La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Chiffres clés de la DEETS de Guadeloupe : entreprendre, vieillir, importer

La Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Guadeloupe (DEETS) a publié en septembre 2026 l’édition 2026 de ses « Chiffres clés de la Guadeloupe ». Réalisé par le service Études, Statistique et Évaluation, ce recueil d’une cinquantaine de pages rassemble les données de l’Insee, de la Dares, de France Travail, de l’Urssaf, des Douanes et des services de l’État. Il couvre la démographie, le marché du travail, les politiques de l’emploi, l’activité économique, la cohésion sociale et la protection des consommateurs.
Ces données dessinent un territoire contrasté : l’esprit d’entreprise progresse, tandis que la population vieillit et que le chômage reste élevé.
Une population qui diminue et qui vieillit vite
Au 1er janvier 2025, la Guadeloupe compte 380 387 habitants, dont 206 510 femmes et 173 877 hommes. Depuis 2000, la population a reculé de 2 %. Ce chiffre global cache un bouleversement de sa structure par âge.
Le nombre des 20 à 39 ans a chuté de 39,7 % en vingt-cinq ans et celui des moins de 20 ans de 33,9 %. Dans le même temps, les 60 à 74 ans ont augmenté de 123 % et les 75 ans et plus de 125,5 %. Les plus de 60 ans sont aujourd’hui près de 124 000, soit environ un tiers de la population. Les moins de 20 ans sont un peu plus de 83 000. L’archipel compte donc désormais nettement plus de seniors que de jeunes.
L’écart entre les sexes apparaît aussi dans ces chiffres. Depuis 2000, la population féminine a progressé de 1,9 %, tandis que la population masculine a reculé de 6,2 %. Chez les 20 à 39 ans, la baisse atteint 43,5 % pour les hommes.
Un chômage deux fois plus élevé que dans l’Hexagone
Selon l’enquête Emploi de l’Insee, le taux de chômage s’établit à 17 % en 2025, sans changement par rapport à 2024. En France métropolitaine, il est de 8 %. Le taux d’emploi des 15 à 64 ans atteint 55 %, contre 70 % dans l’Hexagone.
L’écart est encore plus marqué chez les jeunes. Seuls 29 % des 15 à 29 ans occupent un emploi en Guadeloupe, contre 49 % en métropole. Le diplôme reste un facteur décisif : le taux d’emploi atteint 83 % chez les titulaires d’un bac + 2 ou plus, contre 31 % chez les personnes sans diplôme. Le taux de chômage des diplômés du supérieur progresse néanmoins de façon significative, de 7 % à 10 % en un an.
Fin 2025, France Travail recense 39 960 demandeurs d’emploi en catégorie A, soit 1,4 % de moins en un an, et 54 266 en catégories A, B et C. Le chômage de longue durée progresse. Les demandeurs inscrits depuis plus d’un an sont 30 161 (+6,4 %) et représentent 55,6 % des inscrits en catégories A, B et C. Ceux inscrits depuis au moins deux ans atteignent 18 279 (+8,5 %). Le nombre de jeunes demandeurs de longue durée progresse de 21,3 %.
La loi pour le plein emploi modifie aussi les données. En 2025, 14 884 inscriptions relèvent de ces nouveaux publics. Les radiations administratives passent quant à elles de 4 694 à 1 051 en un an.
L’emploi salarié progresse, surtout dans le commerce et le BTP
Fin 2025, la Guadeloupe compte 128 300 emplois salariés, soit 7,8 % de plus qu’en 2015. Sur dix ans, la hausse atteint 16,1 % dans le commerce, 15,7 % dans la construction, 13,7 % dans les autres services et 12,5 % dans l’industrie. Le secteur qui regroupe l’administration, l’enseignement, la santé et l’action sociale reste stable (+0,2 %). Avec 53 418 salariés, il concentre toutefois encore plus de quatre emplois salariés sur dix.
Les contrats courts dominent les recrutements. Entre 2014 et 2024, les déclarations préalables à l’embauche sont passées de 49 769 à 79 344, soit une hausse de 59,4 %. Les CDD de moins d’un mois en représentent plus de la moitié (43 497). Les CDI sont 11 891, soit environ 15 % du total.
L’intérim reste stable : 65 997 contrats en 2025, pour une durée moyenne de deux semaines. Hommes et femmes n’y occupent pas les mêmes postes. Parmi les intérimaires hommes, 81,4 % sont ouvriers. Parmi les intérimaires femmes, 75,1 % sont employées.
Une solidarité nationale très sollicitée
Les minima sociaux concernent une part importante de la population. Au 31 décembre 2024, le RSA compte 39 624 allocataires et couvre 18,5 % de la population. La prime d’activité compte 33 457 allocataires. La complémentaire santé solidaire bénéficie à 115 000 personnes, soit 29,9 % des bénéficiaires du régime général. Chez les 62 ans et plus, 16,5 % perçoivent l’allocation de solidarité aux personnes âgées ou l’allocation supplémentaire vieillesse.
L’aide alimentaire a distribué 651 tonnes de denrées en 2024 à 9 674 personnes. Le nombre d’associations identifiées est passé de 21 à 17. Le budget engagé par l’État dépasse 1 million d’euros.
