Sans gestion rigoureuse des adresses IP et des ressources numériques, Internet ne fonctionne tout simplement pas. Derrière les usages quotidiens – sites web, e-mails, plateformes, services publics en ligne – se cache une gouvernance technique régionale de LACNIC ( Latin America and Caribbean Network Information Centre), discrète mais stratégique, qui concerne directement la Grande Caraïbe.
LACNIC, c’est quoi exactement ?
LACNIC est le registre Internet régional pour l’Amérique latine et la Caraïbe. Concrètement, l’organisation est chargée de la gestion et de l’allocation des adresses IP (IPv4 et IPv6) ainsi que des numéros de systèmes autonomes (ASN) pour les fournisseurs d’accès, opérateurs télécoms, institutions publiques, universités et grandes entreprises de la région.
Sans cette brique, pas de connexion stable, pas de routage fiable, pas d’Internet opérationnel.
Sur le papier, LACNIC est une organisation technique, neutre, non gouvernementale et à but non lucratif. Dans les faits, son rôle touche à des enjeux beaucoup plus larges.
- Souveraineté numérique : qui contrôle les ressources critiques d’Internet ?
- Équité d’accès : comment éviter que certains territoires soient marginalisés ?
- Résilience régionale : capacité à maintenir Internet en cas de crise, catastrophe naturelle ou cyberattaque.
Pour la Caraïbe, souvent dépendante d’infrastructures extérieures, ces questions sont loin d’être théoriques.
IPv4 épuisé, IPv6 incontournable
LACNIC alerte depuis plusieurs années : les adresses IPv4 sont épuisées dans la région. La transition vers IPv6 n’est plus une option, c’est une nécessité. Problème : de nombreux territoires caribéens accusent un retard réel. Résultat :
- dépendance accrue aux solutions de contournement coûteuses
- frein à l’innovation locale
- vulnérabilité accrue des réseaux.
LACNIC pousse donc fortement à la formation, à l’accompagnement technique et à la montée en compétences locales.
Former, documenter, structurer
Au-delà de l’allocation des ressources, LACNIC joue un rôle central dans :
- la formation des ingénieurs réseaux
- la diffusion de bonnes pratiques
- le soutien aux communautés techniques locales
- la production de données ouvertes sur l’état d’Internet dans la région.
C’est aussi un acteur clé des débats internationaux sur la gouvernance d’Internet, au même titre que les autres registres régionaux.
LACNIC ne fait pas la une des journaux. Pourtant, sans elle, pas d’Internet fonctionnel dans la région. Dans un contexte de tensions géopolitiques, de transformation numérique accélérée et de dépendances technologiques fortes, son rôle mérite clairement plus d’attention – en particulier dans la Grande Caraïbe, souvent absente des grandes discussions globales.




