La Guadeloupe reste fortement dépendante de l’extérieur pour nourrir sa population. C’est l’un des constats majeurs dressés par l’Agreste – Conjoncture Guadeloupe 2022-2024, la publication statistique officielle de la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt Guadeloupe parue en janvier 2026.
Malgré la résilience de certaines filières agricoles, la baisse de la production locale, les aléas climatiques répétés et la hausse des coûts fragilisent durablement la souveraineté alimentaire du territoire.
Définition
Avant d’évoquer le bilan conjoncturel des productions végétales et animales de 2022 à 2024, je me dois de vous livrer une définition de la souveraineté alimentaire. Cette expression désigne le droit d’un territoire, d’un pays ou d’un peuple à décider de sa politique agricole et alimentaire, sans dépendre excessivement de l’extérieur.
Concrètement, cela signifie la capacité à :
- produire une part significative de sa propre alimentation
- soutenir une agriculture locale viable économiquement
- protéger les terres agricoles, les savoir-faire et les filières stratégiques
- garantir un accès durable à une alimentation suffisante, saine et culturellement adaptée.
La souveraineté alimentaire ne se confond pas avec l’autosuffisance totale. Un territoire peut importer une partie de ses denrées tout en restant souverain, dès lors que ces importations ne mettent pas en danger sa sécurité alimentaire ni ses producteurs locaux.
Dans un territoire insulaire comme la Guadeloupe, la souveraineté alimentaire renvoie directement à des enjeux de dépendance aux importations, de résilience face aux crises climatiques et logistiques, et de choix politiques à long terme sur le modèle agricole.
Une dépendance structurelle aux importations alimentaires
Les chiffres livrés dans l’Agreste – Conjoncture Guadeloupe 2022-2024 sont sans ambiguïté.
En 2024, 56 % des légumes consommés en Guadeloupe proviennent de France métropolitaine. Plus largement, 79 % des légumes importés sont produits en Europe, contre seulement 8 % issus de la Caraïbe.
Pour les fruits, la situation diffère légèrement : 58 % des fruits importés arrivent du continent américain, mais la part caribéenne reste marginale, autour de 5 %. L’Europe, et en particulier la France hexagonale, demeure un fournisseur clé.
Cette dépendance s’explique par une équation simple : une population en légère baisse (-0,5 % par an depuis 2016 selon l’INSEE), mais des besoins alimentaires constants, combinés à une production locale insuffisante pour couvrir la demande.
Production locale sous pression, importations en hausse
En 2022, malgré une conjoncture économique et climatique difficile, la production locale de fruits et légumes est restée stable autour de 41 360 tonnes. Cette stabilité n’a cependant pas suffi à compenser les besoins.
Résultat : les importations ont augmenté. 38 921 tonnes de fruits et légumes ont été importées, soit +5 % par rapport à 2021, une hausse tirée principalement par les légumes (+10 %), avec des produits emblématiques comme la tomate, dont les importations ont bondi de 39 %.
En 2023, la tendance s’est accentuée :
- +20 % de hausse moyenne des prix des fruits et légumes
- +30 % pour les légumes, dans un contexte de hausse continue des coûts de production
- Importations toujours en progression pour compenser une offre locale sous tension.
Des prix en forte hausse pour les producteurs comme pour les consommateurs
La flambée des prix est l’un des marqueurs forts de la période 2022-2024. Sur les marchés de gros, en grandes et moyennes surfaces comme sur les marchés de plein air, la hausse est généralisée.
Parlons de l’année 2024.
- Les prix des fruits augmentent de 18,5 %, la plus forte progression observée.
- Les légumes poursuivent leur hausse dans un contexte inflationniste persistant.
- Sur le marché de Gourdeliane, les prix atteignent jusqu’à 3,6 €/kg pour les fruits et 2,9 €/kg pour les légumes.
Cette évolution touche autant les produits locaux que les produits importés, signe que la crise est systémique et liée aux coûts globaux de production, de transport et d’énergie.
Le climat, facteur aggravant majeur
Les conditions météorologiques jouent un rôle central dans la fragilisation de l’agriculture guadeloupéenne.
Entre 2022 et 2024, le territoire a subi une succession d’événements extrêmes : tempêtes, ouragans, pluies intenses et températures record. Quelques repères clés :
- 2022 : tempête Fiona, avec 5,7 M€ de pertes de récoltes toutes filières confondues
- 2023 : tempête Philippe et ouragan Tammy, impact direct sur les cultures légumières
- 2024 : année la plus chaude depuis 30 ans, avec des températures records dans 95 % des stations météo et des pluies exceptionnellement abondantes, notamment en Grande-Terre.
Ces épisodes ont entraîné une baisse de la production locale, une hausse des importations (+2,4 % en 2024) et un effondrement des exportations agricoles (-44 %), en particulier pour le melon.
Au final, le constat dressé par Agreste est clair : la Guadeloupe ne parvient toujours pas à couvrir ses besoins alimentaires essentiels, notamment en fruits et légumes frais. La combinaison de facteurs climatiques, économiques et structurels continue d’éroder la capacité productive locale, tandis que les importations deviennent un mécanisme de compensation de plus en plus central.
Photo de couverture : Douanes – SICIA – Code nomenclatuire douanière du SH – Traitement DAAF /SIG




