Grande Caraïbe : le Mexique, puissance d’équilibre, sous pression américaine

Le Mexique joue depuis plusieurs années un rôle central de puissance d’équilibre dans la Grande Caraïbe. Cependant, sa position est fragilisée par des menaces de plus en plus explicites venues des Etats-Unis.

Ces derniers jours, des déclarations du président américain Donald Trump annonçant des frappes terrestres contre les cartels de la drogue au Mexique ont secoué les relations avec Mexico et relancé le débat sur l’ingérence américaine dans la région. Une ligne rouge pour Mexico, qui y voit une remise en cause directe de sa souveraineté.

Le Mexique, pivot stratégique de la Grande Caraïbe

Le Mexique est bien plus qu’un simple pays frontalier des États-Unis. Il constitue un acteur politique et économique incontournable dans tout l’espace caribéen, grâce à :

  • sa façade sur la mer des Caraïbes qui l’inscrit plusieurs fois dans les discussions régionales ;
  • son influence diplomatique dans les forums multilatéraux ;
  • son rôle de médiateur entre puissances régionales et extra-régionales.

Au sein de l’Association des États de la Caraïbe, le Mexique agit comme :

  • un médiateur politique entre États aux orientations idéologiques opposées
  • un soutien financier et technique sur les sujets climatiques, énergétiques et de gestion des risques
  • un contrepoids diplomatique face aux États-Unis, sans confrontation directe

Cette posture lui permet de dialoguer à la fois avec Cuba, la Colombie, les États d’Amérique centrale et les territoires caribéens anglophones.

Menaces américaines : des déclarations virulentes

Dans une récente interview, Donald Trump, président des Etats-Unis, a expliqué vouloir « commencer maintenant à frapper la terre » mexicaine pour cibler les cartels, ce qui revient à envisager des frappes terrestres sur le territoire mexicain.

Ce discours s’accompagne d’un renforcement naval américain dans la région, déployant des destroyers près des côtes vénézuéliennes pour contrer les cartels, ce qui est interprété comme un signal fort de volonté d’intervention.

Pour comprendre la profondeur du problème, il faut rappeler que le trafic de drogue est un défi ancien entre le Mexique et les États-Unis. Depuis 2023, plusieurs responsables politiques américains, principalement républicains, évoquent la possibilité d’interventions militaires directes au Mexique pour cibler les cartels de drogue. L’argument avancé : la crise du fentanyl et l’incapacité supposée de Mexico à contenir les organisations criminelles.

Ces déclarations ont un impact immédiat :

  • elles délégitiment l’État mexicain sur la scène internationale
  • elles fragilisent la coopération régionale
  • elles créent un précédent dangereux pour l’ensemble de la Grande Caraïbe.

Autre point important : les cartels mexicains ne sont pas seulement des organisations criminelles : ils sont devenus au fil des décennies des acteurs profondément enracinés dans l’économie et la société locales, ce qui complique toute stratégie purement militaire ou interventionniste.

La réponse mexicaine : souveraineté avant tout

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a immédiatement affirmé qu’une intervention militaire américaine violerait la souveraineté de son pays et serait inacceptable. Elle a appelé à une coordination plus étroite avec les Etats-Unis, mais dans un cadre strictement bilatéral et respectueux des lois internationales.

Mexico cherche à désamorcer les tensions en multipliant les canaux de dialogue tout en rappelant la nécessité du respect des institutions nationales.

Pour rappel, la politique étrangère mexicaine a toujours reposé sur des principes constants :

  • respect strict de la souveraineté nationale
  • refus de l’ingérence militaire étrangère
  • priorité à la coopération régionale multilatérale

Dans la Grande Caraïbe, cela se traduit par des programmes de coopération Sud-Sud, de l’aide humanitaire, des partenariats énergétiques et une diplomatie active sur le climat et les migrations. Le Mexique se positionne ainsi comme une puissance stabilisatrice, là où d’autres acteurs projettent avant tout des intérêts sécuritaires.

Un point de bascule ?

Le Mexique est aujourd’hui à un carrefour géopolitique.

  • S’il cède à la pression américaine et accepte une forme d’intervention militaire, cela aurait un effet domino sur la souveraineté des pays de la Grande Caraïbe.
  • S’il tient ferme, il pourrait renforcer son rôle de puissance d’équilibre, mais au prix d’une tension prolongée avec une superpuissance voisine.

Son positionnement dans les mois à venir sera déterminant. Un affaiblissement du Mexique ouvrirait la voie à une recomposition des équilibres régionaux, au risque d’une Caraïbe encore plus fragmentée et sous tension. De plus, ce débat en question les principes de non-intervention, de respect des États et de coopération régionale qui fondent historiquement l’ordre caribéen.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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