Jamaïque : l’accès aux plages, un héritage colonial qui continue de priver les citoyens

En Jamaïque, l’accès à la mer reste un sujet explosif. Selon plusieurs médias jamaïcains, juristes et organisations de la société civile, le cœur du problème est clairement identifié : le Beach Control Act de 1956. Cette loi coloniale britannique, toujours en vigueur, ne reconnaît aucun droit général d’accès aux plages pour la population. Maintenue après l’indépendance de 1962, elle continue de structurer la privatisation progressive du littoral jamaïcain.

Une loi coloniale jamais remise en cause

Adopté en 1956, à une époque où la Jamaïque était encore une colonie britannique, le Beach Control Act donne à l’État le pouvoir de contrôler, louer ou céder l’usage des plages. Le texte ne prévoit aucun principe d’accès public garanti.

À l’époque, l’objectif est clair : faciliter le développement touristique au profit d’intérêts privés et étrangers.

Après l’indépendance de 1962, cette loi n’a jamais été abrogée. Elle est restée dans l’arsenal juridique du pays, sans véritable réforme de fond. Résultat : une logique coloniale continue de s’appliquer dans un État souverain.

Plages privées, citoyens exclus

Concrètement, le Beach Control Act permet à l’État jamaïcain d’accorder des concessions côtières à des promoteurs privés, en particulier des groupes hôteliers. Ces concessions donnent lieu à des plages fermées, surveillées, parfois entièrement interdites aux Jamaïcains non clients.

Dans de nombreuses zones touristiques, accéder à la mer signifie payer une entrée, consommer sur place ou renoncer. Pour une grande partie de la population, la plage est devenue un luxe. Une aberration dans un pays insulaire.

Le tourisme avant les droits

Sauf que cette approche se fait au détriment des droits des citoyens. Le littoral, bien commun par excellence, est traité comme une marchandise. Les Jamaïcains voient leur propre territoire leur échapper, mètre par mètre.

Le gouvernement justifie ce système au nom du développement économique et de l’attractivité touristique. Le tourisme est un pilier de l’économie jamaïcaine, et les plages sont sa principale vitrine. La logique est simple : sécuriser l’investissement privé, rassurer les opérateurs, maximiser les revenus.

Une contestation qui monte

Depuis plusieurs années, les critiques se multiplient. ONG, avocats, artistes, citoyens dénoncent un système injuste, hérité de la colonisation et incompatible avec une démocratie moderne. Des campagnes réclament un droit constitutionnel d’accès aux plages et une réforme en profondeur du Beach Control Act.

La question dépasse le simple accès à la baignade. Elle touche à la souveraineté, à l’égalité sociale et à la manière dont les États caribéens gèrent leur patrimoine naturel face aux pressions économiques.

Un débat caribéen plus large

La Jamaïque n’est pas un cas isolé. Dans toute la Caraïbe, la privatisation du littoral progresse, souvent sous couvert de développement touristique. La différence, c’est que certains territoires ont inscrit le principe d’accès public dans la loi. La Jamaïque, elle, reste prisonnière d’un texte colonial vieux de près de 70 ans.

Tant que le Beach Control Act ne sera pas réformé, le débat restera ouvert. Et la question demeurera brutale : à qui appartiennent vraiment les plages jamaïcaines ?

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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