La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
El Niño, sécheresse et chaleur humide : la Caraïbe face à une fin d’année sous tension climatique

Le Forum sur les perspectives climatiques de la Caraïbe (CariCOF) a publié en août 2026 sa lettre d’information pour la période de septembre à novembre 2026. Le CariCOF est coordonné par l’Institut caribéen de météorologie et d’hydrologie (CIMH), qui fait office de Centre climatique régional de l’Organisation météorologique mondiale. Les services météorologiques nationaux de la région contribuent à ses prévisions saisonnières.
Le bulletin dresse le bilan de mai à juillet, détaille les prévisions jusqu’en novembre et esquisse les tendances de décembre 2026 à février 2027. Toutes les prévisions sont dominées par un facteur : un épisode El Niño d’une intensité « très forte ».
Un début de saison chaude marqué par le manque de pluie
Le passage à la saison chaude et à la saison humide a été plus sec que la normale. De mai à juillet 2026, des alizés soutenus ont accentué l’évaporation. Les précipitations sont restées inférieures à la moyenne sur une grande partie de l’arc antillais et dans certaines zones des Guyanes. Cette situation a asséché les sols, prolongé le risque d’incendies et provoqué des sécheresses agricoles, de court terme et de long terme dans plusieurs pays.
La Guadeloupe figure parmi les territoires classés « très secs » sur cette période. Elle est aux côtés des îles Sous-le-Vent, de Haïti, du centre de Cuba, du nord-est de la Dominique, du sud-ouest de la République dominicaine, de Saint-Vincent, de Sainte-Croix et du centre de la Guyane. À l’inverse, le nord-ouest et l’extrême sud-est du Guyana ainsi que le sud du Suriname ont été très humides.
Deux territoires ont battu des records de sécheresse. Grand Bahama et Sainte-Croix ont reçu seulement 20 à 30 % des précipitations habituelles. Aucun record de pluie n’a été signalé dans la région.
Le thermomètre a lui aussi grimpé. Dans le nord et le nord-ouest des Bahamas, le sud du Belize, la majeure partie des Guyanes et le nord d’Hispaniola, les températures ont dépassé les normales de 0,75 à 2,5 °C. Deux sites des Bahamas et un site du Guyana ont enregistré des températures moyennes record.
El Niño, le chef d’orchestre de la saison
Dans le Pacifique équatorial oriental, les températures de surface de la mer ont atteint le niveau d’un épisode El Niño très fort. Les modèles de prévision donnent une confiance d’environ 100 % à son maintien jusqu’en février 2027.
Selon le CariCOF, un El Niño très fort entre septembre et novembre s’accompagne le plus souvent de pluies moins fréquentes et d’une activité cyclonique réduite. La chaleur et l’humidité de l’air sont en revanche plus fortes, avec des vagues de chaleur. Les déficits de pluie tendent à se creuser et à s’étendre, surtout dans l’est et le sud de la Caraïbe ainsi que dans les Guyanes.
L’Atlantique joue un rôle secondaire. Dans la principale zone de formation des ouragans, les températures de surface de la mer sont proches de la moyenne. Dans l’Atlantique Nord subtropical, elles dépassent la normale de 0,5 à 1 °C. Les modèles prévoient un réchauffement qui pourrait atteindre 0,5 à 2 °C au-dessus de la moyenne d’ici l’hiver. Cette chaleur océanique tend à augmenter la température de l’air, l’humidité et les épisodes de temps violent. Ses effets restent cependant moins déterminants que ceux d’El Niño.
Septembre à novembre : moins de pluie, sans baisse du risque d’inondation
Pour la seconde moitié de la saison cyclonique, le CariCOF prévoit une activité cyclonique « inhabituellement irrégulière et peu fréquente ». Il prévoit aussi moins d’averses, d’épisodes pluvieux et d’épisodes de pluies extrêmes que d’habitude. Sur la majeure partie des Antilles, le nord-ouest des Bahamas et la côte du Guyana, le cumul de pluie de septembre à novembre devrait être normal ou inférieur à la normale.
