Guadeloupe : l’octroi de mer, cette taxe sensible et régulièrement débattue

L’octroi de mer est souvent pointé du doigt quand on parle de vie chère en Guadeloupe, mais il constitue surtout un pilier essentiel du financement des communes et de la protection de la production locale.

Ce régime fiscal spécifique aux Départements et régions d’outre-mer (DROM)  est prolongé jusqu’au 31 décembre 2027 et continue de jouer un rôle majeur dans l’équilibre économique de notre archipel.

Qu’est-ce que l’octroi de mer exactement ?

L’octroi de mer est une taxe locale qui s’applique en Guadeloupe (comme en Martinique, Guyane, Mayotte et La Réunion) sur deux types d’opérations principales :

  • les importations de biens venant de l’extérieur (hexagone, Union européenne ou pays tiers)
  • les livraisons de biens produits localement par des entreprises de production.

Il existe en réalité deux taxes distinctes :

  • l’octroi de mer classique, dont le produit va aux communes (c’est la part la plus importante),
  • l’octroi de mer régional, dont le produit alimente le budget de la Région Guadeloupe (plafonné à 2,5 % dans la plupart des cas).

Cette taxe a été créée pour compenser les handicaps structurels des territoires ultramarins : éloignement, insularité, coûts de transport élevés, etc.

Pourquoi cette taxe existe-t-elle ?

L’objectif principal est double :

  1. Protéger la production locale en taxant plus lourdement les produits importés que ceux fabriqués sur place → cela rend les produits guadeloupéens plus compétitifs.
  2. Financer les collectivités : les communes guadeloupéennes tirent souvent 30 à 50 % de leurs recettes de fonctionnement de l’octroi de mer. Sans lui, beaucoup de services publics locaux (écoles, routes, collecte des déchets…) seraient menacés.

En 2025-2026, ce dispositif reste autorisé par l’Union européenne jusqu’à fin 2027.

Les taux en Guadeloupe : comment cela fonctionne ?

Les taux sont votés par le Conseil régional de Guadeloupe. Ils varient énormément selon le produit.

  • De 0 % (exonération totale) à 30-40 % pour certains biens importés non produits localement.
  • Jusqu’à 60 % maximum autorisé (voire 90 % dans des cas très spécifiques).

Exemples concrets récents : baisse à 0 % sur les pâtes, l’huile, les couches, le sel (décision régionale fin 2025) ; taux réduits sur de nombreux produits de première nécessité ou liés à des secteurs prioritaires (agriculture, bâtiment, santé).

Les exonérations et avantages pour les entreprises

Plusieurs mécanismes permettent d’alléger la charge.

  • Exonérations de plein droit sur certains produits de première nécessité ou matériels productifs.
  • Dispositif spécifique pour les entreprises qui investissent (biens d’équipement exonérés sous conditions).
  • Régime particulier pour les échanges entre Guadeloupe, Martinique et Guyane (marché unique).

En 2025, la Région Guadeloupe a maintenu et même élargi certaines listes d’activités économiques éligibles à l’exonération à l’importation pour favoriser l’installation et le développement d’entreprises.

Vie chère : vraiment la faute de l’octroi de mer ?

Des rapports récents montrent que l’impact de l’octroi de mer sur la différence de prix avec la métropole est relativement limité (souvent estimé entre 2 et 5 % selon les produits). Les vrais moteurs de la cherté restent : fret maritime très cher, marges commerciales, coûts énergétiques, etc.

Cela dit, la taxe reste un sujet sensible et régulièrement débattu : suppression totale ? Réforme profonde ? Maintien avec plus d’exonérations ? Le débat est loin d’être clos.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.