Organisation des États américains et Venezuela : un discours de coopération sur fond de rapports de force

Dans un message publié sur le réseau social X le 8 janvier 2026, Albert Ramdin, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), se félicite d’un « échange constructif » avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, consacré à la situation au Venezuela et aux « défis profonds » auxquels le pays et la région sont confrontés.

Un post à la tonalité très diplomatique, qui en dit pourtant long sur les rapports de force à l’œuvre dans la Grande Caraïbe et les Amériques.

Une organisation régionale au cœur des équilibres politiques

Créée en 1948, l’OEA regroupe 35 États des Amériques. Officiellement, sa mission est simple et ambitieuse : promouvoir la démocratie, les droits humains, la sécurité et le développement. Dans les faits, l’organisation est depuis longtemps traversée par des lignes de fracture politiques, idéologiques et géostratégiques, en particulier dès qu’il s’agit du Venezuela, de Cuba ou du Nicaragua.

Le message du secrétaire général rappelle que l’OEA se présente comme un « forum dirigé par les États membres », ouvert au dialogue et à l’action coopérative. Sur le papier, c’est incontestable. Dans la réalité, le poids des États-Unis y reste déterminant, financièrement, diplomatiquement et politiquement.

Venezuela : un dossier toujours piloté depuis Washington

Le choix de mettre en avant cet échange avec Marco Rubio n’est pas anodin. Ancien sénateur de Floride, proche des milieux antichavistes et désormais chef de la diplomatie américaine, il incarne une ligne dure vis-à-vis du pouvoir vénézuélien.

Quand l’OEA parle du Venezuela avec les Etats-Unis, le cadre est déjà largement fixé : pression internationale, isolement du régime, transition politique souhaitée, stabilité régionale sous surveillance.

Le post insiste sur la « volonté d’assister les États membres » dans leurs efforts collectifs pour la paix et la prospérité du peuple vénézuélien. Un vocabulaire consensuel, qui masque mal une réalité plus brutale : l’OEA n’a aujourd’hui ni les moyens ni l’unité politique pour imposer une solution inclusive acceptée par toutes les parties.

Une crédibilité régionale fragilisée

Dans une partie de la Caraïbe et de l’Amérique latine, l’OEA est perçue comme une organisation alignée sur les priorités américaines, surtout depuis les crises successives au Venezuela et l’exclusion de fait de certains gouvernements des espaces de dialogue. Cette perception affaiblit sa capacité à jouer un rôle de médiateur crédible, notamment face à d’autres acteurs régionaux ou extra-régionaux de plus en plus présents.

Le message du secrétaire général cherche clairement à réaffirmer l’utilité de l’OEA comme espace de dialogue ouvert et multilatéral. C’est une nécessité stratégique pour l’institution. Reste à savoir si les États membres, eux, y croient encore réellement.

Un signal politique plus qu’une annonce concrète

Ce post sur X n’annonce aucune initiative nouvelle, aucun calendrier, aucun mécanisme précis. Il s’agit avant tout d’un signal politique : montrer que l’OEA reste dans le jeu diplomatique, qu’elle parle avec Washington, et qu’elle continue de se positionner comme un acteur central sur le dossier vénézuélien.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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