Guadeloupe : l’autonomie énergétique 100 % renouvelable est-elle possible d’ici 2050 ?

La Guadeloupe peut-elle produire toute son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici le milieu du siècle ? La question est stratégique pour ce territoire insulaire fortement dépendant des importations d’énergies fossiles.

Une étude publiée en 2025 par l’Agence de la transition écologique(ADEME) explore précisément ce scénario. Le rapport, intitulé Vers l’autonomie énergétique en zone non interconnectée à l’horizon 2050, modélise plusieurs trajectoires pour transformer en profondeur le système électrique guadeloupéen. Il s’appuie sur des données météorologiques, économiques et techniques, ainsi que sur des simulations du réseau électrique à long terme.

Les conclusions sont claires : atteindre un système électrique 100 % renouvelable est techniquement possible, à condition d’accélérer le déploiement de plusieurs filières énergétiques et d’investir massivement dans le stockage de l’électricité.

Un territoire encore très dépendant des énergies fossiles

Comme la plupart des territoires insulaires, la Guadeloupe possède un système électrique isolé, non relié à un réseau continental. Cette situation entraîne une forte dépendance aux combustibles importés.

En 2024, la capacité électrique installée atteignait 569 MW, dont environ 210 MW issus d’énergies renouvelables, soit environ 45 % de la puissance installée.

Les principales sources renouvelables actuelles sont :

  • la biomasse (notamment la bagasse issue de la canne à sucre)
  • l’énergie géothermique de Bouillante
  • l’éolien
  • le photovoltaïque
  • l’hydroélectricité

Le reste du système repose encore largement sur des centrales thermiques fonctionnant au fioul ou au charbon.

Une demande électrique appelée à évoluer

Les projections montrent que la consommation d’électricité pourrait atteindre environ 1 288 GWh par an en 2050.

Un élément nouveau va fortement influencer cette demande : l’électrification des transports.

Le rapport estime que les véhicules électriques pourraient représenter environ 446 GWh de consommation électrique annuelle à l’horizon 2050.

Autrement dit, plus d’un tiers de la consommation d’électricité pourrait provenir du secteur des transports.

Un potentiel important en énergies renouvelables

L’étude identifie plusieurs gisements énergétiques capables de transformer profondément le mix électrique de l’archipel.

  • Le photovoltaïque, pilier du futur système

Le solaire constitue la principale ressource disponible.

Les simulations montrent un potentiel photovoltaïque pouvant atteindre plus de 1000 MW en combinant installations sur toitures, parkings, centrales au sol ou agrivoltaïsme.

Cette ressource représente environ 60 % du potentiel renouvelable identifié dans l’étude.

  • L’éolien terrestre et offshore

Le potentiel éolien est également significatif.

  • environ 158 MW pour l’éolien terrestre
  • jusqu’à 200 MW pour l’éolien offshore

Les zones les plus favorables se situent notamment en Grande-Terre et autour de Marie-Galante.

  • La géothermie, une ressource stratégique

La Guadeloupe dispose déjà d’une centrale géothermique à Bouillante.

L’étude estime que la filière pourrait atteindre 90 MW de capacité installée, ce qui en ferait une source stable et pilotable pour équilibrer le réseau.

  • Biomasse et valorisation des déchets

La biomasse locale (bagasse, déchets verts, bois énergie, canne fibre) pourrait produire jusqu’à 648 GWh d’électricité par an.

Elle jouerait un rôle important pour produire de l’électricité lorsque le soleil ou le vent sont insuffisants.

  • Énergies marines

Le rapport évoque aussi le potentiel :

  • de l’énergie houlomotrice (vagues)
  • d’autres technologies marines émergentes

Le potentiel identifié atteint jusqu’à 100 MW, même si ces technologies restent encore peu déployées.

Le défi majeur : stocker l’électricité

Produire de l’électricité renouvelable ne suffit pas. Il faut également pouvoir la stocker pour équilibrer le réseau.

Dans les scénarios d’autonomie énergétique, la capacité de stockage pourrait atteindre :

  • plus de 900 MW de puissance de stockage
  • plus de 2 000 MWh de capacité énergétique.

Les batteries, mais aussi les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), joueraient un rôle central pour gérer l’intermittence du solaire et de l’éolien.

Plusieurs scénarios possibles pour 2050

Les chercheurs ont modélisé plusieurs trajectoires énergétiques.

Scénario 1 : 100 % renouvelable avec les sites les plus favorables

  • taux d’autonomie : 84 %
  • parc renouvelable : environ 750 MW

Scénario 2 : exploitation élargie des potentiels

  • autonomie : 87 %

Scénario 3 : autonomie complète

  • 100 % d’électricité renouvelable locale
  • environ 899 MW d’installations renouvelables

Scénario 4 : scénario optimal

Dans ce scénario, la Guadeloupe atteindrait :

  • 100 % d’électricité renouvelable
  • 799 MW de capacités renouvelables
  • 918 MW de stockage électrique.

Une transformation profonde du système énergétique

La transition vers un système électrique autonome et renouvelable suppose plusieurs transformations majeures :

  • développement massif du solaire et de l’éolien
  • modernisation du réseau électrique
  • déploiement du stockage énergétique
  • électrification des transports
  • meilleure maîtrise de la demande énergétique

Cette transition représente un investissement important. Elle pourrait également réduire la dépendance énergétique de l’archipel et renforcer sa résilience face aux crises internationales.

Une opportunité stratégique pour la Guadeloupe

Au-delà de l’enjeu climatique, la transition énergétique constitue aussi un enjeu de souveraineté.

Les territoires insulaires de la Caraïbe dépendent fortement des importations d’hydrocarbures. Les fluctuations du prix du pétrole et les tensions géopolitiques peuvent fragiliser leur économie.

La transformation du système énergétique guadeloupéen pourrait ainsi devenir un modèle pour d’autres territoires insulaires de la Grande Caraïbe, confrontés aux mêmes défis énergétiques.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.