Selon les dernières données publiées par France Travail et la Dares dans La statistique trimestrielle du marché du travail (STMT), le nombre de personnes inscrites à France Travail en Guadeloupe diminue au quatrième trimestre 2025. Une évolution qui peut sembler positive à première vue, mais qui mérite d’être analysée avec prudence, tant les changements de règles et la structure du chômage pèsent sur la lecture des chiffres.
Une baisse trimestrielle des inscrits, un signal à nuancer
Au 4ᵉ trimestre 2025, la Guadeloupe compte en moyenne 59 420 personnes inscrites à France Travail toutes catégories confondues (A à G).
Parmi elles, 54 260 demandeurs d’emploi sont tenus de rechercher un emploi (catégories A, B et C). Sur le trimestre, le nombre d’inscrits en catégories A, B, C, D et E recule de 0,8 %, soit 470 personnes en moins. Les demandeurs d’emploi en catégories A, B et C diminuent de 2,4 %, avec une baisse plus marquée pour les personnes sans aucun emploi (catégorie A), en recul de 3,4 %.
Sur un an, la situation est plus stable. Les catégories A, B et C stagnent, tandis que la catégorie A seule diminue légèrement (–1,2 %).
Une Guadeloupe à contre-courant de la tendance nationale
La comparaison avec l’Hexagone est parlante. En France hors Mayotte, le nombre d’inscrits à France Travail augmente sur la même période :
- +0,7 % pour l’ensemble des inscrits
- +1,0 % pour les catégories A, B, C
- +2,6 % pour la seule catégorie A.
La Guadeloupe fait donc figure d’exception statistique, avec une baisse trimestrielle là où la France connaît une hausse nette.
L’effet des nouvelles règles brouille la lecture
Depuis janvier 2025, la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi a profondément modifié le périmètre des inscrits.
Deux nouvelles catégories ont été créées :
- Catégorie F : personnes en parcours d’insertion sociale
- Catégorie G : bénéficiaires ou demandeurs du RSA en attente d’orientation.
Au 4ᵉ trimestre 2025, la Guadeloupe compte :
- 1 030 personnes en catégorie F
- 17 118 personnes en catégorie G.
Ces publics, nouvellement intégrés, gonflent mécaniquement les effectifs globaux sans refléter directement l’évolution conjoncturelle du marché du travail.
Pour affiner l’analyse, la Dares publie donc des séries hors bénéficiaires du RSA et hors jeunes en parcours (CEJ, PACEA, AIJ). Sur ce champ restreint, la baisse est plus nette : –3,1 % pour la catégorie A sur le trimestre.
Un chômage qui reste structurellement élevé
Derrière la baisse des effectifs, plusieurs signaux restent préoccupants.
Plus de 55 % des demandeurs d’emploi en catégories A, B et C sont inscrits depuis plus d’un an, une proportion nettement supérieure à celle observée en France hexagonale (44,9 %). Le chômage de longue durée reste donc une réalité massive en Guadeloupe.
Par âge, la baisse touche toutes les classes, mais sans inversion de tendance sur le long terme :
- –3,6 % pour les moins de 25 ans
- –2,6 % pour les 25–49 ans
- –1,9 % pour les 50 ans et plus.
Sur un an, les effectifs repartent à la hausse chez les jeunes, signe d’une insertion toujours fragile.
Entrées et sorties : des mouvements plus administratifs qu’économiques
Les entrées et sorties des listes de France Travail augmentent fortement au 4ᵉ trimestre 2025. Les sorties pour défaut d’actualisation et entrée en formation progressent, tandis que les sorties pour reprise d’emploi déclarée reculent.
Autrement dit, la baisse du nombre d’inscrits ne signifie pas mécaniquement plus d’emplois retrouvés. Elle reflète aussi des changements de règles, des ajustements administratifs et une montée en puissance des parcours d’accompagnement.
La baisse du nombre d’inscrits à France Travail en Guadeloupe au 4ᵉ trimestre 2025 est réelle. Elle ne doit toutefois pas être interprétée comme une amélioration franche du marché de l’emploi. Chômage de longue durée, précarité des jeunes, poids des dispositifs sociaux et effets statistiques de la réforme continuent de structurer la réalité guadeloupéenne. Les chiffres bougent, le fond du problème reste entier.
Petit rappel
Catégorie A : Les personnes sans aucun emploi, inscrites à France Travail et tenues de rechercher activement un emploi. C’est la catégorie la plus surveillée.
Catégorie B : Les personnes tenues de rechercher un emploi, mais qui ont travaillé un peu dans le mois (78 heures maximum sur le mois). Typiquement : missions courtes, remplacements, petits contrats. On travaille, mais pas assez pour sortir du chômage.
Catégorie C : Les personnes tenues de rechercher un emploi, qui ont travaillé plus de 78 heures dans le mois. Elles ont une activité réduite plus importante, parfois quasi à temps plein, mais restent inscrites car l’emploi est instable ou insuffisant.
Catégorie D : Les personnes inscrites à France Travail, sans emploi, mais non immédiatement disponibles et non tenues de rechercher un emploi. Exemples : formation, stage, maladie, contrat de sécurisation professionnelle. Elles ne sont pas comptées comme demandeurs d’emploi actifs à ce moment-là.
Catégorie E : Les personnes inscrites, en emploi, et non tenues de rechercher un emploi. Cela concerne par exemple : contrats aidés, créations ou reprises d’entreprise accompagnées, certains parcours spécifiques. Elles travaillent, mais restent suivies par France Travail.




