Le Mexique vient de franchir un nouveau pas dans son soutien à Cuba. Le 3 avril 2026, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a officialisé une enveloppe de 588 millions de pesos mexicains — soit environ 32 millions d’euros — destinée à financer la deuxième phase du programme agricole « Sembrando Vida » sur l’île.
Un geste de solidarité régionale qui ne manque pas d’ambition, mais qui soulève aussi de vraies questions sur son efficacité dans un pays aux prises avec une crise structurelle profonde.
Un cadre institutionnel solide
Cette deuxième phase a été formalisée le 31 mars 2026 via l’Agence mexicaine de coopération internationale pour le développement (AMEXCID). Les fonds sont acheminés sous forme de don via le Fonds Mexique, avec la participation de trois institutions : la Banque nationale de commerce extérieur (BANCOMEXT), le Secrétariat aux Relations extérieures et la Banque du Bien-être. Un dispositif institutionnel robuste, conçu pour garantir la traçabilité des ressources publiques engagées.
Comment fonctionne le programme sur le terrain ?
« Sembrando Vida » — littéralement « Semer la vie » — repose sur un modèle simple mais concret : chaque agriculteur bénéficiaire reçoit des intrants agricoles, une assistance technique régulière et un soutien économique mensuel, dans le but d’encourager la culture de denrées alimentaires de base et de fruits.
À Cuba, le programme était déjà actif dans les provinces d’Artemisa et de Mayabeque, où il bénéficiait à environ 5 000 paysans. Cette nouvelle phase étend son périmètre à la province de Villa Clara, élargissant ainsi sa portée géographique sur l’île.
Une stratégie d’exportation sociale rodée
Ce n’est pas la première fois que le Mexique déploie ce modèle hors de ses frontières. « Sembrando Vida » a déjà été mis en œuvre au Salvador, au Honduras, au Guatemala et au Belize, avec pour objectif affiché de réduire la migration forcée en créant des conditions de vie viables dans les zones rurales.
Au total, plus de 40 000 agriculteurs ont bénéficié du programme à l’étranger, et le Mexique a investi plus de 138 millions d’euros au cours de la dernière décennie dans des initiatives similaires en Amérique centrale et dans les Caraïbes.
L’AMEXCID présente ces projets non pas comme de simples dons, mais comme des « investissements stratégiques pour la stabilité régionale » — une formule qui dit beaucoup de la vision mexicaine de sa diplomatie de développement.
Cuba dans la tourmente : une aide qui arrive au plus mauvais moment — ou au meilleur
Le contexte dans lequel s’inscrit cette initiative est celui d’une crise multiple à Cuba. La production agricole est en recul continu, les importations alimentaires se heurtent à des difficultés croissantes, et les pannes d’électricité à répétition paralysent autant la vie quotidienne que les capacités productives du secteur agricole.
Depuis le début de l’année 2026, le Mexique a déjà envoyé quatre chargements d’aide humanitaire à La Havane, représentant plus de 96 tonnes d’aliments. « Sembrando Vida » s’inscrit donc dans une solidarité bilatérale qui va bien au-delà du seul cadre agricole.
Des résultats qui restent à prouver
Pour autant, l’enthousiasme n’est pas unanime. Plusieurs analystes avertissent que l’efficacité du programme pourrait être sérieusement compromise par les contraintes structurelles bien connues du système agricole cubain : pénurie chronique de carburant, manque de fertilisants, rigidités dans la gestion productive. Autant de freins que ni les intrants mexicains ni l’assistance technique ne peuvent lever seuls.

