Après les limites de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya depuis juin 2024, une nouvelle structure internationale va prendre le relais en Haïti : la Force de Répression des Gangs (FRG).
Autorisée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU en septembre 2025, cette force doit mobiliser environ 5 500 hommes issus d’une vingtaine de pays pour épauler la police haïtienne dans sa lutte contre les gangs armés.
Cette montée en puissance intervient alors que près de 90 % de la capitale Port-au-Prince échappe au contrôle de l’État, dans un contexte de violences extrêmes, de déplacements massifs de population et d’effondrement institutionnel.
Remplacer une mission en échec
La FRG n’est pas sortie de nulle part. Elle succède directement à la MMAS, une mission internationale lancée en 2024 avec l’objectif d’appuyer la Police nationale d’Haïti.
Sur le papier, le dispositif devait compter 2 500 agents. Dans les faits, moins de la moitié ont été déployés, avec des moyens largement insuffisants. Résultat : les gangs n’ont pas été contenus, ils ont même renforcé leur emprise sur plusieurs territoires, notamment dans la capitale.
Sous-financement, manque d’équipements, coordination limitée… La FRG est pensée comme une version élargie, plus robuste et mieux structurée de cette mission initiale.
5 500 hommes, 18 pays
La nouvelle force marque un changement d’échelle. Elle doit rassembler environ 5 500 policiers et militaires, issus d’au moins 18 pays, avec un mandat renforcé et un encadrement plus structuré par les Nations unies.
Contrairement à la mission précédente, la FRG bénéficie de prérogatives élargies. Elle peut notamment :
- intervenir directement contre les gangs armés
- appuyer les opérations offensives de la police haïtienne
- procéder à des arrestations.
Ce point est essentiel. La MMAS avait un rôle d’appui limité. La FRG, elle, s’inscrit clairement dans une logique de répression active.
Un déploiement qui commence à peine
Début avril 2026, les premiers contingents commencent à arriver sur le terrain. Le Tchad fait partie des premiers pays à envoyer des forces dans le cadre de cette nouvelle mission.
L’objectif est de monter progressivement en puissance, en coordination avec la Police nationale d’Haïti, les Forces armées haïtiennes, les structures logistiques de l’ONU.
Sur le terrain, l’enjeu est immédiat : reprendre le contrôle de zones entières passées sous domination de coalitions de gangs particulièrement structurées.
Répondre à une crise sécuritaire hors norme
Si cette nouvelle force voit le jour, c’est parce que la situation est devenue critique. Les gangs haïtiens ne sont plus de simples groupes criminels. Ils contrôlent des quartiers entiers, organisent enlèvements, viols, massacres et paralysent l’économie du pays.
Entre 2025 et début 2026 : plus de 5 500 personnes ont été tuées et plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées.
Le pays fonctionne quasiment sans État opérationnel, sans institutions élues et avec une autorité centrale extrêmement affaiblie.
Une mission à hauts risques
Sur le papier, la FRG corrige les failles de la mission précédente.
Dans la réalité, plusieurs inconnues restent entières :
- la question du financement : la mission précédente souffrait d’un manque chronique de ressources, et rien ne garantit que les contributions internationales seront à la hauteur cette fois ;
- la complexité du terrain : les gangs haïtiens sont profondément enracinés, parfois liés à des réseaux politiques ou économiques. Une intervention extérieure, même renforcée, ne suffira pas à elle seule à stabiliser durablement le pays ;
- la question politique : sans reconstruction institutionnelle, sans élections crédibles et sans État fonctionnel, la réponse sécuritaire risque de rester limitée.
La mise en place de la Force de Répression des Gangs montre à quel point la crise a dépassé les capacités nationales. Elle confirme aussi que la communauté internationale tâtonne, en ajustant ses dispositifs face à une réalité qui lui échappe en grande partie.
La FRG est donc un pari. Plus ambitieuse, mieux armée, plus offensive. Reste à savoir si elle pourra faire ce que les précédentes interventions n’ont jamais réussi à accomplir : restaurer durablement l’ordre dans un pays où l’État a quasiment disparu du terrain.

