Souvenez-vous de PetroCaribe : quand le pétrole du Venezuela finançait la région

Pendant plus d’une décennie, un mot a pesé lourd dans les équilibres politiques, sociaux et économiques de la Caraïbe : PetroCaribe. Un dispositif discret pour certains, vital pour d’autres. Et aujourd’hui encore, impossible de comprendre plusieurs crises caribéennes sans revenir à ce mécanisme.

PetroCaribe, c’était quoi exactement ?

Lancé en 2005 par le Venezuela d’Hugo Chávez, PetroCaribe proposait aux pays caribéens d’acheter du pétrole à des conditions ultra-avantageuses. Concrètement : une partie de la facture était payée immédiatement, le reste transformé en prêt à long terme, à faible taux, parfois remboursable sur vingt-cinq ans. Ce différé de paiement libérait des liquidités. Beaucoup de liquidités.

Un ballon d’oxygène pour les économies caribéennes

Pour des États très dépendants des importations énergétiques, PetroCaribe a été un soulagement immédiat. Haïti, Jamaïque, République dominicaine, mais aussi des États de l’OECS ont pu financer :

  • des infrastructures
  • des programmes sociaux
  • des subventions sur les carburants et l’électricité

Dans certains pays, PetroCaribe représentait plusieurs points de PIB par an. Autant dire un pilier budgétaire, même s’il n’était pas toujours affiché comme tel.

Quand l’économie devient politique

PetroCaribe n’était pas un simple accord commercial. C’était un outil d’influence régionale.
En échange de cette manne énergétique, le Venezuela consolidait des soutiens diplomatiques, notamment dans les votes internationaux ou au sein d’organisations régionales.

Cela a renforcé une géopolitique caribéenne alternative, moins alignée sur les Etats-Unis au moins temporairement.

Haïti, le cas le plus explosif

C’est en Haïti que l’héritage de PetroCaribe est devenu le plus inflammable. Des milliards de dollars auraient transité par le fonds PetroCaribe. Une partie a servi à financer des projets publics. Une autre s’est perdue dans des circuits opaques, des projets inachevés, des soupçons massifs de corruption.

Le slogan “Kot kòb PetroCaribe a ?” devient un cri politique. Les manifestations contre la corruption, la chute de plusieurs gouvernements et l’instabilité chronique du pays sont directement liées à cet héritage mal digéré.

L’effondrement du modèle

À partir de 2015–2016, tout se grippe. La production pétrolière vénézuélienne s’effondre. Les sanctions internationales se durcissent. Les livraisons deviennent irrégulières, puis s’arrêtent. Du jour au lendemain, les États caribéens doivent :

  • payer leur énergie au prix du marché
  • combler des trous budgétaires énormes
  • affronter la colère sociale liée à la hausse des prix.

PetroCaribe disparaît sans véritable plan B régional.

PetroCaribe appartient au passé, mais ses effets structurent encore le présent. Il a montré la fragilité énergétique de la Caraïbe, la dépendance aux solutions externes et le danger des ressources faciles sans gouvernance solide. Il a aussi laissé une question toujours ouverte : comment financer le développement caribéen sans retomber dans la dépendance, qu’elle soit pétrolière, financière ou géopolitique ?

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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