sur la région
Il a trois leviers concrets.
Levier 1 : la diplomatie et les annonces publiques
Depuis le Département d’État, il met des priorités à l’agenda, il pousse des coalitions, il fixe un ton (dur, en général). Les pages officielles du State Department montrent qu’il communique régulièrement sur Haïti et sur la coopération sécuritaire caribéenne.
Levier 2 : l’architecture sécurité Caraïbe
Rubio a porté, avec Tim Kaine, un texte sur la Caribbean Basin Security Initiative (CBSI) qui vise sécurité, lutte antidrogue, anticorruption, résilience face aux catastrophes. Ce n’est pas du blabla: c’est la “colonne vertébrale” du partenariat sécurité US–Caraïbe.
Levier 3 : sanctions, coercition économique, lawfare
Marco Rubio s’appuie beaucoup sur la pression économique (sanctions, contrôle maritime, saisies). Son discours récent sur le contrôle/saisie de navires liés au pétrole vénézuélien illustre cette logique de coercition assumée.
4 dossiers où Marco Rubio imprime sa marque
Cuba: la ligne dure comme doctrine, pas comme posture
Marco Rubio est issu de la politique floridienne marquée par l’exil cubain. Sa vision de Cuba est celle d’un régime à contenir, isoler, sanctionner, et empêcher de redevenir fréquentable diplomatiquement. Cette ligne infuse la politique américaine dès qu’il a du pouvoir exécutif (Département d’État), avec la perspective récurrente de nouvelles mesures.
Effet régional: les pays caribéens qui coopèrent avec Cuba (santé, sécurité, formation) se retrouvent souvent sous pression politique, parfois sans alternative immédiate.
Venezuela : le dossier qui contamine toute la Caraïbe
Le Venezuela touche la Grande Caraïbe par l’énergie, les migrations, les réseaux criminels, les alliances géopolitiques. Marco Rubio pousse une stratégie de pression maximale, et il assume une approche très interventionniste et très coercitive dans la gestion du post-Maduro, y compris autour des flux pétroliers.
Deux conséquences directes pour la Caraïbe :
- La mer Caraïbe devient un espace de surveillance/contrôle plus dur (navires, cargaisons, sanctions secondaires).
- Chaque acteur extérieur (Russie, Chine) présent au Venezuela est traité comme un enjeu régional, pas seulement vénézuélien.
Haïti : priorité à la force, ensuite au politique
Sur Haïti, l’approche Rubio tient en une phrase : sans sécurité, rien ne tient. Son action récente met l’accent sur l’obtention de personnels et de financements pour une force internationale, avec des chiffres de contributions annoncés publiquement.
Cette ligne répond à une réalité : l’explosion de la violence et le basculement humanitaire.
Limite évidente : une réponse sécuritaire peut stabiliser à court terme, tout en repoussant les chantiers politiques, judiciaires et économiques qui évitent la rechute.
Chine : le fil rouge qui relie tout
Marco Rubio parle de plus en plus de la région comme d’un théâtre de rivalité de puissances. Dans les séquences récentes liées au Venezuela, il dit explicitement vouloir empêcher que l’hémisphère occidental serve de base d’opérations à des adversaires, en ciblant notamment la Chine.
En pratique, ça se traduit souvent par :
- pression diplomatique sur les partenariats télécoms/infrastructures
- lecture sécuritaire des ports, câbles, data centers
- incitation à rester dans l’orbite américaine sur les choix stratégiques
Les conséquences pour les territoires de la Grande Caraïbe
Trois implications très concrètes.
Moins d’espace pour le non-alignement confortable
À partir du moment où Washington lit la Caraïbe comme une zone de compétition (Chine/Russie), chaque partenariat devient un signal politique.
La sécurité devient la porte d’entrée de la relation avec les États-Unis
CBSI, lutte antidrogue, anticorruption, contrôle maritime, résilience aux catastrophes: c’est le langage commun officiel. Le développement pur passe après, ou passe via des programmes cadrés sécurité.
Haïti et Venezuela tirent toute la région dans leur orbite de crise
Même un territoire qui n’a rien demandé se retrouve affecté: migrations, trafic d’armes, hausse des contrôles, polarisation diplomatique.




