Îles privées dans la Grande Caraïbe : qui sont les propriétaires ?

La Grande Caraïbe ne se résume pas à des plages publiques et des destinations touristiques accessibles à tous. Elle abrite aussi une constellation d’îles privées, parfois minuscules, parfois très étendues, détenues par des milliardaires, des célébrités, des groupes hôteliers ou des compagnies de croisière. Ces îles font fantasmer, interrogent sur l’accès au foncier, la souveraineté, l’environnement et la concentration des richesses dans l’espace caribéen.

Une réalité méconnue de la Caraïbe

Les îles privées sont nombreuses dans la région, surtout dans les Bahamas, les Îles Vierges britanniques, Antigua-et-Barbuda ou Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Elles sont légalement rattachées à un État. La souveraineté nationale reste intacte, même quand l’île appartient à un acteur privé.

La propriété concerne le foncier, pas le territoire politique.

Certaines îles privées sont devenues célèbres à cause de leurs propriétaires. Les structures de propriété passent souvent par des sociétés, ce qui rend l’identification exacte des détenteurs parfois opaque.

Des îles privées, mais exploitées pour le tourisme de masse

Toutes les îles dites « privées » ne sont pas des refuges secrets pour milliardaires.

  • Labadee – Haïti : Opéré exclusivement par Royal Caribbean sous un accord avec l’État haïtien.Pas une propriété privée au sens strict, mais usage privatif pour excursions.
  • Princess Cays – Bahamas : Réservé aux passagers de Princess Cruises (île appartenant au gouvernement bahaméen avec concession).
  • Harvest Caye – Belize : Destination cruise privative (gérée par Norwegian Cruise Line avec le gouvernement du Belize).

Ces sites fonctionnent comme des enclaves touristiques fermées, avec un accès strictement contrôlé. L’économie locale bénéficie de retombées limitées, souvent concentrées sur quelques emplois et concessions.

Des enjeux fonciers, environnementaux et politiques

La multiplication des îles privées pose plusieurs questions. L’accès aux littoraux se restreint pour les populations locales. Les promesses écologiques accompagnant certains projets restent difficiles à évaluer sur le long terme. La concentration foncière accentue les déséquilibres dans des territoires déjà marqués par l’histoire coloniale et les inégalités économiques.

Les îles privées participent à l’image de carte postale de la Caraïbe, tout en révélant ses tensions profondes. Elles symbolisent une région attractive à l’échelle mondiale, mais aussi un espace où le contrôle du territoire, même à petite échelle, devient un enjeu stratégique, économique et politique.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.