C’est dans un cadre pour le moins symbolique — le Trump National Doral Golf, propriété personnelle du président américain — que Donald Trump a réuni douze dirigeants latino-américains et caribéens le 7 mars pour le Sommet du Bouclier des Amériques, première rencontre multilatérale organisée par son administration depuis le début de son second mandat.
Plusieurs chefs d’État, responsables militaires et acteurs de la sécurité régionale étaient au rendez-vous de cet événement qui dit beaucoup sur les recompositions géopolitiques en cours dans la Grande Caraïbe et au-delà.
Une coalition née sous tension
L’agenda du sommet s’est articulé autour de 3 axes principaux :
- lutter contre le narcotrafic et les cartels
- freiner la migration irrégulière
- contrecarrer l’influence de la Chine, de la Russie et de l’Iran dans l’hémisphère occidental.
Trump a annoncé lors de sa prise de parole la création d’une alliance militaire pour éradiquer les cartels, évoquant l’utilisation de la force militaire létale pour détruire les cartels et les réseaux terroristes.
Le sommet ne s’est pas tenu dans un vide géopolitique : il a eu lieu dans un contexte particulièrement tendu, une semaine après le déclenchement des frappes américaines contre l’Iran.
Qui était là — et qui a refusé de venir
Parmi les participants : Javier Milei (Argentine), Nayib Bukele (El Salvador), Daniel Noboa (Équateur), Santiago Peña (Paraguay), Rodrigo Chaves (Costa Rica), José Raúl Mulino (Panama) et José Antonio Kast, président élu du Chili.
A noter la présence de Trinidad-and-Tobago, représentée par sa Première ministre Kamla Persad-Bissessar. Ce n’est pas un hasard. Partisane fervente des actions américaines dans la région, elle avait déjà salué l’approche de Washington en matière de lutte contre la drogue, l’immigration illégale et le trafic d’armes Et ce positionnement a un précédent concret : Trinidad-and-Tobago avait donné accès à l’armée américaine à l’approche de l’opération qui a renversé Nicolás Maduro — depuis la côte trinidadienne, le Venezuela est visible à l’œil nu.
La République dominicaine et le Guyana étaient également présents — deux pays aux poids géopolitiques croissants dans l’espace caribéen et sud-américain
Cependant, la liste des absents en dit tout autant. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, tous deux de gauche, ont brillé par leur absence. Or, sans le Mexique et le Brésil, il sera difficile de s’attaquer réellement aux problèmes de criminalité organisée, selon les experts.
La Charte de Doral et le vrai message à Pékin
Les invités ont été réunis pour signer la « Charte de Doral », un document censé défendre le droit des peuples latino-américains à prendre leur destin en main sans ingérence extérieure — autrement dit, faire cause commune contre la Chine, accusée d’ingérence économique via ses Routes de la Soie.
Le Panama a d’ailleurs déjà retiré sa signature de l’Initiative Ceinture et Route en janvier 2026, et l’Équateur a autorisé l’installation d’une base militaire américaine sur son territoire.
Le timing n’est pas anodin : ce sommet s’est tenu quelques semaines avant le départ prévu de Trump pour une visite officielle à Pékin, son premier déplacement en Chine depuis son retour au pouvoir.
Cuba, Venezuela : les dossiers chauds
Trump a consacré une partie importante de son discours à Cuba, déclarant que l’île vivait ses « derniers instants » et qu’il négociait directement avec La Havane par l’intermédiaire du secrétaire d’État Marco Rubio, d’origine cubaine. Il n’a pas exclu ce qu’il a qualifié de « prise de contrôle amicale » de l’île.
Par ailleurs, Trump a officiellement reconnu le gouvernement de Delcy Rodríguez au Venezuela, un pays qui connaît depuis des mois un processus de transition sous tutelle américaine depuis l’arrestation de Nicolás Maduro.
La CARICOM fracturée
Le sommet de Miami a révèlé une fracture profonde au sein de la communauté caribéenne. D’un côté, des pays comme Trinidad-and-Tobago s’alignent sur Washington. De l’autre, la majorité des membres de la Communauté caribéenne (CARICOM) gardent leurs distances — liés historiquement à Cuba, inquiets de la souveraineté régionale, et méfiants face à une doctrine qui légitime l’usage de la force militaire américaine pour résoudre des problèmes internes dans les pays partenaires.
Un sommet clivant par nature
À la différence du Sommet des Amériques lancé en 1994 sous Bill Clinton, qui misait sur une intégration régionale inclusive, le Bouclier des Amériques établit des critères de participation basés sur l’affinité politique avec Washington, marquant un tournant majeur dans la diplomatie régionale américaine.
Le scénario d’une région plus fragmentée se confirme : les gouvernements de droite se rapprochant de Washington, tandis que les gouvernements de gauche maintiendraient ou renforceraient leurs liens avec Pékin.