Les quartiers prioritaires comptaient 59 148 habitants en 2022, soit 10,5 % de plus qu’en 2018. La Guadeloupe compte 19 quartiers prioritaires en 2024, trois de plus qu’en 2015. Le budget de la politique de la ville baisse légèrement : 4,36 millions d’euros consommés en 2025, 4,24 millions alloués pour 2026.
Le parc social compte 40 059 logements au 1er janvier 2024. Il n’a progressé que de 0,3 % en un an, contre 1,6 % dans l’ensemble des DROM et 1 % dans l’Hexagone. Par ailleurs, 1 443 enfants étaient accueillis par l’aide sociale à l’enfance fin 2024.
Des dispositifs d’insertion en net recul
Les contrats aidés diminuent fortement. Entre 2024 et 2025, les entrées en CUI-CIE passent de 619 à 174 et celles en Parcours emploi compétences de 526 à 153. Il n’y a eu aucune entrée en emploi franc en 2025, contre 75 l’année précédente. L’insertion par l’activité économique recule aussi, de 2 062 à 1 895 entrées.
Les résultats de l’insertion par l’activité économique interrogent. Parmi les personnes sorties du dispositif en 2024, la moitié se trouvaient sans solution. Seules 6 % avaient été embauchées en CDI.
L’apprentissage se maintient avec 3 072 contrats, dont 79 % concernent des jeunes de 18 à 25 ans. Le Contrat d’engagement jeune enregistre 3 882 entrées. En 2024, 91 526 stagiaires ont suivi une formation professionnelle. La sécurité des biens et des personnes est la spécialité la plus demandée, avec 15 134 stagiaires.
Le Fonds social européen avance lentement. Sur l’enveloppe de 111 millions d’euros du volet guadeloupéen du programme 2021-2027, 18,5 millions d’euros avaient été certifiés à la mi-juin 2026. Plusieurs thématiques n’ont encore engagé aucun projet : lutte contre la pauvreté, égalité professionnelle, aide alimentaire et innovation sociale.
Une économie en léger recul, très dépendante des importations
En 2025, le PIB atteint 11,3 milliards d’euros, soit 29 500 euros par habitant. Il recule de 0,5 % en volume, après une hausse de 1,7 % en 2024. La consommation des ménages progresse (+1,2 %). L’investissement recule pour la deuxième année consécutive (-1,8 %) et les exportations chutent de 5,7 %.
Les échanges extérieurs confirment la dépendance du territoire. En 2025, la Guadeloupe a importé pour 3,9 milliards d’euros de marchandises et en a exporté pour 330 millions d’euros. Le déficit commercial atteint ainsi 3,57 milliards d’euros. Les exportations couvrent environ 8,5 % des importations. Depuis 2015, la valeur des importations a augmenté d’environ 50 %. Les importations de produits alimentaires, boissons et tabac atteignent 665,8 millions d’euros, en hausse de 10 % sur un an.
L’esprit d’entreprise progresse nettement
Les créations d’entreprises sont le point le plus positif de ce recueil. En 2025, 9 147 entreprises ont été créées, soit 11,4 % de plus qu’en 2024. Au niveau national, la hausse est de 4,9 %. Depuis 2019, les créations ont progressé de 56 %. Cette progression tient surtout aux micro-entreprises, dont le nombre est passé de 1 866 à 5 059. Elles représentent désormais plus de la moitié des créations.
Les défaillances d’entreprises augmentent moins vite qu’au niveau national. Elles s’élèvent à 341 en 2024, en hausse de 8,6 %, contre 17,4 % pour la France entière. La Guadeloupe comptait 35 654 entreprises actives en 2023. Le tissu économique reste composé en grande partie de petites structures : sur 14 582 établissements employeurs, 10 751 ont entre 1 et 9 salariés.
Des tensions dans les relations de travail
En 2025, 3 581 ruptures conventionnelles ont été demandées, soit une baisse de 6,9 %. Deux sur trois concernent des employés. L’indemnité moyenne versée atteint 4 470 euros, alors que le minimum légal moyen s’élève à 3 739 euros.
Les licenciements de salariés protégés augmentent. Les inspecteurs du travail ont rendu 134 décisions, contre 90 en 2024. Les licenciements pour motif économique passent de 20 à 47 et les refus d’autorisation de 8 à 27.
Les entreprises assujetties à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés emploient directement 1,9 % de travailleurs handicapés en équivalent temps plein. La loi fixe un objectif de 6 %.
La DEETS a recensé 1 484 accidents du travail en 2023. La construction est le secteur où ils sont les plus graves, avec un indice de gravité de 19,3, contre 9,6 en moyenne. Chez les 60 ans et plus, cet indice atteint 25,3.
La vie chère sous surveillance
Le pôle Concurrence, consommation et répression des fraudes a contrôlé 711 établissements en 2025. Les procès-verbaux pénaux passent de 70 à 12 et les avertissements de 229 à 136. Le Bouclier Qualité Prix réunit 22 enseignes signataires. Son panier recule de 2 % dans les moyennes et grandes surfaces (308 contre 314). Le panier multimédia baisse de 14 % et le prix du panier reste stable dans les petites surfaces.



