Le saviez-vous ? Le Belize et le Guatemala se disputent une frontière depuis deux siècles

L’un des plus vieux litiges territoriaux du continent américain est peut-être sur le point de se résoudre… devant un tribunal international.

Imaginez deux voisins qui se chamaillent sur la clôture depuis 1821. C’est à peu près ce qui se passe entre le Guatemala et le Belize — en version géopolitique. Depuis son indépendance, le Guatemala n’a jamais vraiment accepté l’existence de son voisin à l’est, issu de la colonisation britannique, et revendique une large partie de son territoire. Un contentieux aussi vieux que les États eux-mêmes, transmis de génération en génération comme un héritage encombrant.

Une histoire de cartes et de colonies

Tout commence bien avant l’indépendance des deux pays. Dès le XVIIe siècle, des colons britanniques s’installent sur les côtes de ce qui deviendra le Belize — alors appelé Honduras britannique — pour exploiter le bois précieux, notamment l’acajou. L’Espagne, qui contrôle la région, tolère difficilement cette présence mais ne parvient jamais à l’éliminer complètement.

Quand le Guatemala accède à l’indépendance en 1821, il hérite — selon lui — de tous les territoires relevant de l’ancienne Audience royale de Guatemala, institution coloniale espagnole. Le Honduras britannique en ferait partie. Problème : les Britanniques ne l’entendent pas de cette oreille, et continueront à administrer le territoire jusqu’à ce que le Belize proclame son indépendance le 21 septembre 1981.

Le Guatemala refuse d’abord de reconnaître ce nouvel État, maintenant sa revendication sur la quasi-totalité du territoire bélizien — soit environ 12 000 km², la moitié du pays. Une situation d’autant plus tendue que le Belize, petit pays de moins de 400 000 habitants, se retrouve coincé entre la mer des Caraïbes et un voisin bien plus puissant.

Des décennies de tensions, puis le dialogue

Pendant des décennies, la frontière est une ligne de friction. Des soldats guatémaltèques et des forces britanniques stationnées au Belize se font face. Des escarmouches éclatent, des incidents diplomatiques se multiplient. Les habitants des zones frontalières vivent dans une incertitude permanente quant au statut de leurs terres.

Ce n’est qu’en 1991 que le Guatemala reconnaît officiellement l’indépendance du Belize — un premier pas considérable. Cependant, reconnaître l’existence d’un État ne signifie pas renoncer à ses revendications territoriales. Le Guatemala maintient ses prétentions, et les négociations bilatérales s’enlisent pendant encore des années.

L’Organisation des États américains (OEA) joue alors un rôle de médiateur, instaurant une zone adjacente démilitarisée de part et d’autre de la frontière et facilitant des discussions techniques. Le conflit reste pacifique, mais politiquement, la question est un sujet brûlant dans les deux pays — surtout au Guatemala, où le dossier bélizien est enseigné dans les écoles et demeure un symbole de territoire perdu.

2019 : une solution inédite dans l’histoire diplomatique

En 2019, quelque chose d’inédit se produit. Les deux pays s’accordent pour soumettre leur différend à la Cour internationale de Justice — et décident de consulter leurs propres citoyens avant d’y aller. Des référendums populaires sont organisés simultanément des deux côtés de la frontière.

Les Guatémaltèques approuvent la démarche à plus de 95 %. Les Béliziens, avec un enthousiasme plus mesuré mais net, disent eux aussi oui. C’est la première fois dans l’histoire du droit international qu’un litige territorial est soumis à la CIJ à la suite de deux votes populaires simultanés. Un précédent remarquable, salué par la communauté internationale.

La procédure est désormais en cours devant la CIJ, dont le siège est à La Haye. Les deux parties ont déposé leurs mémoires, présenté leurs arguments historiques, juridiques et géographiques. La décision finale, attendue dans les prochaines années, sera contraignante pour les deux États — ils s’y sont engagés.

À retenir : pour la première fois depuis deux siècles, la frontière entre le Belize et le Guatemala pourrait être tracée définitivement — non pas par les armes ou les traités imposés, mais par un jugement de droit international accepté librement par les deux peuples.

Un modèle pour le monde ?

Ce qui rend cette affaire fascinante, ce n’est pas seulement son ancienneté ou la complexité de ses arguments juridiques. C’est la méthode choisie : deux petits pays, sans ressources militaires comparables aux grandes puissances, ont décidé de faire confiance au droit plutôt qu’à la force. Et d’impliquer leurs citoyens dans cette décision.

Dans un monde où les conflits frontaliers dégénèrent trop souvent en affrontements armés, le dossier Belize–Guatemala offre une alternative concrète et encourageante.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.