Guadeloupe : les citernes, un un marché prospère, porté par la crise de l’eau

En Guadeloupe, les citernes sont devenues un équipement quasi incontournable. Elles étaient autrefois réservées aux maisons isolées. Elles sont aujourd’hui au cœur de la vie quotidienne, dans les villas, les immeubles, les commerces, les locations saisonnières…

Le marché a pris une ampleur considérable, porté par les coupures d’eau à répétition et la volonté des habitants d’assurer un minimum de stabilité. Résultat : un secteur devenu l’un des plus dynamiques et lucratifs de l’habitat local.

Une demande qui explose

La crise de l’eau a changé les pratiques. Les tours d’eau s’enchaînent, les pertes sur le réseau restent énormes, et les habitants n’ont plus envie de subir. La citerne offre une forme d’autonomie, même partielle. Les particuliers investissent.

Les propriétaires de meublés touristiques s’équipent pour éviter les mauvaises surprises. Les entreprises et professions libérales y voient une sécurité pour leurs activités. La demande a atteint un niveau tel que certains installateurs travaillent en flux tendu.

Un marché dynamique, avec des limites bien réelles

Ce boom s’accompagne de nombreuses contraintes. Installer une citerne s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Les problèmes les plus fréquents concernent :

  • la place disponible pour accueillir une cuve de grande capacité
  • la nécessité de créer une dalle béton suffisamment stable
  • le raccordement correct au réseau interne
  • la filtration obligatoire quand l’eau doit être utilisée au quotidien
  • la maintenance régulière, souvent négligée.

L’absence d’entretien entraîne des dépôts, des odeurs, des bactéries ou des pannes de pompe. Beaucoup d’utilisateurs découvrent ces réalités après coup, ce qui alimente un second marché : le dépannage et le nettoyage.

Des coûts importants et des dépenses qui reviennent chaque année

L’installation représente une somme non négligeable. Selon la taille et le type de citerne :

  • cuve de 300 à 1 000 litres
  • cuve de 1 000 à 5 000 litres
  • dalle béton
  • installation et raccordement
  • filtration ou traitement.

Un foyer dépense généralement entre 1 000 et 4 500 € pour une installation standard.

Ensuite viennent les coûts oubliés :

  • entretien annuel : nettoyage, désinfection, vérification de la pompe
  • pannes et réparations : changement de pompe, colmatage, fuites
  • remplacement régulier des filtres : plusieurs fois par an selon l’usage

Ces dépenses additionnelles pèsent sur le budget, surtout quand l’eau de la citerne devient indispensable.

L’aide régionale : un soutien précieux, mais une administration lente

La Région Guadeloupe propose une subvention pour la récupération d’eau de pluie. Elle peut financer jusqu’à 80 % des dépenses. L’aide couvre l’achat de la cuve, le système de collecte, les filtres et une partie des raccordements. Un vrai coup de pouce pour les ménages modestes.

L’envers du décor, c’est l’attente. De nombreux demandeurs signalent des délais très longs avant d’obtenir une réponse ou un versement. Les dossiers s’accumulent et avancent lentement. Ceux qui comptent sur l’aide doivent donc s’armer de patience.

 

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.