Guantánamo : enclave américaine au cœur de Cuba, anomalie géopolitique de la Caraïbe

Située à l’extrême est de Cuba, la Baie de Guantánamo constitue l’une des anomalies géopolitiques les plus durables de la Caraïbe. Depuis plus d’un siècle, les États-Unis y exercent un contrôle militaire effectif, alors même que la souveraineté du territoire reste officiellement cubaine.

La base navale de Guantánamo est établie en 1903, à la suite de la guerre hispano-américaine. Elle repose sur un bail imposé à Cuba dans un contexte de forte dépendance politique vis-à-vis de Washington. Ce bail, signé pour une durée indéfinie, autorise les États-Unis à occuper et exploiter la baie en échange d’un loyer annuel que Cuba refuse d’encaisser depuis la révolution de 1959, considérant l’accord comme nul et non avenu.

Un statut juridique volontairement flou

Guantánamo n’est ni une colonie au sens classique, ni un territoire américain reconnu. Cette ambiguïté juridique a longtemps servi les intérêts de Washington.

La base est placée hors du territoire souverain des États-Unis tout en restant sous leur contrôle total. Ce statut particulier a permis de contourner certaines obligations du droit américain et international.

C’est précisément cette zone grise qui a rendu possible, après les attentats du 11 septembre 2001, l’installation d’un centre de détention destiné aux personnes soupçonnées de terrorisme. Des centaines de détenus y ont été incarcérés sans jugement, parfois pendant des années, dans des conditions largement dénoncées par les ONG et les organisations de défense des droits humains.

Un symbole de la détention extrajudiciaire

Le nom de Guantánamo est aujourd’hui indissociable de la prison militaire ouverte en 2002. Pour une partie de l’opinion publique mondiale, la base incarne les dérives de la « guerre contre le terrorisme » : détentions arbitraires, absence de procès équitable, recours à des méthodes assimilées à de la torture.

Malgré les promesses répétées de fermeture formulées par plusieurs présidents américains, le camp n’a jamais été démantelé. Le nombre de détenus a diminué, mais le symbole demeure. Guantánamo reste un point de crispation majeur dans les relations entre les États-Unis, Cuba et une large partie de la communauté internationale.

Une présence militaire qui pèse sur la région

Au-delà de la question carcérale, la base navale de Guantánamo joue un rôle stratégique dans le dispositif militaire américain dans la Caraïbe. Elle permet une surveillance accrue des routes maritimes, des flux migratoires et des dynamiques régionales, dans un espace marqué par des enjeux sécuritaires, économiques et politiques constants.

Pour Cuba, Guantánamo demeure une atteinte directe à sa souveraineté nationale. Pour de nombreux pays caribéens et latino-américains, elle rappelle la longue histoire des interventions américaines dans la région et la persistance de rapports de force hérités du XIXᵉ et du XXᵉ siècle.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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