La mission d’appui à la sécurité menée par le Kenya en Haïti depuis plus d’un an est le symptôme d’un État haïtien à bout de souffle. Elle pose une question centrale : peut-on régler une crise politique, sociale et institutionnelle par un levier essentiellement sécuritaire ?
Une mission née de l’effondrement de l’État haïtien
En Haïti, la crise sécuritaire ne date pas d’hier. Elle s’est accélérée, brutalement, après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Depuis, l’État s’est progressivement effacé, laissant le champ libre à des gangs lourdement armés qui contrôlent aujourd’hui une large partie de Port-au-Prince.
En 2022-2023, la situation devient intenable. Kidnappings massifs, routes bloquées, ports et terminaux pétroliers paralysés, quartiers entiers sous la coupe de chefs de gangs. La Police nationale d’Haïti, sous-équipée et infiltrée, n’a plus les moyens de reprendre le contrôle.
Le gouvernement haïtien saisit alors le Conseil de sécurité de l’ONU. En octobre 2023, une mission multinationale d’appui à la sécurité est autorisée. Elle n’est pas une mission onusienne classique. Aucun casque bleu. Pas de commandement direct de l’ONU. Le pilotage est confié à un État volontaire. Ce sera le Kenya.
Le Kenya dispose d’une police habituée aux opérations de maintien de l’ordre dans des contextes violents, notamment face au terrorisme et aux émeutes urbaines. Nairobi cherche aussi à renforcer son poids diplomatique sur la scène internationale et à se positionner comme un acteur sécuritaire crédible au Sud.
Les États-Unis, eux, soutiennent fortement l’initiative, financièrement et logistiquement, sans vouloir engager directement leurs propres troupes. Le Kenya apparaît alors comme un compromis acceptable.
Déploiement sur le terrain : des ambitions vite rattrapées par la réalité
Le déploiement débute en juin 2024. L’objectif affiché est clair : sécuriser les infrastructures stratégiques, soutenir la police haïtienne et contenir les gangs.
Sur le papier, la mission doit compter jusqu’à 2 500 agents internationaux. Dans les faits, les effectifs restent longtemps bien en dessous. Les policiers kenyans opèrent dans un environnement extrêmement hostile, face à des groupes criminels mieux armés que prévu, très mobiles et profondément enracinés dans les quartiers.
Quelques résultats existent. L’aéroport international est sécurisé. Certains axes routiers sont temporairement repris. Des opérations conjointes avec la police haïtienne sont menées.
La dynamique globale, elle, ne change pas fondamentalement.
Un bilan sécuritaire très limité
La mission n’a pas inversé le rapport de force. Les gangs continuent de contrôler une grande partie de la capitale. Les violences contre les civils persistent. Les déplacements de population se poursuivent.
Plusieurs failles apparaissent rapidement https://ayibopost.com/the-reasons-behind-the-failure-of-kenyas-mission-in-haiti/ : sous-effectifs, coordination complexe avec les forces locales, cadre juridique flou, financement incertain. La mission agit en soutien, sans réelle capacité de reconquête durable du territoire. Sur le terrain, elle protège davantage qu’elle ne libère.
De nombreux observateurs estiment que l’intervention est arrivée trop tard et trop faiblement armée. Sans réforme profonde de l’État haïtien, sans reconstruction de la justice, sans réponse économique et sociale, l’action policière reste un pansement sur une plaie ouverte.
Elle soulève aussi un malaise historique. Haïti a déjà connu des interventions étrangères




