Venezuela, Cuba, Nicaragua : la « troïka anti-américaine » plus que jamais menacée

Le terme « troïka » a été popularisé par l’administration américaine à partir de 2018 pour désigner trois régimesVenezuela, Cuba, Nicaragua – considérés comme hostiles, autoritaires et coordonnés dans la région amérique.

L’expression « troïka anti-américaine » désigne ainsi le regroupement politique et idéologique informel de ces trois pays qui appartiennent à la Grande Caraïbe, d’où ce billet de blog. Ils sont d’accord sur deux piliers :

  1. le rejet de l’hégémonie politique et économique des États-Unis en Amérique latine
  2. une solidarité diplomatique et stratégique face aux pressions internationales.

Ils se soutiennent mutuellement à l’ONU, dans leurs discours publics et par des mécanismes comme l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) et, historiquement, PetroCaribe – un programme de livraisons pétrolières à crédit initié par Caracas.

Un contrepoids politique aux Etats-Unis né dans les années 2000

Venezuela : Avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez, Caracas s’est détaché de l’ordre américain traditionnel en promouvant le « socialisme du XXIᵉ siècle ». Le pays a investi massivement dans des alliances régionales pour contrer l’influence américaine.

Cuba : Isolée depuis la révolution de 1959, Cuba a trouvé dans le Venezuela de Chávez un partenaire énergétique crucial après l’effondrement de son soutien soviétique. À partir des années 2000, La Havane a offert expertise médicale, intelligence et diplomatie en échange de pétrole à prix réduit.

Nicaragua : Sous Daniel Ortega (en photo de couverture), Managua a opéré un tournant pro-chaviste après son retour au pouvoir dans les années 2000. L’État s’est aligné sur Caracas dans les organisations régionales et a adopté un discours résolument anti-américain.

La troïka s’est consolidée autour de l’ALBA, une structure de coopération née en 2004, portée par Hugo Chávez et Fidel Castro, fondée pour contrer les modèles néolibéraux promus par Washington.

À son apogée dans les années 2010-début 2020, ce bloc avait un impact tangible sur les votes diplomatiques, les lignes officielles des gouvernements et les alliances dans la Caraïbe orientale.

Depuis quelques années déjà, la cohésion des trois pays montrait des signes de faiblesse.

1. Le Venezuela est à court de ressources : La crise économique structurelle, aggravée par des années de sanctions, a réduit la capacité de Caracas à financer ses partenaires. La principale ressource qui a historiquement soutenu le bloc – le pétrole – n’est plus un réel levier.

2. Cuba est en crise systémique : La pénurie de biens essentiels, l’effondrement du tourisme et l’exode de jeunes qualifiés ont sapé la légitimité du régime. Le consensus interne est fragile, l’opposition sociale monte sporadiquement.

3. Le Nicaragua s’isole davantage : Managua persiste dans l’alignement idéologique, mais au prix de relations tendues avec les voisins régionaux et des critiques sévères de la part d’organisations internationales pour répression et atteintes aux droits humains.

Et Maduro fut kidnappé

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces armées des États-Unis ont mené une attaque militaire d’envergure au Venezuela, baptisée Operation Absolute Resolve. Elles ont bombardé des positions autour de Caracas et capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores qui font désormais face à des inculpations fédérales pour narcoterrorisme et trafic de drogue.

Washington affirme agir sur la base d’accusations pénales anciennes et de menaces à la sécurité, mais l’opération apparaît comme une violation flagrante de la souveraineté nationale et du droit international.

L’impact sur la troïka est profond : un événement de ce type n’est pas seulement une crise pour Caracas, c’est une secousse stratégique pour l’ensemble du bloc, car il remet en question la capacité de la troïka à protéger ses dirigeants et à peser sur la scène internationale.

Et Cuba fut menacée

Le gouvernement cubain, par la voix du président Miguel Díaz-Canel, a qualifié l’opération militaire américaine du 3 janvier d’« acte criminel d’agression », de « terrorisme d’État » et « violation brutale du droit international ». Díaz-Canel a dénoncé un « assaut contre la zone de paix » de l’Amérique latine et exigé une réaction urgente de la communauté internationale. Cuba a soutenu sans réserve le Venezuela, affirmant sa solidarité et sa détermination à défendre la souveraineté vénézuélienne.

Par ailleurs, lors de ce kidnapping, des membres des forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines qui protégeaient Maduro ont été tués. Le gouvernement cubain a officiellement annoncé la mort de 32 de ses citoyens, des membres des forces armées et du ministère de l’Intérieur, qui étaient présents au Venezuela à la demande du gouvernement vénézuélien pour des missions de sécurité (y compris la protection personnelle de Maduro). Cuba a déclaré deux jours de deuil national les 5 et 6 janvier.

Le 4 janvier, le président américain Donald Trump a déclaré à des journalistes à bord d’Air Force One que Cuba « semble prête à tomber » (« Cuba looks like it is ready to fall »), en raison de la perte de son principal soutien économique (le pétrole vénézuélien). Il a ajouté qu’une intervention militaire n’était probablement pas nécessaire, car le régime cubain était affaibli et « sans revenus ». Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio ont évoqué Cuba comme un problème majeur, dans la continuité de l’opération au Venezuela. Ces déclarations ont été interprétées comme une menace implicite envers le gouvernement cubain.

En réponse, Díaz-Canel a réaffirmé que « la détermination de Cuba à lutter est ferme et inébranlable », et que le pays est prêt à verser « même son sang » pour défendre ses principes, comme il l’a fait pour le Venezuela. Des manifestations de solidarité avec le Venezuela ont eu lieu à La Havane.

Aujourd’hui, la troïka est à un tournant, une phase de transformation forcée, potentiellement décisive pour l’avenir géopolitique de la Grande Caraïbe.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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