Sécurité alimentaire en retrait, filières agricoles sous tension, prix alimentaires toujours élevés… La Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF), via la publication Agreste Conjoncture Guadeloupe – octobre-novembre 2025, dresse un état des lieux sans détour de la situation sanitaire, agricole et économique du territoire.
Sécurité alimentaire : la Guadeloupe en queue de classement
En 2024, 368 inspections sanitaires ont été réalisées par le service ALIMentation de la DAAF (SALIM) dans 236 établissements de Guadeloupe. Ces contrôles concernent les abattoirs, les entreprises agro-alimentaires, les restaurants et la restauration collective. Au total, 311 évaluations ont porté spécifiquement sur les denrées alimentaires d’origine animale
Les établissements sont classés de A (maîtrise des risques) à D (perte de maîtrise). Le constat est clair :la Guadeloupe est la région française — DOM compris — qui enregistre le plus de mises en demeure (niveau C) et de fermetures administratives (niveau D). Toutes les régions étant soumises aux mêmes règles sanitaires, ce résultat traduit un niveau d’hygiène globalement insuffisant, notamment dans certaines filières sensibles.
Banane : une fin d’année exceptionnellement dynamique à l’export
La filière banane affiche une performance notable. Entre les semaines 39 et 46 de 2025, les exportations guadeloupéennes sont supérieures de 16 % à la moyenne 2020-2024. En novembre, les volumes restent 9 % au-dessus des tendances saisonnières. Cette dynamique s’explique en grande partie par une activité cyclonique plus faible que les années précédentes, permettant à la filière de se rapprocher de ses objectifs de production et d’exportation.
Production animale : contrastes marqués entre filières
La fin d’année profite partiellement à la filière porcine. Entre octobre et novembre 2025, les abattages de porcs augmentent de 5 %, soit 30 tonnes supplémentaires par rapport à novembre 2024. Une progression qui reste toutefois fragile face à la concurrence persistante des produits importés.
Côté bovins, la tendance est nettement moins favorable : les volumes d’abattage continuent de reculer, dans la continuité d’une baisse observée depuis plusieurs années.
Fruits et légumes : des prix toujours sous pression
Les prix à la consommation restent élevés en période d’hivernage, avec quelques exceptions notables entre octobre et novembre 2025. Sur le marché de Gourdeliane :
- Concombre : prix en hausse en fin d’année, liés aux précipitations
- Patate douce : entrée en période de forte productivité, avec des prix inférieurs aux années précédentes
- Tomate : prix en baisse par rapport à 2024, tout en restant au-dessus des niveaux historiques
- Ananas : hausse des prix malgré un pic de production.
Dans les grandes et moyennes surfaces comme sur les marchés, certains produits connaissent de fortes variations : le persil enregistre par exemple une hausse de 85 % sur les marchés en novembre, tandis que la christophine affiche des baisses continues.
Un signal clair pour le territoire
Derrière la diversité des indicateurs, un message s’impose. La Guadeloupe doit relever simultanément trois défis majeurs :
- améliorer son niveau de sécurité sanitaire
- renforcer la résilience de ses filières agricoles face aux aléas climatiques
- contenir la pression des prix alimentaires sur les ménages.
Les chiffres d’Agreste ne sont pas là pour rassurer, mais pour alerter. Ignorer ces signaux reviendrait à accepter un déclassement durable du territoire sur des enjeux pourtant essentiels : santé publique, souveraineté alimentaire et pouvoir d’achat.




