Rapport d’activités 2025 de la DEAL de Guadeloupe : une avalanche de statistiques (très) préoccupantes

La Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de Guadeloupe vient de publier son rapport d’activités 2025.

48 pages, signées par son directeur Jean-Yves Saussol, qui couvrent 3 territoires : la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

Le document, dense en chiffres, dresse l’inventaire d’une année marquée par :

  • les suites de l’effondrement de la carrière Société Antillaise De Granulats (SADG) à Deshaies
  • le renouvellement de 6 plans de prévention des risques naturels
  • l’approbation du premier Schéma de cohérence territoriale (SCoT) de Guadeloupe
  • la remise à niveau des réseaux d’assainissement.

Ce bilan en dit long sur les fragilités de l’archipel, et sur la place singulière que la Guadeloupe occupe dans la gouvernance environnementale de la Grande Caraïbe.

Une administration de 240 agents et 69 millions d’euros

La DEAL emploie 240 agents, dont 18 relèvent du ministère de l’Intérieur. La structure des effectifs est celle d’une administration d’expertise : 36 % de catégorie A, 47 % de catégorie B, 17 % de catégorie C.

Côté finances, la direction pilote 13 budgets opérationnels de programme, pour 66 173 267 euros d’autorisations d’engagement et 69 301 309 euros de crédits de paiement. Un volume qui place la DEAL parmi les principaux opérateurs de la commande publique environnementale dans l’archipel.

Risques naturels : 44 zones de menace grave, 200 ménages concernés

Le chiffre le plus lourd du rapport tient en deux lignes. L’identification de 44 zones de menace grave pour les vies humaines (ZMGVH) a permis de recenser 200 ménages exposés à des risques majeurs : glissements actifs, ravines instables, inondations récurrentes.

Le rapport précise que ces ménages sont « souvent âgés et vulnérables », ce qui déplace le sujet du terrain technique vers celui de l’accompagnement social.

Pour financer la prévention, plus de 60 millions d’euros ont été mobilisés via le Fonds Barnier. La révision des plans de prévention des risques naturels de 6 communes a été finalisée, et un séminaire consacré aux milieux aquatiques et à la prévention des inondations a réuni 160 participants le 11 mars 2025.

Police de l’environnement : la pression monte sur les installations classées

L’activité de contrôle des installations classées atteint un niveau soutenu :

  • 147 sites suivis au titre de l’autorisation et de l’enregistrement
  • 111 inspections réalisées dont 32 programmées et 31 déclenchées à la suite d’un événement.

Le rapport comptabilise 30 sanctions administratives et 10 procès-verbaux, auxquels s’ajoutent 8 arrêtés complémentaires.

30 sanctions pour 111 inspections : le rapport décrit une administration qui assume désormais le registre de la sanction autant que celui du conseil.

L’illustration la plus visible reste l’opération « coup de poing » du 4 novembre 2025 contre les carrières illégales du secteur des Grands-Fonds, menée conjointement avec les forces de l’ordre. Bilan : 7 infractions pour exploitation illégale, 2 défauts d’assurance et 1 délit de travail dissimulé.

Eau et assainissement : la moitié des installations en défaut structurel

C’est le constat le plus sévère du document. L’ensemble des stations d’épuration de plus de 2 000 équivalents-habitants a été contrôlé. Résultat : des non-conformités généralisées des dispositifs d’autosurveillance et des insuffisances structurelles pour la moitié des installations. Au total, 195 contrôles ont été réalisés au titre de la police de l’eau et de la nature, en particulier sur les eaux usées.

Le rattrapage est engagé, sans être achevé. Sur les 213 millions d’euros prévus pour les actions prioritaires du plan Eau DOM sur la période 2024-2027, 107 millions d’euros ont déjà été mobilisés, soit à peine plus de la moitié à mi-parcours.

Un accompagnement du SMGEAG a par ailleurs été lancé pour régulariser 35 captages d’eau potable. La Conférence régionale des acteurs de l’eau du 21 octobre 2025, qui a réuni près de 100 participants, a pointé un contexte marqué par les tours d’eau et les stations non conformes.

Logement : 16 474 demandes pour un parc social de 40 044 logements

Au 1er janvier 2025, le parc locatif social guadeloupéen compte 40 044 logements. Face à cette offre, 16 474 demandes locatives sociales étaient enregistrées, dont 12 460 émanant de ménages hors parc social à fin 2025.

Une demande en attente pour deux logements et demi déjà construits : le ratio résume à lui seul la tension résidentielle de l’archipel.

La lutte contre l’habitat indigne repose désormais sur une donnée chiffrée : 11 624 bâtis potentiellement indignes ont été identifiés sur le territoire de trois intercommunalités, désormais cartographiés dans un outil interactif. La plateforme « Signal Logement » https://signal-logement.beta.gouv.fr/ a généré 159 signalements. 7opérations de résorption de l’habitat insalubre sont soldées ou en voie de finalisation, 4 sont opérationnelles, 5 sont en phase pré-opérationnelle.

Sur le volet adaptation, la DEAL Guadeloupe revendique la première place parmi les DROM pour le nombre d’opérations financées en faveur de l’adaptation des logements à la perte d’autonomie, avec 80 projets financés et 124 dossiers engagés. Le Service public de la rénovation de l’habitat a mobilisé 1 126 187 euros de financements et plus de 1 500 actions d’information et de conseil.

