Insertion par l’activité économique en Guadeloupe : une forte dynamique en 2024, malgré des fragilités structurelles

L’Insertion par l’Activité Économique (IAE) a connu une nette progression en Guadeloupe en 2024. Selon la note publiée en janvier par le Service Études, Statistique et Évaluation (SESE) de la DEETS Guadeloupe, le secteur enregistre une hausse marquée du nombre de salariés en insertion, dans un contexte de tensions persistantes sur l’emploi et de publics durablement éloignés du marché du travail.

Une hausse significative du nombre de salariés en insertion

Fin 2024, 979 salariés sont en poste dans une structure de l’IAE en Guadeloupe, soit +23 % en un an. Sur l’ensemble de l’année, 1 929 personnes ont été accueillies en parcours d’insertion, une progression de +20,1 % par rapport à 2023.
Ce niveau place la Guadeloupe bien au-dessus de la dynamique observée à l’échelle nationale, où le nombre total de contrats signés recule légèrement.

Des structures moins nombreuses, mais plus sollicitées

Paradoxalement, le nombre de structures conventionnées diminue. La Guadeloupe compte 38 structures actives en 2024, contre 41 un an plus tôt, soit une baisse de 7,3 %.
Cette contraction ne freine pas l’activité. Les structures existantes accueillent davantage de salariés, avec une intensification notable du recours à l’IAE comme outil d’insertion.

Les ACI et les ETTI, piliers du dispositif

Deux types de structures concentrent l’essentiel de l’activité :

  • Les entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI) regroupent 52,7 % des salariés accueillis et 36 % des équivalents temps plein (ETP).
  • Les ateliers et chantiers d’insertion (ACI) accueillent 40,2 % des salariés et concentrent 52 % des ETP.

Les entreprises d’insertion (EI) restent marginales en volume et connaissent même un recul des effectifs accueillis en 2024.

Plus de contrats signés, surtout en ACI

Au total, 1 938 contrats ont été signés en 2024 en Guadeloupe, en hausse de 20,1 %.
Les ACI enregistrent une progression soutenue, portée par les renouvellements de contrats, tandis que les ETTI progressent principalement grâce aux nouveaux contrats. Les EI se distinguent par une baisse marquée des nouvelles entrées.

Un public majoritairement masculin et peu qualifié

Le profil des salariés de l’IAE reste stable :

  • 72 % d’hommes, en lien avec la nature des activités proposées
  • 25,3 % de jeunes de moins de 26 ans, une proportion supérieure à la moyenne nationale
  • Des niveaux de formation faibles : près de la moitié des salariés ont un niveau CAP-BEP, un quart n’a aucun diplôme au-delà de la scolarité obligatoire

Avant l’embauche, près de 90 % des bénéficiaires étaient inscrits à France Travail, dont une majorité en chômage de longue durée.

Le poids des minima sociaux

En 2024, 45,7 % des salariés accueillis percevaient un minimum social avant leur entrée en IAE. Le RSA constitue de loin la principale allocation concernée.
Ce chiffre souligne le rôle central de l’IAE comme sas de remobilisation pour des publics en situation de grande précarité.

Des activités concentrées dans les services

Les activités de services représentent 93,6 % des emplois en IAE en Guadeloupe. Les métiers les plus exercés sont liés :

  • aux services administratifs et de soutien
  • aux autres services (restauration, transport, nettoyage, logistique)
  • aux métiers dits « verts », avec le jardinage en tête

À l’inverse, l’agriculture et le commerce restent sous-représentés.

Des contrats souvent courts et à temps partiel

Les contrats proposés, principalement des CDDI, sont fréquemment à temps partiel dans les ACI. La durée moyenne de travail y est d’environ 29,6 heures par semaine.
La durée moyenne des parcours progresse néanmoins en 2024, atteignant jusqu’à 13,7 mois dans les ETTI, contre des durées nettement plus courtes dans les ACI.

Des sorties encore difficiles à évaluer

En 2024, 1 663 salariés ont quitté un dispositif d’IAE. Pour près de la moitié d’entre eux, le motif de sortie n’est pas renseigné, ce qui limite l’analyse fine des résultats.
Lorsque l’information est disponible, notamment dans les ETTI, le taux de sortie vers l’emploi atteint 30,4 %, dont 17,5 % vers un emploi durable.

La progression rapide de l’IAE en Guadeloupe confirme son rôle d’amortisseur social et de levier d’insertion pour les publics les plus fragiles. Elle révèle aussi des fragilités persistantes : dépendance aux activités de services, faible diversification des métiers, temps partiel subi, difficultés de suivi des sorties.
Autant d’enjeux qui interrogent la capacité du dispositif à produire, au-delà de l’insertion temporaire, de réelles trajectoires professionnelles durables.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.