Moins de pluie ne signifie pas moins de risque d’inondation. En temps normal, cette période compte 35 à 50 jours de pluie et 3 à 6 épisodes pluvieux. Le bulletin prévoit environ un épisode très pluvieux et un épisode de pluies extrêmes de moins qu’à l’habitude. Le potentiel d’inondations, de crues soudaines et d’effets en cascade reste néanmoins jugé « élevé à extrêmement élevé » dans la région. Seules les îles ABC (Aruba, Bonaire, Curaçao) et la Guyane passent à un niveau « modéré à élevé ».
La rareté des jours de pluie a des effets contrastés. Les activités de plein air seront moins souvent interrompues et les nuisibles liés à l’humidité seront moins nombreux. Toutefois, l’humidité des sols se reconstituera lentement, ce qui retardera la baisse du risque d’incendie. Les réservoirs et les rivières devraient se remplir plus lentement que d’habitude au Belize et dans les Antilles, et baisser plus vite dans les Guyanes.
Chaleur humide et vagues de chaleur
Les températures de jour comme de nuit seront inhabituellement élevées. Le CariCOF annonce des épisodes répétés de chaleur humide excessive, qui pourront aller jusqu’à des vagues de chaleur. Ces épisodes devraient durer jusqu’en septembre aux Bahamas, jusqu’en octobre au Belize et dans les Antilles, et jusqu’en novembre dans les Guyanes. Le bulletin alerte sur le stress thermique, en particulier chez les personnes vulnérables, pour qui les stratégies de rafraîchissement sont « primordiales ».
La mer n’est pas épargnée. Le CariCOF signale un risque de blanchissement des coraux autour des Bahamas et des Grandes Antilles. Les poussières sahariennes devraient être peu fréquentes. Lorsqu’elles surviennent, elles peuvent encore freiner l’activité cyclonique, aggraver la chaleur humide et dégrader la qualité de l’air.
Une sécheresse qui s’étend dans l’arc antillais
Au 1er août 2026, une sécheresse de court terme s’était installée à Antigua, dans le nord et le nord-ouest des Bahamas, à Grand Cayman, en Martinique, dans le sud-ouest de Porto Rico, à Saint-Kitts-et-Nevis, à Saint-Vincent et à Tobago. Une sécheresse de long terme sévère ou pire touchait Grand Cayman, la Grenade, le sud-ouest de la Jamaïque, la Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, le sud-ouest de la Guyane, Tobago et l’extrême nord de Trinidad.
D’ici fin septembre, la sécheresse agricole progresse notamment dans les îles ABC, à Antigua, en Dominique, dans l’est de la République dominicaine, à Sainte-Lucie, à Tobago et dans les îles Vierges américaines. Elle pourrait aussi apparaître ou persister à la Barbade, en Jamaïque, en Martinique, sur la côte du Guyana et dans l’intérieur de la Guyane.
D’ici fin novembre, une sécheresse de court terme est imminente en Dominique. Une sécheresse de long terme est imminente à Sainte-Lucie et pourrait apparaître ou persister à la Grenade, en Martinique, à Saint-Vincent et dans les îles Vierges américaines.
L’hiver 2026-2027 : une saison sèche plus chaude et plus sèche
De décembre à février, la Caraïbe entre dans le début de la saison sèche et dans la saison fraîche. Cette année, El Niño devrait maintenir des températures de l’air supérieures à la normale, et les océans devraient se refroidir plus lentement que d’habitude. Le CariCOF estime que cette chaleur devrait rester plus supportable qu’en saison humide. Elle risque néanmoins d’aggraver les déficits de pluie. Les sécheresses agricoles et hydrologiques devraient alors s’installer, s’étendre ou s’aggraver dans de nombreuses zones, avec des effets en cascade sur plusieurs secteurs de l’économie.
Les épisodes El Niño forts tendent à réduire le risque de temps violent dans la majeure partie de la région, sauf dans le nord. Le risque d’inondations et de crues soudaines reste toutefois élevé. Dans l’extrême nord de la Caraïbe, les averses sont généralement plus fréquentes en hiver lors de ces épisodes. Le CariCOF rappelle une règle simple : plus El Niño est fort, plus la chaleur augmente et plus une sécheresse régionale devient probable.
Le CariCOF précise que ses prévisions sont régionales et peuvent différer des prévisions nationales. Pour la situation de chaque territoire, il recommande de consulter les services météorologiques nationaux.



