Une présence qui saute aux yeux. Un iguane dans le jardin, un autre qui traverse la rue. Je vois de plus en plus d’iguanes en Guadeloupe, ces derniers mois.
Selon les services de l’État et les travaux de l’Union internationale pour la conservation de la nature, la multiplication des iguanes observée en Guadeloupe est largement liée à la progression d’une espèce non native, introduite par l’homme et particulièrement adaptée aux milieux habités. L’impression d’invasion est donc bien réelle… Cependant, elle mérite d’être expliquée.
Il faut distinguer clairement les espèces :
- Iguana delicatissima, l’iguane des Petites Antilles : Espèce endémique, historiquement présente en Guadeloupe. Elle est aujourd’hui menacée et strictement protégée. Ses populations se concentrent surtout dans des zones préservées comme Petite-Terre.
- Iguana iguana, l’iguane vert : Originaire d’Amérique centrale et du Sud, il a été introduit dans la Caraïbe. C’est lui que l’on voit le plus souvent dans les jardins, sur les routes, dans les arbres urbains.
Si les iguanes sont aujourd’hui partout, c’est parce que l’iguane vert coche toutes les cases de l’espèce envahissante :
- reproduction rapide et régulière
- grande capacité d’adaptation
- alimentation facile dans les jardins, parcs et zones agricoles
- très peu de prédateurs naturels en milieu urbanisé
Résultat : sa population augmente vite, sans réel frein naturel.
Urbanisation et jardins, un terrain idéal
L’extension des zones habitées joue clairement en leur faveur. Haies, arbres fruitiers, potagers, points d’eau artificiels : tout est réuni pour leur offrir abri et nourriture.
Contrairement à l’iguane endémique, plus discret et exigeant, l’iguane vert s’installe sans difficulté au cœur des espaces humains.
Le problème n’est pas seulement visuel ou anecdotique. L’iguane vert :
- concurrence l’iguane des Petites Antilles pour la nourriture et l’espace
- peut s’hybrider avec lui, mettant en danger son patrimoine génétique
- accélère le déclin d’une espèce déjà fragile
Les scientifiques parlent d’un risque réel de disparition locale si rien n’est fait à long terme.
En Guadeloupe, tous les iguanes ne sont pas logés à la même enseigne :
- l’iguane des Petites Antilles est strictement protégé
- l’iguane vert fait l’objet de mesures de gestion et de contrôle, encadrées par l’État
La confusion entre les deux espèces complique souvent les actions sur le terrain.
S’il y a de plus en plus d’iguanes en Guadeloupe, ce n’est pas le signe d’une biodiversité en pleine forme. C’est surtout le symptôme d’un déséquilibre écologique, causé par l’introduction d’une espèce invasive qui prospère là où l’espèce endémique recule.