Sécurité routière : 49 morts, l’alcool en cause une fois sur deux

49 personnes ont perdu la vie sur les routes de Guadeloupe en 2025, contre 54 l’année précédente, soit une baisse de 9 %. La statistique qui suit relativise l’embellie : une personne tuée sur deux l’a été dans un accident impliquant un conducteur au-dessus du seuil légal d’alcoolémie. L’alcool figure dans 45 % des causes d’accidents, la vitesse dans 43 %, les stupéfiants dans 24 %.

La surexposition des jeunes adultes est frappante. Les 20-29 ans représentent environ 10 % de la population guadeloupéenne et 26 % des victimes d’accidents de la route, soit une surreprésentation de plus de deux fois et demie.

Du côté du contrôle des transports terrestres, 390 véhicules de marchandises et 308 véhicules de voyageurs ont été contrôlés, pour 330 infractions constatées dont 6 délits. La gestion du registre des transporteurs a donné lieu à 255 mises en demeure, 29 suspensions et 77 radiations.

Énergie : Bouillante passe de 14 à 25 MW

La transition énergétique enregistre une avancée tangible avec l’optimisation de la centrale géothermique de Bouillante, dont la capacité passe de 14 à 25 mégawatts. La mise en service de la centrale photovoltaïque de Beaugendre, 2,5 MWc implantés sur une ancienne carrière, couvre les besoins annuels d’environ 2 400 habitants.

Les dispositifs d’accompagnement suivent : 20,3 millions d’euros de primes énergie attribuées, générant 39 GWh d’économies, et 890 000 euros mobilisés pour la surveillance de la qualité de l’air. Trente-quatre projets d’énergie renouvelable ont été instruits sur l’année.

Le CAR-SPAW, tête de pont caribéenne installée à Basse-Terre

C’est le chapitre qui intéresse le plus directement l’échelle régionale. Hébergé au sein de la DEAL, le Centre d’activités régional pour les espèces et les espaces spécialement protégés est l’organe technique de la Convention de Carthagène, principal cadre juridique régional pour la protection du milieu marin dans la Grande Caraïbe.

L’année 2025 a été chargée :

  • organisation du 11e comité consultatif scientifique et technique au Panama, avec la préparation de 21 documents techniques multilingues
  • participation à la Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice en juin
  • 13e conférence des parties en Jamaïque en octobre, qui a fixé les orientations stratégiques 2026-2027.

Le CAR-SPAW coordonne surtout la composante caribéenne du réseau mondial de suivi des récifs coralliens, qui a mobilisé plus de 200 scientifiques issus de 44 pays et territoires. Le rapport régional 1970-2024 établit une diminution de près de 50 % de la couverture corallienne depuis les années 1980 et une progression des macroalgues liée à la dégradation de la qualité des eaux. Une donnée qui entre en résonance directe avec le constat dressé plus haut sur les stations d’épuration.

À la suite de la COP 13 de Kingston, le groupe de travail sargasses a été élargi à l’ensemble de la Convention de Carthagène, soit 26 pays. Le CAR-SPAW en assure l’animation et coordonne la rédaction d’un plan d’action caribéen. Un site pilote du projet SPICES est en développement à Saint-François, avec des études prévues en 2026 et une mise en service envisagée en 2028.

Transition écologique : où va l’argent

Le Fonds vert a enregistré 88 dossiers déposés, dont 34 financés, pour 200,4 millions d’euros de projets accompagnés et 7,3 millions d’euros d’aides accordées. L’écart entre les deux montants mesure l’effet de levier recherché par l’État.

Les 5 Contrats de Relance et de Transition Ecologique (CTRE) couvrent l’ensemble du territoire guadeloupéen. Les coûts prévisionnels affichés :

  • CRTE CARL : 49 972 103 euros et 50 projets
  • CRTE CAPEX : 112 951 991 euros et 57 projets
  • CRTE CANGT : 53 385 012 euros et 51 projets
  • CRTE CCMG : 72 992 337 euros et 48 projets.
  • Le CRTE Territoire entre Mers et Montagnes de Guadeloupe affiche à lui seul 152 projets, dont 92 publics et 60 privés, et 204,3 millions d’euros pour 68 projets validés.

La consultation citoyenne conduite dans le cadre de la feuille de route « 30 solutions pour 2030 » a mobilisé 6 316 foyers guadeloupéens.

À l’autre bout de l’échelle, l’appel à projets destiné au tissu associatif environnemental n’a permis de soutenir que 11 projets pour un montant global de 34 400 euros, sur une enveloppe partenariale de 185 000 euros.

Saint-Martin, année de la préfecture de plein exercice

Pour Saint-Barthélemy et Saint-Martin, 2025 restera l’année de l’installation d’une préfecture de plein exercice, effective depuis le 1er janvier.

L’unité territoriale a passé l’essentiel de l’année en gestion de crise :

  • cellules de crise énergétique pour garantir l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité
  • incendies répétés sur le site de traitement des déchets VERDE
  • pression sur la ressource en eau.

Le dossier structurant reste l’extension du port de Galisbay-Bienvenue et l’approfondissement de ses accès, dont le dossier d’autorisation environnementale a été déclaré complet en septembre 2025.

En résumé

3 lignes de force traversent ce bilan.

  • La première est celle de la vulnérabilité assumée, avec 44 zones de menace grave et 200 ménages à reloger.
  • La deuxième est celle du rattrapage des réseaux, où la moitié des stations d’épuration contrôlées présentent des insuffisances structurelles, alors même que la dégradation de la qualité des eaux est identifiée à l’échelle régionale comme un facteur de recul du corail.
  • La troisième est celle du positionnement régional : en accueillant le CAR-SPAW, la Guadeloupe dispose d’un instrument de diplomatie environnementale dont le périmètre dépasse largement l’archipel.
Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.