Fin 2016, à Cuba, des diplomates américains en poste à l’ambassade des États-Unis commencent à signaler des symptômes inhabituels. Un bruit aigu, parfois décrit comme un bourdonnement ou un sifflement, suivi de maux de tête, de vertiges, de troubles cognitifs. Très vite, l’affaire prend une ampleur mondiale. Elle sera connue sous le nom de « syndrome de La Havane ».
Les personnes touchées évoquent des troubles persistants : pertes d’équilibre, difficultés de concentration, fatigue chronique. Plusieurs diplomates sont rapatriés, certains ne reprendront jamais leurs fonctions. Le malaise est réel, documenté médicalement. La question n’a jamais porté sur l’existence des symptômes, mais sur leur origine.
L’hypothèse explosive de l’attaque ciblée
Dans un contexte diplomatique déjà fragile entre Cuba et les États-Unis, une thèse s’impose rapidement dans l’espace public : celle d’une attaque délibérée. Arme acoustique, micro-ondes, technologie secrète. Le scénario est spectaculaire, anxiogène, politiquement inflammable.
Washington réduit drastiquement son personnel diplomatique à La Havane, suspend des services consulaires et déconseille les voyages. Le Canada, dont des diplomates sont également touchés, suit avec prudence. Le climat de défiance s’installe durablement.
Pendant plusieurs années, agences de renseignement, chercheurs et médecins se penchent sur le dossier. Les résultats sont déconcertants. Aucune preuve matérielle d’une arme n’est établie. Aucun dispositif n’est identifié. Les hypothèses se multiplient : stress intense en milieu diplomatique, phénomènes acoustiques environnementaux, troubles neurologiques multifactoriels.
En 2023, un rapport coordonné du renseignement américain tranche clairement pour la majorité des cas : l’hypothèse d’une attaque étrangère est jugée très improbable. Un recul net par rapport aux déclarations initiales.
Une affaire révélatrice d’une époque
Le « syndrome de La Havane » reste un cas d’école. Il montre comment un événement médical mal compris peut devenir un incident diplomatique majeur. Il illustre aussi la rapidité avec laquelle la peur technologique peut nourrir des récits de guerre invisible, surtout dans des relations internationales déjà sous tension.
- Pour Cuba, l’affaire a été un coup dur supplémentaire dans un moment où un timide réchauffement avec les Etats-Unis semblait possible.
- Pour les États-Unis, elle a mis en lumière les limites de l’expertise scientifique face à la pression politique et médiatique.
Le bruit dans les oreilles a cessé d’être au centre de l’actualité, mais l’épisode continue de hanter les chancelleries. Il a changé durablement les protocoles de sécurité dans les ambassades et renforcé une culture de suspicion.




